FAZER LOGINJe le regarde. Cet homme qui a tué, qui a commandité des meurtres, qui a tenu une ville entière sous sa coupe. Cet homme qui a pleuré sur moi, qui m'a lavée de mon sang, qui m'a aimée comme personne ne m'avait jamais aimée.
— Je ne sais pas si je peux accepter ça, dis-je.
— Je sais.
— Je ne sais pas si je peux accepter d'aimer un homme qui a un policier au téléphone. Un h
AnoukLa dispute éclate pour rien.Ou plutôt, elle éclate pour tout. Pour les semaines de tension, les nuits blanches, les silences qui en disent plus que les mots. Pour la guerre, la mort, la peur. Pour tout ce qu'on a traversé et qu'on n'a jamais vraiment digéré.C'est à propos de Leo.Il est venu nous voir, ce soir. Il était nerveux, agité, les mains qui tremblaient. Il a dit qu'il avait besoin de parler à Dante. Seul. Sans moi.Dante a accepté. Ils sont partis dans le bureau, ont fermé la porte, ont parlé pendant une heure.Moi, je suis restée dans le salon, à regarder la télé sans la voir, à boire un verre de vin sans le goûter, à attendre.Quand Dante est sorti, il était pâle. Les traits tirés. Les yeux vides.— Qu'est-ce qui se passe ? demand&eac
AnoukLa lettre arrive le lendemain.Je la trouve dans la boîte aux lettres en rentrant des courses. Une enveloppe blanche, sans nom, sans adresse. Juste mon prénom, écrit à la main, de cette écriture que je reconnais entre mille.Castellano.Mes mains tremblent en l'ouvrant. Mes mains tremblent en dépliant la feuille. Mes mains tremblent en lisant les premiers mots.Ma fille,Si tu lis cette lettre, c'est que je suis mort. Ou que je suis sur le point de l'être. Ça n'a pas d'importance. L'important, c'est que tu saches.Je n'ai jamais su être père. Je n'ai jamais su aimer. Je n'ai jamais su être autre chose que ce que j'étais : un homme qui a pris, qui a détruit, qui a tué. Mais toi, toi tu es différente. Toi, tu es ce que j'aurais voulu être. Toi, tu es la seule chose belle que j'aie jamais faite.Je ne te d
AnoukLa prison des Baumettes est une forteresse grise, plantée au milieu de Marseille comme une menace silencieuse. Des murs hauts, des barbelés, des miradors. Des hommes en uniforme qui surveillent, qui attendent, qui veillent.Je n'y suis jamais entrée. Je n'y entrerai jamais.Mais ce soir, Dante y est allé. Pour parler à Castellano. Pour lui dire que je ne viendrais pas. Pour lui dire que c'était fini.Je l'attends dans la voiture, garée à l'extérieur, le moteur tournant, le chauffage allumé. La nuit est froide, humide, marseillaise. La pluie tombe sur le pare-brise, fine, insistante, comme si elle voulait laver la ville de tout ce qui s'est passé.Mon téléphone sonne.— Allô ?— Anouk.La voix me glace le sang.— Castellano.— Ne raccroche pas. S'il te plaît. Ne raccroch
Sa voix est calme. Trop calme. Celle des hommes qui ont déjà tué et qui sont prêts à recommencer.— Dante…— Ne me dis pas de laisser tomber. Ne me dis pas que c'est dangereux. Ne me dis pas que ça ne vaut pas le coup. Je le fais pour toi. Pour ta mère. Pour la paix.— Et si tu meurs ?— Je ne mourrai pas.— Tu ne peux pas le savoir.Il prend ma main. Il la serre.— Je le sais, dit-il. Parce que j'ai trop à vivre. Parce que je t'ai trop attendue. Parce que je ne te laisserai pas seule.Je voudrais le croire. Je voudrais me raccrocher à ses mots, à sa certitude, à cette foi qu'il a en lui-même. Mais la peur est là, au fond de moi, qui gratte, qui griffe, qui attend.— Je t'accompagne, dis-je.— Non.— Si.— Anouk…— Je ne te lai
L'homme chauve le regarde. Il hoche la tête. Il se rassoit.La réunion est finie.Les hommes se lèvent, sortent, disparaissent dans l'escalier. Bientôt, il ne reste plus que Dante, Leo et moi.— Ça va ? demande Leo.— Ça va, dit Dante.— Tu mens.— Je sais.Leo le regarde. Il me regarde.— Prends soin de lui, me dit-il.— Je prendrai.Leo sort. Il referme la porte derrière lui.Nous restons seuls, Dante et moi, dans la salle enfumée.Il se tourne vers moi. Son visage est fatigué, marqué, mais ses yeux sont calmes.— Tu as vu ? dit-il. Tu as vu ce que c'est ?— J'ai vu.— Ce n'est pas glorieux. Ce n'est pas héroïque. C'est juste des hommes qui ont peur et qui essaient de survivre.— Je sais.— Tu as peur ?— No
AnoukLa salle est enfumée.C'est la première chose que je remarque en entrant. Une épaisse fumée de cigarette flotte dans l'air, se mêle à l'odeur du cuir, du bois, de la sueur. La pièce est grande, au sous-sol d'un bâtiment que je ne connais pas, quelque part dans le nord de Marseille. Des hommes sont assis autour d'une longue table en bois, leurs visages éclairés par une seule lampe suspendue au plafond.Dante est à la tête de la table. Il est calme. Trop calme.Je suis assise dans un coin, sur une chaise qu'on m'a donnée, loin de la table, loin des regards. Je ne devrais pas être là. Dante me l'a dit.— Tu n'as pas à venir, a-t-il dit ce matin. C'est dangereux. C'est malsain. C'est mon monde, pas le tien.— Si tu y vas, je vais avec toi.— Anouk…— Je ne te laisserai pas fa
AnoukL'hôpital sent la mort.C'est la première chose que je remarque en franchissant les portes automatiques. Cette odeur. Ce mélange d'antiseptique et de souffrance, de chair qui se débat et de silence qui gagne. Une odeur que je n'oubliera
Castellano n'est pas là.Mais ses hommes sont là. Et ils savent que nous n'avons plus rien. Plus de balles. Plus de munitions. Plus d'espoir.Le chef – un homme trapu, chauve, une cicatrice sur la joue , s'avance. Son arme est pointée sur Dan
Il se déshabille à son tour. Son sweat, son jean, ses sous-vêtements. Sa peau apparaît, blanche, marquée de cicatrices, belle. Sa blessure est encore là, le bandage imbibé de rouge, mais il ne semble pas la sentir.Il se couche s
Marc secoue la tête.— Plus beaucoup.Dante regarde ses chargeurs. Il en aligne trois, puis quatre. Il les compte. Il recompte.— Combien tu as ? demande-t-il à Marc.Marc fouille dans ses poches. Il sort un chargeur. Un seul.







