MasukJUNE;
J'ai gravi les marches une à une, les mains crispées sur la rampe. Ils étaient déjà assis : maman, M. Grayson et ce garçon. Leurs couverts étaient toujours parfaitement disposés, leurs verres intacts. L'arôme de divers mets délicats flottait dans l'air et me chatouillait les narines. Mais je détestais toujours l'idée de ce dîner. Nous aurions dû être juste maman et moi, à notre petite table, peut-être avec du riz et du poisson grillé, quelque chose de simple et sans prétention, contrairement à la profusion de plats qui s'étalaient sur la longue table en bois, comme à Noël. Ces riches prétentieux… Ils adorent les repas compliqués. J'ai soupiré légèrement. Mon regard s'est posé sur lui, comme si ce n'était pas la première fois depuis l'escalier. Mais je viens de remarquer que ses yeux se sont illuminés. Pourquoi avait-il un sourire en coin ? J'ai jeté un coup d'œil autour de moi. J'avais peut-être mis mes vêtements à l'envers. Pourquoi me regardait-il ainsi ? Mon Dieu ! Je détestais ce regard. Je détestais la façon dont il rendait chaque pas soudainement lourd. Je détestais la façon dont son visage brillait sous la lumière, comme s'il n'était plus le même garçon qui m'avait donné ce surnom plus tôt dans la journée. « Allez, ma chérie… Le repas est presque froid », me dit M. Grayson d'une voix qui parvint jusqu'à moi. Je parie qu'il essayait juste de me charmer. Pourquoi était-il si gentil ? C'était déjà assez dur qu'il nous ait volé notre tranquillité et qu'il soit le père de ce garçon mal élevé. Maman me tendit la main pour m'inviter. Je me traînai jusqu'à la table, tirai ma chaise et… « On peut manger maintenant, pfff ? » C'était bien lui. Évidemment, il fallait que ce soit lui. Toujours impatient. Toujours à tout gâcher. « Tu es toujours obligé de te dépêcher pour tout ? » Je levai les yeux au ciel en m'asseyant. La mousse était vraiment douce contre mes fesses. Je ne vais pas mentir, c'était agréable, trop agréable même, bien mieux que le parquet qui me faisait toujours mal aux fesses avant d'aller me coucher tous les soirs. Mais il y avait une chose que je détestais à propos de ce siège : sa position. Il m’obligeait à être assise juste en face de lui. Ses yeux bleus s'assombrirent aussitôt. Il s'arrêta à mi-chemin, la fourchette déjà à la main. Il ne s'attendait pas à ce que je puisse lui parler ici. Il devait rêver. Je ne le laisserais jamais, ni personne d'autre, narguer ma mère ou moi dans cette magnifique cage. « June », dit maman en serrant ma main, « c'était un peu dur pour ton frère », murmura-t-elle. Il ricana. « Frère ? » Je fronçai les sourcils. Avait-il vraiment ricané ? Ce garçon pouvait être insupportable. Ma mâchoire se crispa. « Ce n'est pas mon frère », murmurai-je en le fixant du coin de l'œil. Mon poing se serra sur ma cuisse, juste sous l'immense table. Je détestais ce sourire narquois. Je détestais ce T-shirt blanc impeccable qui captait la lumière et révélait chaque trait délicat de son visage. Vous savez ce que je détestais encore plus ? C'était de remarquer tout cela. « Bon… Bon, les gars », dit M. Grayson en posant le verre d'eau qu'il avait déjà pris. « Je crois que vous avez mal commencé. Ça ne devrait pas être aussi grave, vous savez, surtout que vous allez vivre sous le même toit, aller à la même fac et suivre les mêmes cours. » « Quoi ?! » avons-nous crié en même temps. Nous ne l'avions pas laissé finir. « Pas question ! Je ne vais pas étudier les mêmes matières que cette fille… C'est hors de question ! » hurla-t-il en se retournant à moitié sur sa chaise pour faire face à son père, la main pointée vers moi. « Très bien, alors, n'hésitez pas à partir ! L'atmosphère sera sûrement plus légère sans vous ! » lâchai-je en attrapant la fourchette qui traînait à côté de l'assiette. Ma main la serrait fort, laissant libre cours à ma colère. « June ! » C'était maman. Je détestais son regard. Je détestais