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Chapitre 2

last update publish date: 2026-08-19 06:43:41

CHAPITRE 2 : L'INCIDENT DU COURRIER

Emma passa une nuit agitée. Elle s'était retournée dans son lit pendant des heures, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, à repasser en boucle l'image de Jaylen dans l'encadrement de la porte. Sa voix grave, son sourire, la manière dont il avait prononcé son nom comme s'il le goûtait. Elle se sentait ridicule, comme une adolescente qui aurait eu son premier béguin. Mais elle ne pouvait s'empêcher de sourire dans le noir, d'écouter les bruits venant du dessus, ces pas discrets qui lui rappelaient qu'il était là, juste au-dessus, à quelques mètres à peine.

Le lendemain matin, elle se réveilla en retard. La lumière du jour filtrait à travers ses rideaux, et elle comprit immédiatement qu'elle avait manqué son réveil. Elle bondit du lit, enfilant à la hâte un jean et un t-shirt, et courut vers la cuisine pour avaler un café brûlant avant de filer au travail. Elle travaillait dans une petite galerie d'art du Marais, un poste qu'elle adorait mais qui exigeait d'être ponctuelle. Et elle était en train de devenir tout sauf ponctuelle.

Elle attrapa son sac, ses clés, et se précipita vers la porte d'entrée. C'est là qu'elle aperçut l'enveloppe glissée sous le seuil. Une enveloppe blanche, épaisse, à son nom.

Elle la ramassa et l'ouvrit avec une curiosité mêlée d'impatience. À l'intérieur, une lettre écrite à la main, d'une écriture masculine, élégante et un peu désordonnée.

"Emma, je suis désolé de te déranger si tôt. Il y a eu une erreur avec le courrier. La facture de mon électricité a été livrée chez toi par erreur. Je comprendrais si tu ne peux pas la rendre tout de suite, mais si jamais tu passes devant ma porte, je serais ravi de la récupérer. Et peut-être de te proposer un café en échange. Jaylen."

Emma lut la lettre trois fois. Ses doigts tremblaient légèrement. Il lui avait écrit. À la main. Avec une excuse à peine voilée pour la revoir. Elle sentit ses joues s'empourprer et eut soudain l'impression que la matinée venait de prendre une toute autre tournure.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Elle était déjà en retard. Mais une force irrésistible la poussa vers l'escalier. Elle monta les marches deux à deux, le cœur battant, et s'arrêta devant la porte du troisième étage. Elle frappa avant même d'avoir eu le temps de réfléchir.

La porte s'ouvrit presque immédiatement, comme s'il l'attendait.

Jaylen se tenait dans l'encadrement, une tasse de café à la main, un sourire aux lèvres. Il était vêtu d'un simple sweat à capuche gris et d'un jean usé, et ses cheveux étaient encore humides, comme s'il venait de prendre une douche. Une goutte d'eau perlait sur sa tempe et coulait le long de sa mâchoire. Emma suivit la trajectoire de la goutte avant de se forcer à lever les yeux vers les siens.

— Je vois que ma lettre a fonctionné, dit-il en riant doucement.

— Tu aurais pu simplement sonner, répondit-elle, tentant de paraître indifférente alors que son cœur s'emballait.

— Où serait le plaisir ? Une lettre, c'est plus romantique.

Il s'écarta pour la laisser entrer. L'appartement avait changé depuis la veille. Les cartons étaient en grande partie défaits, les meubles assemblés. Une grande bibliothèque couvrait tout un mur, remplie de livres de photographie, d'art, de poésie. Des tirages photographiques étaient accrochés aux murs, des paysages urbains, des portraits en noir et blanc, des images qui semblaient capturer l'âme des gens qu'elles représentaient.

Emma s'approcha de l'un d'eux, un portrait de femme âgée assise sur un banc, les mains croisées sur ses genoux, un sourire mystérieux aux lèvres.

— C'est toi qui as pris ça ? demanda-t-elle.

— Oui. C'était à New York, il y a deux ans. Elle s'appelait Martha. Je l'ai rencontrée dans un parc. Elle m'a raconté sa vie pendant deux heures, et je lui ai demandé si je pouvais la photographier. Elle a accepté. C'est l'une de mes photos préférées.

— Elle a l'air si... paisible. Comme si elle avait trouvé la paix après toute une vie de tempêtes.

Jaylen la regarda avec une expression nouvelle, presque surprise.

