MasukADRIEN
J’étais certain d’en avoir fini avec Dominique De-Luca.
Alors pourquoi diable ça faisait si mal d’apprendre qu’elle allait se marier ?
Je sirotais mon scotch, fixant l’écran de mon ordinateur ce soir-là. Je ne voulais pas rentrer chez moi tout de suite.
La journée n’avait pas pu être pire—surtout avec Dominique venant me voir ce matin-là—avant que tout continue de s’effondrer à partir de là.
Mon téléphone vibra, et je décrochai.
– Allô. –
– Je voulais juste vous tenir au courant à propos de Mademoiselle De-Luca. –
Mon Dieu, pas elle.
– Oui, – soufflai-je lourdement. – Quoi ? –
– Savez-vous qu’elle quitte le pays demain ? – Je fronçai les sourcils.
– Que voulez-vous dire ? –
– Kavish vient de confirmer qu’elle a réservé son vol pour Nice demain. –
– Nice ? – je me penchai en avant sur ma chaise. – Pour combien de temps ? –
– Deux semaines. Elle repart jeudi soir pour Bordeaux. –
– Pourquoi va-t-elle à Nice ? –
– Apparemment pour le travail, elle y sera par intermittence les prochains mois. –
– Elle ne peut pas. – Je me redressai. – Nous sommes en plein putain de conflit à Nice. Ce n’est pas sûr pour elle. –
Il y a six mois, nous avions perdu le soutien de la police locale après l’assassinat du commissaire. J’avais décidé de retirer nos opérations de Nice pour limiter les risques et concentrer nos efforts sur les marchés internationaux. Depuis, la ville était tombée dans l’anarchie.
Deux familles rivales—les Bellini et les Girardi—se disputaient désormais le contrôle du trafic de drogue local. Si l’une ou l’autre apercevait moi ou mes hommes à Nice, elles supposeraient que nous étions de retour et alliés à l’ennemi.
La guerre contre nous éclaterait alors pleinement.
– Non. – Je me penchai en arrière. – Vous ne pouvez pas la laisser partir. –
– Oui, monsieur. –
– Ramenez-la immédiatement à Bordeaux. –
– Bien, monsieur. –
Le téléphone tomba muet lorsqu’il raccrocha.
Je me levai et me servis un verre de scotch. Je m’approchai de la fenêtre et regardai la ville en contrebas.
J’entendis mes mots de ce matin résonner dans ma tête :
– Va te faire foutre en France et épouse quelqu’un, Dominique. Je ne veux plus te revoir. Jamais. Ta vie toute lisse est ennuyeuse, et je ne veux rien entendre de toi. –
J’expirai lentement, vidant mon verre d’une gorgée. Le liquide dans ma main résonnait comme un écho de toutes les mauvaises décisions qui m’avaient mené ici.
Je me penchai à la fenêtre et regardai la ville, les lumières comme des promesses éparses que je ne pouvais atteindre.
– J’essaie juste de te protéger, Dominique. –
– Depuis quand l’indomptable Adrien De-Luca se désintéresse-t-il de réunions comme celle-ci ? –
Je relevai lentement la tête, mes yeux passant de mon verre intact à Julien de l’autre côté de la table, son regard plissé, chargé d’un savoir qui m’indiquait qu’il m’observait depuis plus longtemps que je ne le croyais.
La table avait été bruyante il y a quelques instants, remplie de rires et de voix qui se chevauchaient, mais le son s’était estompé lorsque les femmes s’étaient excusées, leurs chaises raclant doucement le sol, laissant place à un lourd silence.
– Je vais bien, – dis-je, bien que mes mots sonnent forcés.
– Tu n’as pas l’air bien, – répondit Julien calmement. – Pourquoi es-tu ici un soir de travail au lieu d’être chez toi ? –
Je soutins son regard, irrité parce qu’il avait raison et parce que je ne voulais pas qu’il l’ait.
– Tu as à peine dit un mot, – ajouta Léo. – Tu penses encore à ta sœur ? –
Mes yeux glissèrent vers Amber avant que je baisse la voix. – Laisse tomber. –
Léo leva les mains en signe de reddition, puis prit une gorgée lente de sa bière. – T’as vu Jossie ? –
– Quoi à son sujet ? –
– Je me disais que je pourrais réessayer. Raviver quelque chose. –
– Tu as eu des années pour ça. –
– Le timing n’a jamais été bon, – murmura-t-il, regardant autour de lui. – Un peu comme toi et Dominique. –
Julien souffla par le nez. – Au moins Jossie n’est pas sur le point de se marier. Le fiancé de Dominique doit être très attentionné ces jours-ci. –
L’image se forma avant que je ne puisse l’arrêter, nette et indésirable.
Ma chaise recula tandis que je me levais, ma main frappant la table, le craquement résonnant assez fort pour faire taire toute la pièce.
– Fermez-la, – dis-je, voix basse et dangereuse.
