로그인Il pleure. Des larmes silencieuses coulent sur ses joues creusées. Il ne les essuie pas. Il ne les cache pas. Il pleure. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi dire. Cet homme est mon père. Ce monstre est mon père. Je devrais le haïr. Je le hais. Mais je le plains aussi. La porte de l'église s'ouvre. Dante. Il est là, dans l'encadrement, silhouette noire contre le ciel rouge. Le vent fait voler son manteau. Ses yeux brillent dans la pénombre, deux braises, deux promesses de mort. Derrière lui, Marc. Et Leo. Et les autres hommes. Une dizaine. Tous armés. Tous silencieux. Dante s'avance dans l'allée. Ses pas résonnent sur la pierre. Son visage est dur, froid, sans expression. Un masque de marbre. Une statue de vengeance. — Castellano, dit-il. Sa voix est calme. Trop calme. Celle qu'on a avant de tuer. — Dante, répond Castellano. Tu e
Anouk Notre-Dame-de-la-Garde se dresse au sommet de la colline, blanche et or dans la lumière du soir. La Bonne Mère. Celle qui protège les marins, les pêcheurs, les voyageurs. Celle qui veille sur Marseille depuis des siècles, majestueuse, indifférente aux drames qui se jouent sous ses pieds. Le soleil se couche sur la Méditerranée. Le ciel est en feu. Des traînées orange, rose, violet. Les mouettes crient. Le vent souffle, chaud, salé, vivant. Je monte les marches. Lentement. Chaque pas est lourd. Chaque pas est une prière. Mes chaussures claquent sur la pierre. Je porte une robe. Une robe simple, noire, que Dante m'a offerte il y a des mois. Je ne sais pas pourquoi je l'ai mise. Peut-être pour être belle. Peut-être pour être forte. Peut-être pour être celle que je veux être quand tout finira. Les portes de l'église sont ouvertes. L'intérieur est sombre, frais, silencieux. L'odeur de l'encen
Il tend la main. Il touche ma joue. Ses doigts sont froids, rugueux, morts. — Tu lui ressembles tellement, dit-il. Les mêmes yeux. La même bouche. La même rage. Sauf que toi, tu es plus forte. Toi, tu ne t'es pas laissée faire. — Ne me touche pas. — Tu as trouvé un homme qui te protège. Un tueur. Un mafieux. Un homme comme moi, finalement. La fille qui épouse le père. C'est Freud qui serait content. — Dante n'a rien à voir avec toi. — Il est exactement comme moi. Il tue pour ce qu'il aime. Il détruit pour protéger. Il possède au lieu d'aimer. Tu crois qu'il t'aime, mais il te contrôle. Tu crois qu'il te protège, mais il t'enferme. Tu es passée d'une prison à l'autre. — Tais-toi. — Réveille-toi, Anouk. Regarde la vérité en face. Tu as fui ton père pour tomber dans les bras d'un autre monstre. — Tu ne sais rien de lui. — Je sais qu'il a tué
Je le serre contre moi. Je caresse ses cheveux, son dos, ses épaules. Il tremble. Tout son corps tremble. Ce corps qui a tué, qui a frappé, qui a survécu. Ce corps qui est le mien. Ce corps que j'aime. Il me prend. Doucement. Tendrement. Comme s'il demandait pardon avec son corps, avec ses mains, avec sa bouche. Il me déshabille lentement, religieusement, comme un prêtre qui prépare un autel. Ses doigts effleurent ma peau. Ses lèvres déposent des baisers légers sur mes épaules, mes seins, mon ventre. — Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau. — Moi aussi. — J'ai eu peur. — Moi aussi. — Je ne veux plus jamais avoir peur. — Alors ne me fais plus peur. Il me regarde. Ses yeux brillent dans le noir. Il hoche la tête. Un pacte. Une promesse. Un serment silencieux. Il me prend sur le lit. Lentement. Chaque geste est une prière, chaque caresse une
Ma gorge se serre. Ma poitrine se comprime. Je sens les larmes qui remontent. — Il devrait avoir peur, dis-je. Il a failli me frapper. — Il ne t'a pas frappée. — Ce n'était pas loin. — Mais il ne l'a pas fait. — Cette fois. Leo pousse un soupir. Il passe une main sur son visage, frotte ses yeux, secoue la tête. — Anouk, dit-il. Je connais Dante depuis vingt ans. Je l'ai vu tuer. Je l'ai vu torturer. Je l'ai vu faire des choses que tu ne peux même pas imaginer. Mais je ne l'ai jamais vu aimer quelqu'un comme il t'aime. Et je ne l'ai jamais vu avoir peur comme il a peur maintenant. — Il a peur de quoi ? — De lui-même. De ce qu'il est. De ce qu'il pourrait devenir. Il m'a dit une phrase, tout à l'heure. Il m'a dit : si je la perds, je n'ai plus de raison d'être humain. Le silence. La lumière rose du néon qui clignote, dehors. U
Anouk Je cours. Je ne sais pas où je vais. Je cours, c'est tout. Mes pieds frappent le trottoir, mon souffle est court, mes poumons brûlent. La nuit est tombée sur Marseille. Les lampadaires projettent des flaques de lumière orange sur l'asphalte mouillée. Il a plu. Je n'avais pas remarqué. Mes jambes tremblent. Mon cœur bat trop vite, trop fort, comme s'il voulait sortir de ma poitrine. Je m'arrête au coin d'une rue, pliée en deux, les mains sur les genoux. Je respire. J'essaie de respirer. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je me redresse. Je regarde autour de moi. Je ne reconnais rien. Les immeubles sont sales, les volets sont fermés, les tags recouvrent les murs. Une rue déserte, une rue morte, une rue comme il y en a tant dans cette ville. Un chien fouille dans une poubelle renversée. Un rideau bouge derrière une fenêtre. Quelqu'un regarde. Quelqu'un attend. Je me remets à marcher. Plus lentement.
DanteElle croit jouer. Elle croit que son petit esprit brillant et chaotique peut cartographier le mien, anticiper mes mouvements. La demande de sortie était transparente. Un test des limites, une évaluation des gardiens, un premier pas maladroit vers une échappée. J’ai dit oui. Il faut laisser à
AnoukLa porte du bureau est restée ouverte. Un piège ou une invite ? Les deux, probablement. Les mots de Dante résonnent encore dans l’air feutré de la chambre, se mêlant à l’odeur de cire et de pierre froide. Un prédateur. Elle appartient au jardin. Une phrase qui se voulait définitive, une absor
DanteJe sors un carnet de ma poche intérieure , un carnet en cuir noir, bien différent de celui que j’ai laissé à Anouk. J’y note quelque chose, lentement. Le grattement du stylo-plume sur le papier est le seul bruit.— Le prix, dis-je enfin sans lever les yeux. Il augmente de quinze pour cent. Po
Anouk Je me souviens du bureau. Mon bureau.Je traverse le couloir sur la pointe des pieds, comme si je pouvais déranger quelqu’un. La porte du bureau est entrouverte. A l’intérieur, tout est exactement comme je l’ai laissé : l’ordinateur, le carnet noir, la machine à écrire. Et sur le bureau, à c







