LOGINAnoukJe ne suis pas allée chez Dante, finalement.Je suis allée chez Leo.Parce que sur le chemin, j'ai croisé son regard. Il était assis sur un banc, près du Vieux-Port, à regarder la mer. Seul. Perdu. Brisé.— Leo ? ai-je dit.Il a levé la tête. Ses yeux étaient rouges, gonflés, comme s'il avait pleuré. Leo ne pleure jamais.— Anouk, a-t-il dit. Qu'est-ce que tu fais là ?— Je devais aller voir Dante. Mais toi, qu'est-ce que tu fais là ?— Je réfléchis.— À quoi ?— À tout. À rien. À elle.— Elle ?Il a baissé les yeux. Il a regardé ses mains.— Il y a une femme, a-t-il dit.— Une femme ?— Je l'ai rencontrée pendant la guerre. Elle s'appelle Sami
AnoukLe carnet est posé sur la table de la cuisine. Il est là depuis des semaines. Depuis la guerre. Depuis que j'ai arrêté d'écrire.Je le regarde. Je le touche. Je l'ouvre.Les pages sont blanches. Pas une seule ligne. Pas un seul mot. Juste du vide.— Qu'est-ce que tu fais ? demande Marc.Il est dans le canapé, un livre à la main, ses lunettes sur le nez. Il a l'air fatigué, mais heureux. Heureux d'être à la maison. Heureux d'être en vie.— Je regarde, dis-je.— Tu regardes quoi ?— Mon carnet. Je n'ai pas écrit depuis… depuis longtemps.— Alors écris.— Je ne sais pas quoi écrire.— Écris ce que tu ressens.— Je ne sais pas ce que je ressens.— Alors écris ça.Je le regarde. Il sourit.&
AnoukUne semaine a passé.Une semaine de silence entre Dante et moi. Une semaine à dormir dans des hôtels, à manger seule, à marcher dans les rues de Marseille sans but, sans direction. Une semaine à me demander si notre histoire était finie.Aujourd'hui, Marc sort de l'hôpital.Je suis là, dans le hall, à l'attendre. Dante n'est pas venu. Je ne lui ai pas demandé. Il ne m'a pas proposé.— Anouk ?Je me retourne.Marc est là. Debout. Vivant.Son bras est en écharpe, son visage est fatigué, ses yeux sont cernés. Mais il est debout. Il est vivant.— Marc, dis-je.— Ma fille.Il ouvre les bras. Je me jette dedans. Je le serre si fort qu'il grimace.— Doucement, dit-il. Doucement. J'ai mal partout.— Désolée.— T'excus
AnoukLa dispute éclate pour rien.Ou plutôt, elle éclate pour tout. Pour les semaines de tension, les nuits blanches, les silences qui en disent plus que les mots. Pour la guerre, la mort, la peur. Pour tout ce qu'on a traversé et qu'on n'a jamais vraiment digéré.C'est à propos de Leo.Il est venu nous voir, ce soir. Il était nerveux, agité, les mains qui tremblaient. Il a dit qu'il avait besoin de parler à Dante. Seul. Sans moi.Dante a accepté. Ils sont partis dans le bureau, ont fermé la porte, ont parlé pendant une heure.Moi, je suis restée dans le salon, à regarder la télé sans la voir, à boire un verre de vin sans le goûter, à attendre.Quand Dante est sorti, il était pâle. Les traits tirés. Les yeux vides.— Qu'est-ce qui se passe ? demand&eac
AnoukLa lettre arrive le lendemain.Je la trouve dans la boîte aux lettres en rentrant des courses. Une enveloppe blanche, sans nom, sans adresse. Juste mon prénom, écrit à la main, de cette écriture que je reconnais entre mille.Castellano.Mes mains tremblent en l'ouvrant. Mes mains tremblent en dépliant la feuille. Mes mains tremblent en lisant les premiers mots.Ma fille,Si tu lis cette lettre, c'est que je suis mort. Ou que je suis sur le point de l'être. Ça n'a pas d'importance. L'important, c'est que tu saches.Je n'ai jamais su être père. Je n'ai jamais su aimer. Je n'ai jamais su être autre chose que ce que j'étais : un homme qui a pris, qui a détruit, qui a tué. Mais toi, toi tu es différente. Toi, tu es ce que j'aurais voulu être. Toi, tu es la seule chose belle que j'aie jamais faite.Je ne te d
AnoukLa prison des Baumettes est une forteresse grise, plantée au milieu de Marseille comme une menace silencieuse. Des murs hauts, des barbelés, des miradors. Des hommes en uniforme qui surveillent, qui attendent, qui veillent.Je n'y suis jamais entrée. Je n'y entrerai jamais.Mais ce soir, Dante y est allé. Pour parler à Castellano. Pour lui dire que je ne viendrais pas. Pour lui dire que c'était fini.Je l'attends dans la voiture, garée à l'extérieur, le moteur tournant, le chauffage allumé. La nuit est froide, humide, marseillaise. La pluie tombe sur le pare-brise, fine, insistante, comme si elle voulait laver la ville de tout ce qui s'est passé.Mon téléphone sonne.— Allô ?— Anouk.La voix me glace le sang.— Castellano.— Ne raccroche pas. S'il te plaît. Ne raccroch
AnoukIl ouvre les yeux. Dans la pénombre, ils brillent.— Viens là.Je me penche. Je l'embrasse. Doucement d'abord, puis plus profondément. Sa main remonte dans mon cou, attrape mes cheveux, m'attire
ANOUK L'appartement n'a jamais été aussi plein.Des hommes partout. Dans le salon, dans la cuisine, jusque dans le couloir. Des visages que je ne connais pas, taillés dans la roche, marqués par la rue et le travail du port. Ils parlent fort, en provençal pour certains, en italien pour d'autres. L'
AnoukMenton vers l'immeuble d'en face. Je suis son regard. Je ne vois rien. Mais Castellano hésite.— Tu bluffes.— Tu veux vérifier?Silence.Le vent souffle entre les immeubles. Personne ne bouge.Puis Castellano rit. Mais cette fois, c'est un rire jaune.— Tu as de la chance, dit-il à Dante. J'
AnoukL'aube se lève .Je ne dors pas. Je regarde la lumière grise qui filtre à travers les volets. Dante respire calmement contre moi. Sa fièvre est tombée dans la nuit. Le médecin a dit que le plus dur était passé.Mais je sais que le plus dur ne fait que commencer.Mon téléphone vibre sur la tab