Julien ne détourna pas le regard. – Elle te touche encore. –
– Non. –
J’entendais mes mots de ce matin résonner dans ma tête : « Va te faire foutre et épouse quelqu’un d’autre, Dominique. Je ne veux plus jamais te revoir. Jamais. Ta vie de merde toute droite sortie d’un catalogue m’ennuie et je n’ai aucune envie d’écouter ce que tu as à dire. »
J’expirai lourdement, le regard perdu dans le vide. Le scotch dans mon verre était amer, goûtant à tous les regrets que j’avais jamais avalés. Mon téléphone vibra sur le bureau. Jossie. Son nom s’alluma à l’écran.
Je penchai la tête en arrière et bus tout mon verre d’un trait, grimacant à la brûlure qui descendait jusqu’au ventre.
— Tu es où ? demanda-t-elle.
— Je croyais que le dîner était prévu pour sept heures, marmonnai-je, réalisant que j’avais complètement oublié.
— Désolée, j’ai eu un contretemps, dit-elle. Je ne me rendais pas compte de l’heure.
— Ah… répondis-je. — J’arrive bientôt.
Je raccrochai. Un autre verre. Un autre moment à fixer le vide. Et puis, pour la centième fois de la journée, je la revis — Dominique. Son visage. Les larmes dans ses yeux. La douleur qui tremblait dans sa voix.
Je restai là, verre en main, et la réalité me frappa plus fort que prévu.
Je me disais que c’était pour le mieux.
Et pourtant… une partie de moi ne pouvait pas avancer.
Pourquoi ça avait fait si mal ?
NIQUEUn mois plus tardLa limousine s’arrête devant la cathédrale de Lyon.— C’est le moment, sourit Jean-Marc en me regardant. Je serre sa main, le cœur battant d’excitation.C’est le jour de mon mariage. Aujourd’hui, je deviens sa femme… dans une église.Raquel et Olivia, mes demoiselles d’honneur, descendent de leur voiture devant nous et reviennent pour m’aider à sortir de la mienne.Ma robe est blanche, corset serré et jupe ample. Mes longs cheveux bruns sont relevés sous un voile qui descend jusqu’au sol. Je voulais le conte de fées… et je l’ai eu. Robe comprise.Jean-Marc me tend son bras, je passe le mien dans le sien. Le cœur battant à tout rompre, nous montons les marches et attendons dans le hall de la cathédrale.La musique traditionnelle de la mariée commence. Raquel m’embrasse sur la joue avec un large sourire.— Prête à te marier ?— Oui, je souris en riant.Elle franchit les doubles portes. C’est maintenant au tour d’Olivia. Elle se tourne vers moi.— Tu es magnifi
NIQUE— Nous sommes assis dans le salon privé de l’aéroport, en attendant d’embarquer.Ma mère, Jean-Marc et nos gardes sont avec nous, assis près du bar. Jean-Marc est sur son ordinateur portable, puis se lève et s’approche.— Regardez ça.Il tend son ordinateur à Adrien et nous essayons de distinguer les images.— C’est une vidéo de sécurité d’un aéroport en Belgique, dit-il.Nous voyons un homme casqué de noir monter seul dans un avion.— On l’a, murmure Adrien d’une voix sombre.Je regarde mieux et je reconnais Damien.— Où va-t-il ?— Chicago.Adrien fronce les sourcils.— Chicago ? Envoie immédiatement une équipe là-bas.— Déjà fait, répond Jean-Marc en retournant au bar.Mon esprit s’emballe, il me faut absolument parler à Raquel.— Je vais appeler Raquel, dis-je.Adrien hoche la tête.— Tu veux un verre ?— Oui, merci.Il se lève et va au bar tandis que je compose le numéro de Raquel.— Chérie, dit-elle, je sens qu’elle a pleuré. Tu vas bien ?Mon cœur se serre en entendant sa
ADRIENNous descendons le couloir du troisième étage et arrivons à la chambre d’Antoine.— Je vais juste attendre dehors, dis-je.Le visage de Dominique se ferme.— Quoi ? Tu ne veux pas le voir ?Pas vraiment.— Tu dois venir le voir, il m’a sauvé la vie.Je lève un sourcil.— Eh bien… il ne m’a pas vraiment sauvé la vie, c’est toi qui nous as sauvés, se reprend-elle. Mais il a risqué la sienne pour moi. Je pense que tu lui dois au moins un minimum de politesse.Elle prend ma main dans la sienne.— C’est mon frère, Adrien. S’il te plaît… pour moi ?J’expire. Elle a raison.— D’accord, très bien.Elle frappe doucement à la porte.— Entrez, appelle-t-il.Elle ouvre la porte et jette un œil à l’intérieur. Sa jambe est entièrement bandée et il est assis sur le lit. Il sourit largement et ouvre les bras. Elle se précipite vers lui, moitié en rire, moitié en larmes.Ils s’enlacent longuement, comme si des années s’étaient effacées, et je lutte pour ne pas lever les yeux au ciel en restant