l'avoir mise en colère. Mais c'était sa faute, pas la mienne. Pourquoi personne ne voit à quel point il était odieux et comment il essayait de me provoquer ? M. Grayson laissa échapper un petit rire, détendant l'atmosphère un instant. Puis il se prit la mâchoire entre les mains. « Je m'y attendais… Mais je ne m'attendais pas à ce que vous nous manquiez de respect à ce point ! » tonna-t-il. Son ton me fit trembler. N'était-ce pas lui qui avait ri il y a une seconde ? « Ronan, tu vas t'excuser immédiatement auprès de June ! » poursuivit-il. Oh, c'était parfait ! Je commençais à me dire que M. Grayson n'était peut-être pas si mal pour maman, finalement. « Maintenant, je l'ai dit », rugit-il. L'étincelle qui brillait dans ses yeux depuis mon arrivée à cette table disparut. Je suivis ses lèvres tandis qu'il marmonnait ses excuses. Je répondis bruyamment, même si les mots étaient restés coincés dans sa gorge. Alors je l'ai remarqué, ce regard froid qu'il a lancé à son père, comme pour l'empêcher de parler. J'ai pris ma fourchette et j'ai commencé à manger dans l'assiette que maman avait poussée devant moi. Nous avons mangé en silence. L'air était lourd, seuls les regards furtifs et le cliquetis des cuillères contre la porcelaine venaient perturber le silence. Mais une fois dans mon lit, mes yeux sont restés fixés au plafond. La scène repassait sans cesse dans ma tête. Je n'avais pas aimé ce qui s'était passé. Mais je ne pouvais pas me laisser abattre. C'est ce que tous ces hommes savent faire de mieux. Ronan. Ce nom revenait sans cesse à l'esprit. Je voyais encore son visage, mâchant en silence. Je voyais encore son doigt tapoter discrètement le bord de son assiette. Et son expression… c'était le genre d'expression qui disait : « La guerre est déclarée. » Eh bien, j'étais née prête. Et ce soir-là, j'ai eu le dernier mot.JUNE;Le soleil matinal me paraissait trop éclatant lorsque je suis sortie du SUV noir et élégant garé devant les grilles de l'école. Était-ce vraiment le soleil du matin ? Ou mon cerveau réagissait-il à ce qui se trouvait devant moi dans cette école ?Je me suis retournée légèrement, regardant M. Grayson s'éloigner avec maman, qui me faisait signe de la main. J'ai dégluti difficilement et esquissé un sourire. Je les avais rejoints dans la voiture. M. Grayson avait insisté, et j'étais tellement absorbée par mes pensées que j'avais oublié de leur demander où ils allaient. Les tourtereaux. Qui osait leur poser de telles questions ?Je n'étais reconnaissante que d'une chose : Ronan n'était pas du voyage. Lorsque M. Grayson lui avait posé la question, Mariah avait répondu qu'il était parti tôt pour l'école.J'ai vu les lèvres de M. Grayson se crisper un instant tandis qu'il marmonnait : « Ce garçon », mais cette impression a disparu presque aussitôt que maman est sortie.Si seulement il s
JUNE;La vapeur s'accrochait encore à ma peau comme si elle m'avait suivie tout en haut des escaliers. Qu'est-ce que je venais de voir ? Une bite ou un long tronc lisse et sculpté entre ses cuisses ?Mes jambes tremblaient, comme de la gelée au soleil, tandis que je montais les marches quatre à quatre. La serviette glissa légèrement sur ma poitrine et je la serrai plus fort, du gel douche sous le bras, les jointures blanchies.Pourquoi mon corps réagissait-il ainsi ? Mes tétons étaient durs et tendus, douloureux contre le tissu épais, comme s'ils imploraient qu'on les touche. Chaque mouvement de la serviette me provoquait des étincelles entre les jambes.Et là… Oh, mon Dieu ! Une douleur brûlante et lancinante me transperçait le ventre, une douleur que je ne pouvais ignorer. Je ne savais pas si c'était juste l'envie pressante d'uriner ou l'image de Ronan gravée dans ma mémoire. Ce garçon insolent, debout là, complètement nu, l'eau ruisselant sur ses muscles saillants, sa main caressan
