Mag-log inL'homme chauve le regarde. Il hoche la tête. Il se rassoit.
La réunion est finie.
Les hommes se lèvent, sortent, disparaissent dans l'escalier. Bientôt, il ne reste plus que Dante, Leo et moi.
— Ça va ? demande Leo.
— Ça va, dit Dante.
— Tu mens.
— Je sais.
Leo le regarde. Il me regarde.
— Prends soin de lui, me dit-il.
— Je prendrai.
Leo sort. Il r
L'homme chauve le regarde. Il hoche la tête. Il se rassoit.La réunion est finie.Les hommes se lèvent, sortent, disparaissent dans l'escalier. Bientôt, il ne reste plus que Dante, Leo et moi.— Ça va ? demande Leo.— Ça va, dit Dante.— Tu mens.— Je sais.Leo le regarde. Il me regarde.— Prends soin de lui, me dit-il.— Je prendrai.Leo sort. Il referme la porte derrière lui.Nous restons seuls, Dante et moi, dans la salle enfumée.Il se tourne vers moi. Son visage est fatigué, marqué, mais ses yeux sont calmes.— Tu as vu ? dit-il. Tu as vu ce que c'est ?— J'ai vu.— Ce n'est pas glorieux. Ce n'est pas héroïque. C'est juste des hommes qui ont peur et qui essaient de survivre.— Je sais.— Tu as peur ?— No
AnoukLa salle est enfumée.C'est la première chose que je remarque en entrant. Une épaisse fumée de cigarette flotte dans l'air, se mêle à l'odeur du cuir, du bois, de la sueur. La pièce est grande, au sous-sol d'un bâtiment que je ne connais pas, quelque part dans le nord de Marseille. Des hommes sont assis autour d'une longue table en bois, leurs visages éclairés par une seule lampe suspendue au plafond.Dante est à la tête de la table. Il est calme. Trop calme.Je suis assise dans un coin, sur une chaise qu'on m'a donnée, loin de la table, loin des regards. Je ne devrais pas être là. Dante me l'a dit.— Tu n'as pas à venir, a-t-il dit ce matin. C'est dangereux. C'est malsain. C'est mon monde, pas le tien.— Si tu y vas, je vais avec toi.— Anouk…— Je ne te laisserai pas fa
AnoukLe silence est la chose la plus étrange que j'aie jamais connue.Trois jours ont passé depuis l'hôpital. Trois jours depuis que Marc s'est réveillé. Trois jours depuis que Castellano a été arrêté. Trois jours depuis que la guerre s'est arrêtée.Et maintenant, il y a le silence.Je suis dans l'appartement de Dante. Son appartement. Notre appartement, peut-être. Je ne sais pas encore comment l'appeler. Je suis assise sur le canapé, les jambes repliées sous moi, une tasse de café qui refroidit entre mes mains. La lumière entre par la grande fenêtre, éclaire les murs gris, les meubles sobres, les tableaux abstraits que je n'ai jamais vraiment regardés.Dante est sorti. Il a dit qu'il avait des choses à régler. Des choses liées à la guerre. Des choses qu'il ne peut pas faire avec moi dans les parages.Je ne lui ai pas demandé lesquelles. Je n'ai pas voulu savoir.— Tu veux que je reste ? a-t-il demandé avant de partir.— Non. Va.— Tu es sûre ?— Je suis sûre. J'ai besoin d'être seul
AnoukLes heures passent.Je suis toujours au chevet de Marc. Il dort. Il se réveille par moments, ouvre les yeux, me regarde, puis se rendort. Il est trop faible pour parler, trop faible pour faire autre chose que respirer.Mais il est là. Il vit. C'est tout ce qui compte.La nuit tombe. Les lumières de l'hôpital s'allument, tamisées, jaunes. Le couloir se vide, les infirmières parlent plus bas, les pas s'espacent.Dante arrive.Je l'entends dans le couloir avant de le voir. Ses pas sont lents, traînants, différents d'habitude. Il n'est pas le même que ce matin. Il est épuisé. Vidé. Vaincu, peut-être.Il pousse la porte. Il entre.Il est méconnaissable.Son costume est couvert de poussière et de sang – le sien, celui des autres, je ne sais plus. Son visage est gris, marqué par la fatigue, les n
Le bruit derrière lui se rapproche. Des coups à la porte. Des voix amplifiées.— Police ! Ouvrez !— Il faut que j'y aille, dit Castellano.— Va.— Anouk... une dernière chose.— Quoi ?— Je suis fier de toi. De ce que tu es devenue. De la femme que tu es. De celle que tu as choisie. Tu es forte, Anouk. Plus forte que moi. Plus forte que ta mère. Plus forte que tout le monde.— Castellano...— Adieu, ma fille.La ligne coupe.Je reste là, le téléphone collé à l'oreille, à écouter le vide. Le silence. Le néant.Dante me prend la main. Il ne dit rien. Il ne demande rien. Il attend.— Il est arrêté, dis-je. Castellano est arrêté.— Je sais. Je l'ai entendu.— Il a dit qu'il était dé
Je le regarde. Cet homme qui a tué, qui a commandité des meurtres, qui a tenu une ville entière sous sa coupe. Cet homme qui a pleuré sur moi, qui m'a lavée de mon sang, qui m'a aimée comme personne ne m'avait jamais aimée.— Je ne sais pas si je peux accepter ça, dis-je.— Je sais.— Je ne sais pas si je peux accepter d'aimer un homme qui a un policier au téléphone. Un homme qui fait la loi au-dessus de la loi. Un homme qui décide qui vit et qui meurt.— Je sais.— Arrête de dire je sais.Il sourit. Un sourire triste, fatigué, mais réel.— Je sais que tu as raison, dit-il. Je sais que je ne suis pas quelqu'un de bien. Je sais que tu mérites mieux. Je sais tout ça. Mais je ne peux pas changer ce que je suis. Je ne peux pas effacer ce que j'ai fait. Tout ce que je peux faire, c







