LOGINAlexandre ne répond pas. Il prend Jérémiah dans ses bras avec une aisance surprenante. Le bébé se calme immédiatement, comme s’il reconnaissait cette présence. Alexis observe la scène, partagé entre malaise et fascination. — Tu as changé, murmure-t-il. Alexandre baisse les yeux vers l’enfant. — Non. J’ai simplement ce que je voulais. Il se dirige vers la chambre d’amis. — Fais préparer une chambre d’enfant. Et préviens mon assistante. Je veux un planning allégé pour les deux prochaines semaines. Alexis reste seul dans le salon, encore sonné. — Alexandre… lance-t-il une dernière fois. Alexandre s’arrête sans se retourner. — Quoi ? Alexis hésite, puis : — Fais attention. Un silence. Puis Alexandre répond, d’une voix calme, glaciale : — C’est moi le danger. Il entre dans la chambre et referme la porte. À New York, Alexandre est de retour. Avec son fils. Et rien ni personne ne l’en séparera. Un mois passe. Un mois de nuits hachées, de cris qui déchirent
Il regarde Mia. — Tu n’as même pas besoin de t’en occuper, dit-il doucement. Tu n’as rien à faire. Je m’en charge. Mia ne répond pas. Elle ne le regarde pas. Elle est immobile. Comme figée dans son propre corps. — Mia… dit Emilie en se tournant vers elle. Dis quelque chose. Dis-lui de partir. Mia inspire lentement.Elle ouvre enfin les yeux. Mais elle ne regarde ni Alexandre, ni sa mère, ni Jules. Elle regarde le plafond. — Faites ce que vous voulez, murmure-t-elle d’une voix éteinte. Ces mots claquent comme une sentence. Jules la regarde, bouleversé. — Mia… Elle ferme les yeux. — Je ne veux pas le voir, ajoute-t-elle. Je ne veux pas… Sa voix se brise. Alexandre sourit. Il se détourne et sort de la chambre quelques minutes plus tard. Quand il revient, il tient le bébé dans ses bras. Mia sent l’air changer. Elle n’ouvre pas les yeux. Elle n’ose pas. Elle entend le souffle léger de l’enfant. Elle sent presque sa présence, si proche, si réelle. Son cœur se serre
Il regarde Mia apparaître derrière la vitre. Il connaît désormais ses habitudes. Les heures où elle sort. Les moments où elle reste longtemps immobile à la fenêtre. Il sait quand Jules est là. Quand il ne l’est pas. Il a choisi un appartement à quelques rues de distance. Suffisamment proche pour voir. Suffisamment loin pour ne pas être vu. Il s’est installé à Chicago. Pas par hasard. Alexandre ne se montre pas. Il ne s’approche pas. Il attend. Il observe. Comme un prédateur patient. Il note mentalement chaque détail : la façon dont Mia se tient le ventre, les vêtements amples qu’elle porte, la lenteur de ses pas. Elle est à lui. Dans son esprit, ça n’a jamais changé. Mia frissonne soudainement. Une sensation étrange lui parcourt l’échine, comme si quelqu’un venait de prononcer son nom sans qu’elle l’entende. Elle recule légèrement de la fenêtre, instinctivement. — Qu’est-ce qu’il y a ? demande Jules. — Rien… j’ai cru… Elle s’interrompt. Elle secoue la tête. — Rien.
