LOGINAnoukLe village est perché sur une montagne. Des ruelles étroites, des maisons en pierre, des fleurs aux fenêtres. Des géraniums rouges, des bougainvillées violettes, du jasmin blanc. L'air sent le thym, le romarin, la terre chaude.Santo Stefano di Sessanio. Un nom qui danse sur la langue, qui sent le soleil et la terre et l'herbe séchée. Un nom qui ressemble à une chanson.Marc est resté en bas, dans la voiture. Il n'a pas voulu monter. Il a dit que c'était entre elle et moi. Il a dit qu'il attendrait. Il a dit qu'il avait peur.Je marche dans les ruelles. Mes pas résonnent sur les pavés inégaux, usés par des siècles de pieds, de sabots, de pneus. Le vent est doux, le ciel est bleu, la vie est belle. Les hirondelles volent au-dessus des toits. Un chat dort sur un mur, le ventre au soleil.Devant moi, une porte bleue. Une porte pe
Je regarde par la fenêtre. Les paysages défilent. Des collines vertes, des champs de tournesols, des villages perchés sur des rochers. La France. L'Italie. La frontière est proche. Un panneau indique Vintimille. Vingt kilomètres.— Où on va exactement ? demandé-je.— Dans les Abruzzes. Un village qui s'appelle Santo Stefano di Sessanio. C'est perché sur une montagne. Il n'y a presque personne. Juste des pierres, du vent, et le ciel.— Elle vit seule ?— Elle vit avec un chat. Et des livres. Beaucoup de livres.— Elle est heureuse ?— Je ne sais pas. Elle dit qu'elle est en vie. C'est déjà ça.Le silence s'installe à nouveau. La nuit est tombée. Les phares éclairent la route. Des lignes blanches, des lignes jaunes, des panneaux réfléchissants.— Arrête-toi, d
Je sors de l'appartement. Je descends les marches. Chaque pas est un souvenir. Chaque marche craque sous mon poids. L'immeuble est vieux, fatigué, comme un animal qui va mourir.Au deuxième étage, je m'arrête.Devant la porte d'Anouk. Devant l'appartement de son enfance.Je pousse la porte. Elle n'est pas fermée à clé. Personne n'a pris la peine de la fermer. Peut-être que plus personne ne vient ici. Peut-être que tout le monde a oublié.J'entre.L'appartement est petit, sombre, triste. Une cuisine, un salon, deux chambres. Les meubles sont encore là, recouverts de draps blancs. Des draps qui ressemblent à des linceuls. La poussière recouvre tout. Une couche épaisse, grise, immobile. Le temps s'est arrêté ici. Il n'a pas osé entrer.Je marche dans le salon. Les murs sont nus, sauf une trace. Un dessin d'enfant. Un soleil. Une maison. Des fleurs. Anouk. C'est Anouk qui a dessiné ça. Il y a quinze ans. Peut-être plus.Je traverse la cuisine. L'évier est vide. Les placards sont ouverts.
DanteL'appartement est vide. Poussiéreux. Silencieux.Le silence pèse. C'est un silence lourd, épais, presque solide. Un silence qui a entendu des choses. Des pleurs, des coups, des mensonges.Castellano est passé par là. Je le sens. Je sens son odeur. Sa peur. Sa folie. Un mélange de sueur froide, de tabac bon marché et de sang. Une odeur de bête traquée. Une odeur de mort.— Qu'est-ce qu'on a ? demandé-je à Leo.— Pas grand-chose. Des empreintes. Des cheveux. Rien d'exploitable pour l'instant.Il est accroupi par terre, près d'une chaise cassée. Il relève la tête, ses yeux sont rouges. Il n'a pas dormi non plus. Personne n'a dormi.— Il a laissé des traces volontairement.— Pourquoi ?— Pour qu'on le suive. Pour qu'on tombe dans son piège.Je marche dan
On entre.L'immeuble sent le moisi, l'urine, la mort. Les murs sont tagués, les ampoules grillées, l'escalier branlant. Mes pas résonnent sur les marches. Chaque bruit est un souvenir. Chaque odeur est une douleur.Mon enfance défile à chaque marche. La porte du deuxième étage. C'est là qu'on vivait. C'est là que je jouais avec mes poupées. C'est là que ma mère criait. C'est là que mon père frappait. Le bruit des coups. Le bruit des pleurs. Le bruit du silence après.— Il est au troisième, dit Marc. Dans l'appartement vide au-dessus du vôtre.— Pourquoi il est venu ici ?— Parce que c'est là que tout a commencé. Parce qu'il veut finir là où ta mère est morte.— Il ne sait pas qu'elle est vivante ?— Non. Personne ne le sait. Sauf moi. Sauf t
AnoukLa voiture roule trop vite. Marc conduit d'une main, l'autre dans son écharpe, les yeux fixés sur la route. Je ne sais pas où on va. Je ne sais pas ce qu'on va trouver. Je ne sais plus rien.Le paysage défile derrière la vitre. Les immeubles des quartiers nord, les tags sur les murs, les grilles aux fenêtres. Je connais ces rues. Je les ai fuies il y a quinze ans, et les voilà qui reviennent, qui m'engloutissent, qui me rappellent que je n'ai jamais vraiment quitté cet endroit.— Explique-moi, dis-je. Maintenant.Ma voix est calme. Trop calme. Celle qu'on a quand on est au bord du gouffre et qu'on essaie de ne pas tomber.— Ta mère, commence Marc. Elle n'est pas morte cette nuit-là.Ses doigts blanchissent sur le volant. Il évite mon regard. Il regarde la route comme si sa vie en dépendait.— J'ai vu son corps, dis-
AnoukLe grondement des moteurs est une basse constante, un bourdonnement qui me traverse plus qu’il ne m’entoure. Il ancre cette réalité folle dans le physique : nous volons. Je suis assise dans un fauteuil de cuir plus confortable que tout ce que j’ai jamais possédé, et le monde est un tapis de n
DanteElle entre dans la cabine et s’arrête net, un nouveau coup de grâce.Je la suis, refermant la porte derrière nous avec un sifflement étouffé. L’hôtesse, discretement postée à l’avant, s’incline légèrement et se retire dans le poste de pilotage après un signe de ma part. Nous sommes seuls.Le
AnoukLa berline quitte l’autoroute, s’engage sur une route plus étroite bordée de grillages. Des panneaux indiquent une zone réservée. Ma tension, jusqu’alors tournée vers l’intérieur, se redirige soudain vers la vitre. Où va-t-on ?Je m’étais imaginé une gare, un autre train. Pas ça.La voiture p
AnoukLe temps s’est étiré, élastique et cruel, depuis ce réveil en sursaut. J’ai regardé l’aube teinter le ciel de gris puis de rose, immobile sur mon lit, les draps encore imprégnés de l’odeur de mon propre rêve. Une honte chaude me colle à la peau, plus tenace que la sueur nocturne.Mais le prot







