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CHAPITRE 4 : CAMBRIDGE, SIX ANS PLUS TÔT

Author: Dledition
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-07 19:08:16

Arabella

Il y a un moment, dans la vie, où l'on comprend qu'on a franchi une ligne dont on ne reviendra jamais.

Ce moment, pour moi, c'est maintenant.

Je repose le stylo sur le bureau. Ma main tremble encore. Le contrat est signé, trente pages de clauses et de renoncements que je n'ai pas lues, trente pages qui font de moi la chose de Nathaniel Ashford pour les douze prochains mois.

Il me regarde avec une satisfaction tranquille, adossé à son fauteuil, les bras croisés sur la poitrine. On dirait un collectionneur qui vient d'acquérir une pièce rare.

— Bien, dit-il simplement. Tu as signé plus vite que je ne l'espérais.

— Vous m'avez laissé peu de choix.

— Oh, je t'ai laissé le choix. Le choix entre la ruine et la survie. Tu as choisi la survie. C'est tout à ton honneur.

Il se lève, contourne le bureau, s'approche de la baie vitrée. Londres s'étend à ses pieds, grise et indifférente. Il observe la ville un long moment, les mains dans les poches de son pantalon. Je le regarde, incapable de détourner les yeux.

Il a changé. Mon Dieu, il a tellement changé.

Le Nathaniel que j'ai connu à Cambridge était un étudiant brillant, passionné, impulsif. Il riait fort, débattait avec fougue, me serrait contre lui comme si j'allais disparaître. Il avait des rêves plein la tête, des projets pour deux, une énergie débordante qui me faisait tourner la tête.

Cet homme-là a disparu. À la place, il y a ce prédateur froid, ce magnat de l'immobilier qui me regarde comme on regarde un meuble.

Je pense à William. Mon petit garçon. Mon trésor. Il est à Richmond, chez la nourrice, en train de jouer ou de dessiner ou de dormir. Il ne sait pas que sa mère vient de vendre son âme pour lui. Il ne sait pas que sa vie est sur le point de changer.

Personne ne doit savoir qu'il existe. Personne. Surtout pas Nathaniel.

— Tu peux partir, maintenant.

Sa voix me tire de mes pensées.

— Partir ?

— Rentrer chez toi. Préparer tes affaires. Demain, tu emménageras dans ma résidence.

— Demain ?

— Ce n'est pas assez tôt ? Tu veux peut-être le faire ce soir ?

— Non, demain, ça... ça ira.

Il se tourne vers moi. Son regard gris acier me transperce.

— Je vais te donner une dernière chance, Arabella.

— Une chance ?

— Une chance de tout m'avouer. Si tu me dis la vérité maintenant, si tu m'expliques pourquoi tu m'as quitté il y a six ans, je serai peut-être moins... sévère.

Je soutiens son regard. Les souvenirs me submergent, douloureux, étouffants. Le scandale. Les menaces. La peur. Le ventre rond de ma grossesse que je cachais sous des vêtements amples. William qui grandissait en moi, secret, invisible, déjà aimé.

Je ne peux pas lui dire la vérité. Je ne peux pas lui parler de William. C'est trop dangereux. S'il apprend que j'ai un fils, il posera des questions. Il voudra savoir qui est le père. Et s'il découvre que William est son fils...

Je refuse d'imaginer la suite.

— Je t'ai quitté parce que c'était la seule chose à faire.

— La seule chose à faire, répète-t-il d'une voix sourde. Tu te rends compte de l'absurdité de cette phrase ? Tu m'as quitté sans un mot, sans une lettre, sans une explication. Tu as disparu comme si je n'avais jamais existé.

— Tu ne comprendrais pas.

— Alors explique-moi.

— À quoi bon ? Tu as déjà décidé ce que tu pensais. Tu m'as jugée coupable il y a six ans, et tu n'as jamais cherché à comprendre.

Il s'approche de moi, menaçant. Je me recroqueville malgré moi sur ma chaise.

— Tu veux que je te dise ce que je pense ? Je pense que tu es une lâche. Une menteuse. Une traîtresse. Je pense que tu as brisé ce qu'il y avait entre nous par pur égoïsme, sans penser une seconde à ce que je ressentais.

— Tu te trompes.

— Alors prouve-le.

— Je ne peux pas.

— Parce que c'est faux.

— Parce que ça ne changerait rien.

Il s'arrête à quelques centimètres de moi. Je sens la colère qui émane de lui, puissante, contenue. Ses poings sont serrés le long de son corps.

— Tu as raison, dit-il enfin. Ça ne changerait rien. Quoi que tu dises, je te détesterai toujours autant.

— Alors pourquoi m'épouser ?

— Je te l'ai dit. Pour te voir souffrir. Pour être sûr que tu passes une année entière à payer pour ce que tu m'as fait.

— Et après ?

— Après, tu seras libre. Nous divorcerons. Tu disparaîtras de ma vie, et je ne te chercherai plus jamais.

Je hoche la tête, incapable de parler. Je ne peux pas lui dire la vérité. Je ne peux pas lui parler de William. Je ne peux rien dire.

— Tu ne feras aucun mal à ma famille, dis-je enfin.

— Je te l'ai promis. Et je tiens toujours mes promesses.

— Tu m'avais aussi promis de m'aimer pour toujours.

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