LOGINElle verse le thé dans deux tasses. Les tasses sont blanches, fines, presque transparentes. De la porcelaine. La bonne porcelaine. Celle qu'on sort pour les occasions.— Je pensais à toi tous les jours, dit-elle. Toutes les nuits. À chaque fois que je voyais une petite fille, à chaque fois que j'entendais un rire, à chaque fois que je lisais un livre.— Pourquoi tu n'es jamais revenue ?— Parce que j'avais peur. Peur de te revoir. Peur que tu me rejettes. Peur de ne pas être à la hauteur.— Tu es ma mère. Tu seras toujours à la hauteur.— Tu es gentille.— Je suis honnête.Elle me regarde. Ses yeux sont clairs, fatigués, heureux. Il y a quelque chose de nouveau en elle. Quelque chose qui n'était pas là avant. Une paix. Une acceptation.— Raconte-moi ta vie, dit-elle. Tout. Depuis le d&
AnoukLe village est perché sur une montagne. Des ruelles étroites, des maisons en pierre, des fleurs aux fenêtres. Des géraniums rouges, des bougainvillées violettes, du jasmin blanc. L'air sent le thym, le romarin, la terre chaude.Santo Stefano di Sessanio. Un nom qui danse sur la langue, qui sent le soleil et la terre et l'herbe séchée. Un nom qui ressemble à une chanson.Marc est resté en bas, dans la voiture. Il n'a pas voulu monter. Il a dit que c'était entre elle et moi. Il a dit qu'il attendrait. Il a dit qu'il avait peur.Je marche dans les ruelles. Mes pas résonnent sur les pavés inégaux, usés par des siècles de pieds, de sabots, de pneus. Le vent est doux, le ciel est bleu, la vie est belle. Les hirondelles volent au-dessus des toits. Un chat dort sur un mur, le ventre au soleil.Devant moi, une porte bleue. Une porte pe
Je regarde par la fenêtre. Les paysages défilent. Des collines vertes, des champs de tournesols, des villages perchés sur des rochers. La France. L'Italie. La frontière est proche. Un panneau indique Vintimille. Vingt kilomètres.— Où on va exactement ? demandé-je.— Dans les Abruzzes. Un village qui s'appelle Santo Stefano di Sessanio. C'est perché sur une montagne. Il n'y a presque personne. Juste des pierres, du vent, et le ciel.— Elle vit seule ?— Elle vit avec un chat. Et des livres. Beaucoup de livres.— Elle est heureuse ?— Je ne sais pas. Elle dit qu'elle est en vie. C'est déjà ça.Le silence s'installe à nouveau. La nuit est tombée. Les phares éclairent la route. Des lignes blanches, des lignes jaunes, des panneaux réfléchissants.— Arrête-toi, d
Je sors de l'appartement. Je descends les marches. Chaque pas est un souvenir. Chaque marche craque sous mon poids. L'immeuble est vieux, fatigué, comme un animal qui va mourir.Au deuxième étage, je m'arrête.Devant la porte d'Anouk. Devant l'appartement de son enfance.Je pousse la porte. Elle n'est pas fermée à clé. Personne n'a pris la peine de la fermer. Peut-être que plus personne ne vient ici. Peut-être que tout le monde a oublié.J'entre.L'appartement est petit, sombre, triste. Une cuisine, un salon, deux chambres. Les meubles sont encore là, recouverts de draps blancs. Des draps qui ressemblent à des linceuls. La poussière recouvre tout. Une couche épaisse, grise, immobile. Le temps s'est arrêté ici. Il n'a pas osé entrer.Je marche dans le salon. Les murs sont nus, sauf une trace. Un dessin d'enfant. Un soleil. Une maison. Des fleurs. Anouk. C'est Anouk qui a dessiné ça. Il y a quinze ans. Peut-être plus.Je traverse la cuisine. L'évier est vide. Les placards sont ouverts.
DanteL'appartement est vide. Poussiéreux. Silencieux.Le silence pèse. C'est un silence lourd, épais, presque solide. Un silence qui a entendu des choses. Des pleurs, des coups, des mensonges.Castellano est passé par là. Je le sens. Je sens son odeur. Sa peur. Sa folie. Un mélange de sueur froide, de tabac bon marché et de sang. Une odeur de bête traquée. Une odeur de mort.— Qu'est-ce qu'on a ? demandé-je à Leo.— Pas grand-chose. Des empreintes. Des cheveux. Rien d'exploitable pour l'instant.Il est accroupi par terre, près d'une chaise cassée. Il relève la tête, ses yeux sont rouges. Il n'a pas dormi non plus. Personne n'a dormi.— Il a laissé des traces volontairement.— Pourquoi ?— Pour qu'on le suive. Pour qu'on tombe dans son piège.Je marche dan
On entre.L'immeuble sent le moisi, l'urine, la mort. Les murs sont tagués, les ampoules grillées, l'escalier branlant. Mes pas résonnent sur les marches. Chaque bruit est un souvenir. Chaque odeur est une douleur.Mon enfance défile à chaque marche. La porte du deuxième étage. C'est là qu'on vivait. C'est là que je jouais avec mes poupées. C'est là que ma mère criait. C'est là que mon père frappait. Le bruit des coups. Le bruit des pleurs. Le bruit du silence après.— Il est au troisième, dit Marc. Dans l'appartement vide au-dessus du vôtre.— Pourquoi il est venu ici ?— Parce que c'est là que tout a commencé. Parce qu'il veut finir là où ta mère est morte.— Il ne sait pas qu'elle est vivante ?— Non. Personne ne le sait. Sauf moi. Sauf t
Il essuie une larme sur ma joue , je ne savais même pas que je pleurais. Ses doigts sont tièdes, tachés de rouge.— Oui. C'est différent.Autour de nous, le combat s'éteint complètement. Les hommes de Marco se rendent, jettent leurs arm
Les hommes se dispersent. Silencieux, rapides, efficaces. Des ombres qui glissent entre les containers, qui disparaissent dans l'obscurité. Leo part sur la droite, ses hommes derrière lui. Gérard sur la gauche.Marc s'approche de nous.— On les a, dit-il.
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
Il rit. Un rire doux, triste, magnifique. Un rire qui vient du fond de lui, qui secoue ses épaules, qui fait briller ses yeux.— Ça n'a pas de sens.— Je m'en fous.Je me lève. La chaise tombe derrière moi avec un bruit de bois contre l