— Tu as raison. C'est exactement ce que j'ai ressenti quand je l'ai vue. Comment as-tu deviné ?

Emma haussa les épaules, gênée par son attention.

— Je ne sais pas. Je regarde beaucoup d'art, c'est mon métier. Je travaille dans une galerie.

— Une galerie ? s'exclama-t-il, les yeux s'illuminant. Quelle galerie ?

— La Galerie des Lumières, dans le Marais.

Jaylen siffla doucement.

— Je connais. Ils ont une excellente réputation. Tu dois t'y plaire.

— Énormément, confirma-t-elle. C'est mon refuge. Les jours où tout va mal, je me perds dans les œuvres. C'est comme une thérapie.

Il hocha la tête, compréhensif, et la rejoignit devant la photo. Ils se tenaient côte à côte, leurs épaules presque se touchant. Emma sentait la chaleur émaner de son corps, son parfum, un mélange de savon et de bois de cèdre.

— Je suis photographe, dit-il. Enfin, j'essaie de l'être. Je fais des reportages, des portraits, un peu de tout. C'est pour ça que j'ai déménagé ici. J'ai besoin d'un nouvel environnement, de nouvelles inspirations.

— Et tu as trouvé ? demanda-t-elle, la voix plus basse qu'elle ne l'aurait voulu.

Il se tourna vers elle, et son regard plongea dans le sien. Il était si proche qu'elle pouvait voir les reflets ambrés dans ses iris sombres, la ligne parfaite de ses lèvres, le battement de sa mâchoire quand il mordilla l'intérieur de sa joue, un geste qu'elle commençait à connaître.

— Je commence à croire que oui, murmura-t-il.

Le silence s'installa, un silence lourd de tout ce qui n'était pas dit. Emma sentit ses doigts s'agiter nerveusement autour de l'enveloppe qu'elle tenait encore. Elle l'avait complètement oubliée.

— Ah, tiens, dit-elle en la lui tendant. Ta facture. La voilà.

Il la prit, mais ses doigts effleurèrent les siens dans le mouvement, et le contact électrique la fit sursauter.

— Merci, dit-il. Mais pour être honnête, je m'en fichais un peu de cette facture. Je voulais juste une excuse pour te voir.

Emma ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle était complètement désarmée. Il disait tout haut ce qu'elle pensait tout bas, ce qu'elle n'osait pas s'avouer.

— Tu es direct, dit-elle enfin.

— Je préfère être honnête. La vie est trop courte pour jouer à des jeux. Si j'ai envie de voir quelqu'un, je le dis.

Il s'approcha d'elle d'un pas, et cette fois, elle ne recula pas. Elle aurait dû. Elle aurait dû trouver une excuse pour partir, pour s'éloigner avant que quelque chose d'incontrôlable ne se produise. Mais elle resta là, plantée comme une statue, à boire ses paroles.

— Alors voilà, dit-il doucement. Je te propose un café, maintenant que tu es là. On peut parler de toi, de la galerie, de tout ce que tu veux.

Elle regarda sa montre. Elle était en retard. Mais soudain, cela n'avait plus la moindre importance.

— Un café, répéta-t-elle. Juste un café.

Il sourit, ce sourire qui faisait danser les lumières dans ses yeux, et se dirigea vers la cuisine. Elle le suivit, s'asseyant sur un tabouret de bar en face du plan de travail. Il préparait le café avec une concentration presque rituelle, dosant les grains, les moulant, versant l'eau chaude avec précision.

— Tu es un perfectionniste, remarqua-t-elle.

— Dans certains domaines, oui. Dans d'autres, je suis un chaos sur pattes.

Il lui tendit une tasse fumante, et leurs doigts se frôlèrent de nouveau. Elle prit une gorgée, et la chaleur du liquide se répandit dans sa poitrine.

— Alors, Emma, dit-il en s'asseyant en face d'elle. Raconte-moi tout. Qui es-tu, en dehors de la galerie ?

Elle parla. Elle parla de ses études d'histoire de l'art, de son rêve d'ouvrir un jour sa propre galerie, de ses parents divorcés qu'elle voyait trop peu, de sa meilleure amie Julie qui était comme une sœur pour elle. Elle parla longtemps, et il l'écouta avec une attention qui la faisait se sentir vue, comprise, importante.