Un matin, Mia décide d’aller faire des courses seule. Sa mère travaille. Jules est en cours. Elle veut acheter quelques affaires pour le bébé : des bodies, une couverture, des biberons. Des choses simples. Concrètes. Des preuves de normalité. Le magasin est grand, lumineux, rempli de couleurs douces. Mia pousse le chariot lentement entre les rayons. Elle touche les tissus, imagine. Son ventre est bien rond maintenant. Les gens lui sourient parfois. Une femme enceinte parmi d’autres. Elle ne voit pas l’ombre se rapprocher. Elle ne sent pas la présence derrière elle tout de suite. Une main se referme sur son bras.Fermement. — Mia. La voix lui traverse le corps comme une lame. Son cœur s’emballe. Le monde bascule. Elle se retourne. Alexandre est là. Plus mince. Plus dur. Son regard est inchangé. — Lâche-moi, souffle-t-elle. Il sourit légèrement. — On doit parler. — Tu n’as rien à faire ici. Il resserre sa prise. — Tu crois vraiment que changer de ville allait suffire
La porte de la maison claque derrière eux. Le bruit résonne dans le salon comme un coup de tonnerre. Mia sursaute malgré elle. Ses jambes sont molles, son corps vidé. Elle avance de quelques pas, puis s’arrête, incapable d’aller plus loin. L’air lui semble trop lourd. Chaque respiration lui coûte. Son père explose. — Pourquoi tu n’as rien dit ce jour-là ?! Sa voix est forte, brisée par la rage et l’impuissance. Il fait les cent pas dans le salon, les mains crispées, le visage rouge. — Pourquoi, Mia ?! Le jour même, on aurait pu faire un certificat médical ! On aurait eu des preuves ! On aurait pu l’arrêter ! Mia baisse la tête. Les mots la frappent comme des pierres. Elle ne répond pas. Elle ne peut pas. — Tu te rends compte de ce que ça change ?! continue-t-il. — Tout ça aurait été différent ! Émilie se place immédiatement devant lui. — Arrête, s’il te plaît. Sa voix est ferme, protectrice. — Tu ne vois pas dans quel état elle est ? Elle est traumatisée. Tu ne
La justice détournée Le bâtiment du tribunal est froid. Mia le sent dès qu’elle en franchit les portes. Les murs sont trop blancs, trop lisses. Tout y résonne : les pas, les murmures, le froissement des dossiers. Elle marche entre ses parents. Sa mère serre son bras comme pour l’empêcher de tomber. Son père avance droit devant, la mâchoire crispée, les traits tirés par une colère qu’il contient mal. Ils ont dénoncé Alexandre. Ils ont fait ce qu’il fallait faire. Sur le papier. Dans la salle d’audience, Alexandre est déjà là. Assis calmement. Costume sombre parfaitement ajusté. Posture droite. Visage détendu. Il ne ressemble pas à un homme accusé. Il ressemble à un homme sûr de lui. Sûr de ce qu’il a préparé. Quand ses yeux croisent ceux de Mia, il esquisse un sourire imperceptible. Elle détourne le regard aussitôt. Son cœur bat trop vite. Le procureur prend la parole. Les faits sont énoncés. Les mots sont techniques, froids : abus d’autorité, relations inappropriées, plai
Le lendemain, la maison semble plus grande, presque étrangèreAlexandre est parti très tôt. Il a embrassé le sommet de sa tête, ajusté sa couverture, vérifié deux fois ses médicaments… puis il a disparu derrière la porte d’entrée, laissant un vide étrange derrière lui.Mia reste immobile quelques
La porte de la chambre se referme derrière Jeremiah.Alexandre inspire profondément, comme s’il devait reprendre son masque avant d’aller retrouver Mia.Son expression se lisse, ses épaules se détendent, mais quelque chose dans son regard tremble.Une fissure.Une inquiétude nouvelle.Il traver
Le matin se lève, gris et lourd. Mia sort du lit avant Alexandre, Elle n’a presque pas dormi.Elle a passé la nuit à écouter sa respiration, à craindre chacun de ses mouvements, à réfléchir encore et encore à ce qu’elle a découvert dans la pièce verrouillée.Les carnets , Les dossiers , Les photos
Dimanche.La maison est plus silencieuse que d’habitude, comme si elle retenait son souffle.Mia n’a presque pas dormi.Depuis le rêve — non, le souvenir — de cette nuit, quelque chose en elle est resté figé, noué, tendu comme une corde prête à casser. Elle n’a rien dit au réveil d’Alexandre. Ell







