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Auteur: Jaanai
last update Date de publication: 2026-03-10 22:51:48

NIQUE

– Dominique et Louis viennent de se fiancer ce soir. –

Les yeux d’Adrien croisèrent les miens, et j’eus envie de nier.

Mais nous l’avions fait.

Et je ne pouvais pas.

Son regard se tourna vers Louis.

– Félicitations. –

– Merci. – Louis rayonna, glissant sa main sur la mienne sur la table.

– Nous sommes très heureux. – Il se pencha et m’embrassa sur la joue. – N’est-ce pas, chérie ? –

Les yeux d’Adrien dérivaient entre nous, observant chaque petit geste comme s’il cataloguait des preuves.

Mon cœur chuta. Je voulais disparaître.

C’était la dernière manière dont je voulais qu’il l’apprenne… mais la vérité, c’est qu’il ne représentait plus rien pour moi maintenant.

Ça ne devait pas avoir d’importance.

Mes yeux se tournèrent vers Raquel.

Et comme si elle lisait dans mes pensées, elle offrit un petit sourire triste et un signe de tête rassurant.

– Je vais vous laisser fêter ça. Profitez de votre soirée, – dit Adrien doucement.

– Au revoir, – chanta la table en trinquant avec leurs flûtes de champagne.

Son regard resta accroché au mien un battement de cœur de trop—assez longtemps pour s’inscrire en moi—puis il se retourna et sortit du restaurant.

Attends.

Il venait à peine d’arriver.

Partait-il à cause de la nouvelle ?

Un plateau de cocktails exotiques atterrit sur la table. Les garçons et Maman se mirent à deviner les saveurs, riant, misant.

Mes yeux glissaient sans cesse vers la porte par laquelle il avait disparu.

– Je vais juste aux toilettes. – Je me levai, forcai un sourire, et me dirigeai vers elles—avant de bifurquer brusquement vers l’entrée. Je surgis dehors, respirant l’air frais de la nuit, scrutant la rue animée à gauche et à droite.

Rien. Il avait disparu. Je fixai l’obscurité, la poitrine serrée.

Mon téléphone vibra—le nom de Kavish illuminait l’écran.

Merde.

Arrête de me surveiller.

Je repérai la voiture de Kavish de l’autre côté de la rue et levai un petit signe de main—juste assez pour qu’il voie que je l’avais vu—avant de faire demi-tour et de retourner à l’intérieur. Je poussai les portes du restaurant, filai droit vers les toilettes et verrouillai derrière moi.

Les rires et le tintement des verres s’éloignèrent pour devenir un bourdonnement lointain.

Le silence m’enveloppa comme un linceul.

Je m’affalai sur le couvercle fermé des toilettes, enfouissant mon visage dans mes mains.

Pourquoi cela me semblait-il si faux ?

Je venais de me fiancer.

Cette soirée était censée être la plus heureuse de ma vie.

Alors pourquoi ma poitrine avait-elle l’impression de s’effondrer ? Pourquoi avais-je l’impression d’avoir signé pour toujours quelque chose que je ne pourrais jamais récupérer ?

Arrête.

Je pris une respiration lente et volontaire, forçant l’air à passer à travers le nœud dans ma gorge.

Mon téléphone vibra dans ma paume. Je sursautai, puis regardai l’écran avant d’ouvrir le mail.

Bonjour Dominique,

Désolé d’interrompre ton week-end—j’espère qu’il se passe merveilleusement.

Bonne nouvelle.

Je viens d’avoir la confirmation : le premier hôtel sur lequel nous allons collaborer sera à Nice.

Le cadre parfait !

Ils aimeraient nous rencontrer mercredi cette semaine pour revoir plans et calendriers. Tu peux travailler de chez toi lundi et mardi pour préparer les tableaux si ça t’aide.

À bientôt.

Bon voyage,

Pierre

Nice.

Mon souffle se coupa.

Merveilleux.

C’était exactement ce qu’il me fallait. Une raison de fuir cet endroit au plus vite.

Il fallait que je parte bientôt.

J’expirai et laissai tomber le téléphone sur mes genoux.

C’était parfait. Je pouvais me plonger dans le travail, dans le mariage, dans la France, dans le futur que j’étais censée vouloir.

Mon pouce glissa vers mes contacts avant que je puisse l’arrêter. Je commençai à taper.

Adr—

Mon doigt s’arrêta.

Je n’avais pas son numéro.

Un rire amer et creux s’échappa. Il avait gravé sa place dans ma tête, gratuitement, et je n’avais même pas de moyen de le contacter.

– Dominique ? –

Ma tête se redressa brusquement.

– Dominique, tu es là-dedans ? –

Louis.

Je bondis sur mes pieds, essuyant rapidement mes yeux—bien qu’aucune larme n’ait encore coulé—et débloquai la porte juste assez pour passer à moitié.

Il se tenait là, sourcils froncés, inquiet mais silencieux.

– Ça va ? – demanda-t-il doucement.

Je lissai mon visage, redevenue calme et normale, la version de moi qu’il méritait.

– Oui, ça va. – Je souris.

Il scruta mes yeux un instant de plus, puis hocha la tête, acceptant.

Je passai entièrement dans le couloir. Il tendit la main ; je la laissai prendre.

Ses doigts s’entrelacèrent aux miens—chauds, sûrs, stables.

Tout ce que je devrais vouloir.

Tout ce que j’étais censée choisir.

Et pourtant, mon cœur battait en saccades, comme s’il voulait fuir dans la direction opposée.

Pour la première fois depuis que j’avais dit oui—

Je n’étais pas sûre d’avoir choisi le bon homme.

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