NIQUE— Lève-la, dit Bellini.Deux hommes me font asseoir, et l’horreur se révèle enfin. Antoine est en désordre, le visage tuméfié, une balle dans la cuisse. Il a dû se battre, ses cheveux en bataille, le visage marqué. Il est appuyé contre le mur, les mains liées devant lui.— Il est temps de payer, dit Bellini.Antoine le fixe, impassible.— Tu as tué Lucky, mon fils. Tu as écrit ton propre destin.Bellini fait les cent pas, comme s’il avait répété ce discours mille fois dans sa tête.— Et qu’est-ce qui te ferait le plus mal, Antoine ?Il passe ses doigts sur sa barbe naissante, réfléchissant.— Te tuer rapidement n’est pas une option… tu dois souffrir comme j’ai souffert.Antoine le fixe toujours, silencieux.Bellini désigne ma présence.— Regarder ta sœur se faire torturer jusqu’à la mort… ça, ce serait vraiment quelque chose.Il sourit.— N’est-ce pas ?Mon Dieu.Les yeux d’Antoine croisent les miens, et pour la première fois, je vois la peur.— Tue-moi. Prends ma vie. Elle est
NIQUEJ’écoute… silence. Chaque battement de mon cœur résonne dans mes tempes, étouffant presque le moindre bruit.Bellini tousse, étendu sur le sol, tâtonnant pour attraper ses pilules dans sa poche. Une colère sourde monte en moi, brûlante.Comment ose-t-il… comment ose-t-il nous faire ça ?Encore le silence. Que se passe-t-il dehors ? L’air est lourd, presque palpable.La porte claque soudain, et même si ma vue est partiellement obstruée, je distingue une silhouette traînée à l’intérieur par deux hommes.— Lâchez-moi, putain ! grogne-t-il en se débattant, sa voix brisée par l’effort. — Dominique ! Lève-la, elle est blessée !Je reconnais cette voix… mon souffle se coupe. Je l’ai tellement manquée.Antoine. Il est vivant…— Lâchez-la ! crie-t-il, la voix déchirée par la peur et la rage. — C’est moi que vous voulez ! Lâchez-la, putain !Whack ! Un pied frappe son ventre avec violence. Je l’entends perdre l’air de ses poumons, gémissant, chaque son me vrillant l’âme.Non. Pas lui
ADRIENSon visage s’effondre.— Qu’est-ce que tu fais ?Je presse la détente et recule le chien.— Où est-elle, putain ? je grogne. — Je… je viens de me réveiller… je jure… C’est moi… Adrien.— Qu’est-ce que tu fais ? s’écrie Léo. — Adrien, arrête. — Prenez-lui ses armes et son téléphone, ordonné-je.Julien se penche et lui retire son arme de sa poche.— Et les autres, ajoutai-je.Il le fouille et trouve un autre pistolet attaché à sa jambe, ainsi qu’un grand couteau. Julien fronce les sourcils et croise mon regard.— Lève-le, ordonné-je en saisissant son téléphone à Julien. — Descends-le à la voiture.Je commence à m’éloigner.— Qu’est-ce que tu fais ? crie Damien. — Je ne sais pas ce qui se passe… une minute je skie, l’autre je me réveille sur une montagne.Quelque chose se brise au fond de moi. Je marche droit sur lui et l’attrape par la gorge.— Une seule personne a été traînée dans cet hélicoptère. Une seule, je crie, fixant son visage menteur. Mes narines se dilatent, je lutte
NIQUE— Oh, dis-je, bien que je ne sois pas vraiment surprise. Adrien ne croira jamais un mot de ce que dit ma mère et, après quelques jours de réflexion, je dois admettre qu’il y a des trous dans son histoire. Suffisants pour que moi aussi j’aie des doutes. Après tout, elle m’a menti tant de fois
NIQUE—Tu viens ici souvent ? je souris à Laurent.—Oui, c’est un de mes restaurants préférés à Lyon. Ne me dis pas que tu n’es jamais venue ? —Je t’ai dit que non, je hausse les épaules. —Voyons voir si ça vaut vraiment le coup.Il écarquille les yeux avec un sourire espiègle. —Crois-moi, oui.To
ADRIENMon index se pose sur ma tempe tandis que je fixe, sans vraiment voir, la piste de danse devant moi. L’air est enfumé, la musique hypnotique, et pendant que les hommes à ma table bavardent et rient, la sublime femme sur scène effectue un strip-tease envoûtant.Damien sourit en direction de l
NIQUETrois heures plus tard, je traverse le vaste hall et j’ai du mal à effacer le large sourire qui s’affiche sur mon visage. La réunion s’est passée encore mieux que dans mes rêves les plus fous. M. Nervi est intelligent, élégant et parfaitement en phase avec ma vision. Je brûle d’impatience de