JUNE;Le soleil filtrait à travers les rideaux légers comme s'il avait attendu des heures pour me réveiller. J'ai cligné des yeux pour lutter contre la luminosité, les paupières lourdes et collantes, et je me suis retournée dans l'immense lit.Mon corps s'est enfoncé davantage dans le matelas, doux et moelleux comme si un nuage avait décidé de me serrer dans ses bras toute la nuit. Pour la première fois depuis des années, j'avais fait la grasse matinée, et je détestais admettre que c'était agréable. Le lit était trop confortable, c'est tout.Au moins, c'était mieux que d'avouer que j'étais restée éveillée une bonne partie de la nuit parce que mon cerveau repassait sans cesse en boucle les paroles blessantes que Ronan m'avait lancées pendant le dîner, ou l'aspect de son caleçon gris quand il avait bondi dans sa chambre, ou la courbe prononcée qui semblait prête à déchirer le tissu. Non. Juste le lit.J'ai attrapé le réveil sur la table de chevet. Il affichait 9h47. J'en suis restée bou
JUNE;J'ai gravi les marches une à une, les mains crispées sur la rampe. Ils étaient déjà assis : maman, M. Grayson et ce garçon. Leurs couverts étaient toujours parfaitement disposés, leurs verres intacts. L'arôme de divers mets délicats flottait dans l'air et me chatouillait les narines.Mais je détestais toujours l'idée de ce dîner. Nous aurions dû être juste maman et moi, à notre petite table, peut-être avec du riz et du poisson grillé, quelque chose de simple et sans prétention, contrairement à la profusion de plats qui s'étalaient sur la longue table en bois, comme à Noël. Ces riches prétentieux… Ils adorent les repas compliqués.J'ai soupiré légèrement. Mon regard s'est posé sur lui, comme si ce n'était pas la première fois depuis l'escalier. Mais je viens de remarquer que ses yeux se sont illuminés. Pourquoi avait-il un sourire en coin ? J'ai jeté un coup d'œil autour de moi. J'avais peut-être mis mes vêtements à l'envers.Pourquoi me regardait-il ainsi ? Mon Dieu ! Je détesta
JUNE;Des gouttelettes d'eau collaient encore à ma peau quand je suis sortie de la douche. La salle de bain était méconnaissable.J'ai attrapé une serviette et me suis enroulée étroitement dedans. Mes pensées sont revenues à une heure plus tôt. Comment était-ce possible ? La pire personne que j'avais rencontrée au lycée était mon demi-frère ? Comment la fille l'appelait-elle déjà ? J'essayais de me souvenir.« Peu importe ! » ai-je rétorqué. Il pouvait bien porter le nom qu'il voulait.Pourquoi était-il habillé comme ça… ? C'était comme ça qu'il s'habillait à la maison ? J'ai haussé les épaules. L'image insupportable me revenait sans cesse en mémoire.La silhouette nette de son sexe contre la fine bretelle qui le couvrait à peine. Je suis restée un instant immobile. Pourquoi était-il si gros et si dur ? Cette pensée m'a fait monter la température entre les cuisses. Et pour une raison que j'ignorais, je détestais ça.« Non, June », me suis-je dit. « Ce garçon est juste un sale gosse po
RONAN;Je n'arrivais pas à y croire. J'avais du mal à croire que papa envisageait d'épouser cette femme rencontrée quelques mois auparavant. Cette pensée m'empêchait de dormir la plupart des nuits.Il m'avait annoncé la nouvelle comme si c'était une raison de me réjouir. S'attendait-il à ce que je l'applaudisse après avoir vu à quel point il l'adorait ? Une femme de quarante-trois ans ! Le même amour qu'il n'avait jamais donné à maman. Les mêmes soins qu'il lui avait refusés.Je l'avais vu rire à chacune de ses blagues nulles. Comment il lui offrait même les plus petits cadeaux. Tout cela, il ne l'avait jamais fait pour maman. Elle était morte seule, ses mains serrées autour des miennes jusqu'à ce qu'elles se refroidissent.Elle avait passé des semaines à l'hôpital, mais papa n'était venu qu'une seule fois, avait payé les factures et avait disparu. Pas une seule fois il n'était resté à son chevet. Pas une seule fois il ne s'en était soucié.Je n'avais que huit ans à l'époque. Grand-mè







