เข้าสู่ระบบJe pose la tasse sur la table basse. Je me tourne vers lui. Son visage est tout proche, ses yeux dans les miens, sa bouche à quelques centimètres de la mienne. Les cernes sous ses yeux sont plus creusés que d'habitude. Lui non plus n'a pas dormi. Depuis trois jours, depuis la mort de Castellano sur ce parvis, il n'a pas fermé l'œil. Il a géré les conséquences, les formalités, les arrangements. Il a protégé nos arrières, effacé les traces, verrouillé les issues. Il a tout pris sur lui, comme d'habitude, sans se plaindre, sans rien demander en retour. Simplement parce que c'est lui. Simplement parce qu'il m'aime. — Merci, dis-je. — De quoi ? — D'être là. De m'avoir soutenue. De ne pas l'avoir tué toi-même. — Je l'aurais fait si tu me l'avais demandé. — Je sais. C'est pour ça que je ne te l'ai pas demandé. Il sourit. Un sourire las, triste, mais vrai. Il se penche, pose ses lèvres sur m
À la sortie, la voiture de Marc attend, moteur allumé, essuie-glaces qui battent la mesure, phares qui percent le brouillard. La carrosserie noire ruisselle. Marc est au volant, le visage impassible, les mains sur le volant. Il ne pose pas de questions. Il ne fait pas de commentaires. Il attend, c'est tout. Dante ouvre la portière. Je monte. La chaleur de l'habitacle m'enveloppe, me gifle presque. Je tremble. Tout mon corps tremble. Je ne savais pas que j'avais froid. Je ne savais pas que j'étais restée si longtemps sous la pluie. Mes vêtements sont trempés, collés à ma peau. Mes cheveux dégoulinent sur le cuir des sièges. Mes lèvres sont bleues. Mes doigts sont blancs. — C'est fini, dit Dante en s'asseyant à côté de moi. Il referme la portière. Le silence de l'habitacle nous engloutit. Plus de pluie. Plus de vent. Juste le ronronnement du moteur, la musique classique en sourdine à la radio, le souffle régulier de Marc qui cond
Le prêtre achève ses oraisons. Il ferme son missel. Il recule d'un pas. Les croque-morts s'avancent, deux hommes en ciré noir, le visage fermé, les gestes mécaniques. Ils actionnent les manivelles. Les cordes se tendent. Le cercueil descend lentement, par à-coups, dans un grincement de poulies rouillées. La pluie redouble, comme si le ciel voulait noyer la cérémonie, l'effacer, la laver. Les gouttes crépitent sur le bois, tambourinent sur les parapluies, dégoulinent dans mon col. Je ne frissonne pas. Le bruit de la première pelletée de terre sur le couvercle. Un bruit sourd, mat, creux. Le bruit de la fin. Les soldats se relaient, chacun son tour, un geste rituel, presque militaire. La terre est lourde, détrempée, mêlée de graviers. Elle rebondit sur le bois, glisse sur les côtés, s'accumule. Le trou se referme peu à peu. Le cercueil disparaît sous la boue. Mon père disparaît sous la boue. Une femme sanglote quelque part. Pas moi. Quand tout est fini, les soldats s'en vont. Sa
Anouk Il pleut sur Marseille. Une pluie fine, grise, obstinée, qui transforme les rues en miroirs sales, les trottoirs en rivières noires, le ciel en un couvercle de plomb. Les gouttes crépitent sur les parapluies, glissent le long des cols de manteaux, s'infiltrent partout, dans les chaussures, dans les os, dans les âmes. Le cimetière Saint-Pierre est un océan de pierres tombales noyées de brume. Les cyprès penchent sous le vent. Quelque part, un corbeau croasse. Personne ne lui répond. L'assistance tient sur les doigts d'une main, ou presque. Une dizaine de personnes, des silhouettes sombres, des visages que je ne connais pas. Des soldats de l'empire déchu. Des lieutenants aux mâchoires serrées, aux mains épaisses, aux yeux qui balaient le paysage par réflexe professionnel. Ils ne pleurent pas. Ils ne parlent pas. Ils sont venus par devoir, par respect pour ce qu'il représentait, pas pour ce qu'il était. Certains ont des cicatrices aux mains, d'autres au cou. Aucun n'a apporté de
Il me fait l'amour lentement. Religieusement. Comme s'il m'aidait à revenir dans mon corps, dans ce lit, dans cette vie. Chaque baiser est une bénédiction. Chaque mouvement est une offrande. Il me regarde. Il ne ferme pas les yeux. Il ne regarde rien d'autre que moi. Je jouis en silence, les yeux dans les siens. Les larmes coulent sur mes joues. Je ne sais pas si c'est de tristesse ou de joie. Peut-être les deux. Peut-être que la joie et la tristesse sont les deux faces d'une même pièce. — Je t'aime, dis-je. — Je sais. Pour une fois, ça ne m'énerve pas. Je souris. À travers les larmes, je souris. Dehors, le jour se lève sur Marseille. La lumière est rose, douce, neuve. Les oiseaux chantent. La ville s'éveille. Le passé est passé. L'avenir est à nous. --- Anouk Cette nuit-là, je n
Castellano pâlit. Ses mains tremblent. Sa bouche s'ouvre, se referme. — Tu es plus cruel que moi, dit-il. — Oui. — Tu me laisseras vivre ? — Non. Tu survivras. C'est différent. Castellano regarde la mer. Le ciel. La ville. Il respire profondément. Il semble réfléchir. Puis il plonge la main dans sa poche. Dante sort son arme. Les hommes pointent leurs fusils. Le temps s'arrête. — Doucement, dit Dante. Très doucement. Castellano sort un petit crucifix doré. Celui qui pendait dans l'église. Il l'a volé. Il le serre dans sa main. — Je suis prêt, dit-il. — Prêt à quoi ? — À disparaître. Il s'avance vers le bord du parvis. La balustrade est basse. Derrière, le vide. La falaise. Les rochers. La mer. — Arrête-toi, dit Dante. — Tu as dit que tu ne me tuerais pas. Alors
AnoukJe suis toujours assise par terre, le dos contre la porte de ma chambre. La sensation du bois froid à travers la fine soie de ma robe me ramène peu à peu à la réalité. À la réalité de cet endroit. À la réalité de lui.Son rire résonne encore dans mes oreilles. Pas un rire moqueur. Un rire de
DanteLa porte blindée de l’ascenseur privé se referme dans un silence feutré. L’air conditionné murmure. Je m’adosse à la paroi de cuir, fermant les yeux. Mais ce n’est pas le froid du métal que je sens contre ma peau. C’est le regard d’Anouk.Brûlant. Terrifié. Fasciné.« Mon Dieu. Comme il est…
AnoukLa porte de la suite se referme derrière moi avec un clic définitif, trop doux pour un verrou de prison. Le silence est immédiat, épais, écrasant. Tout le luxe environnant – les marbres, les soieries, les fleurs fraîches renouvelées en mon absence – se fige en un décor parfait et mort.Mon co
AnoukNous passons à une sculpture, un bronze tourmenté. Il me parle technique, fonte à la cire perdue, patine. Sa connaissance est encyclopédique, sa passion, palpable. Cet homme-là n’est pas un faux. Il aime cela. C’est réel. Cela rend le reste , le danger que je sens en lui, l’ambiguïté de ses g