Quand elle s'arrêta, elle se rendit compte qu'elle avait parlé pendant près d'une heure. Elle n'avait jamais été aussi à l'aise avec quelqu'un d'aussi rapidement.

— Julie, répéta-t-il en souriant. C'est elle, la fameuse meilleure amie ?

— Oui. Elle est géniale. Un peu envahissante parfois, mais toujours là quand j'ai besoin d'elle. Elle veut me marier avec le premier venu, comme si j'étais en danger de finir vieille fille.

Jaylen rit.

— Je comprends ce sentiment. Mon meilleur ami, Malik, est pareil. Il me harcèle pour que je sorte avec des filles qu'il me présente. Il croit que je suis trop solitaire.

— Et tu l'es ? demanda-t-elle, curieuse.

Il marqua une pause, ses yeux se perdant dans l'espace un instant.

— Peut-être. Je me suis souvent senti seul, même entouré. C'est pour ça que je prends des photos, je crois. Pour capturer des instants de connexion, des fragments de vie qui me rappellent que je ne suis pas si isolé que ça.

Elle sentit son cœur se serrer. Il y avait une fragilité en lui, une profondeur qu'elle n'avait pas anticipée. Il n'était pas seulement beau et charismatique ; il était sensible, blessé, véritable.

Son téléphone vibra sur le plan de travail. Le nom de Julie apparut sur l'écran. Emma hésita, puis décrocha.

— Emma ! s'écria Julie, la voix pétillante. Où es-tu ? Je suis passée chez toi, tu n'étais pas là. Tu es déjà au travail ?

Emma jeta un coup d'œil à Jaylen, qui la regardait avec un sourire amusé.

— Euh, non, je suis... chez le nouveau voisin. Je lui rends un courrier qui avait été livré chez moi par erreur.

— Le nouveau voisin ? Celui dont tout le monde parle ? OH MON DIEU, EMMA ! Tu es chez LUI ?

La voix de Julie monta d'un octave, et Emma dut éloigner le téléphone de son oreille.

— Julie, calme-toi, ce n'est rien, je prends juste un café.

— Un café ! Un café chez l'homme le plus canon de l'immeuble ! C'est une stratégie, je te reconnais là ! Alors, il est comment ? Est-ce qu'il est aussi beau que tout le monde le dit ?

Emma rougit profondément. Jaylen, bien sûr, entendait tout. Il haussa un sourcil, amusé, et Emma lui fit un geste désespéré pour lui signifier d'ignorer la conversation.

— Julie, je te rappelle plus tard, d'accord ?

— Non, non, je veux des détails maintenant ! Je veux tout savoir ! Est-ce qu'il a un accent ? Est-ce qu'il est grand ? Est-ce que son appartement est cool ?

Jaylen pouffa de rire, et Emma sentit ses joues s'enflammer.

— Julie, je te jure, je te rappelle tout à l'heure. Je suis en train de...

— De séduire le nouveau voisin ? coupa Julie en riant. Va, va, je ne te dérange plus. Mais promets-moi de me raconter chaque détail, je veux tout savoir !

Elle raccrocha avant qu'Emma puisse répondre. Emma laissa échapper un soupir résigné et posa le téléphone sur le comptoir.

— Désolée, dit-elle. Julie est un peu... intense.

Jaylen sourit, un sourire qui faisait briller ses yeux.

— J'adore déjà cette Julie. On dirait une vraie amie, celle qui veut tout savoir pour être sûre que tout va bien.

— C'est exactement ça, confirma Emma. Mais c'est aussi une vraie pipelette. Je n'ose pas imaginer ce qu'elle va raconter à tout le monde.

— Elle va dire que la voisine du deuxième est charmante, intelligente, et qu'elle a un sourire qui pourrait faire fondre un glacier.

Emma resta figée. Il disait ça avec une telle sincérité qu'elle ne sut pas quoi répondre. Elle baissa les yeux, son cœur battant si fort qu'elle était sûre qu'il pouvait l'entendre.

Il se leva et s'approcha d'elle. Ses doigts effleurèrent son menton, relevant doucement son visage vers lui.

— Je suis content que tu sois venue, Emma. Vraiment.

Elle sentit sa main trembler légèrement. Il était si proche qu'elle pouvait voir chaque détail de son visage : une petite cicatrice sur sa lèvre inférieure, les ombres sous ses yeux qui trahissaient des nuits sans sommeil, la manière dont sa respiration s'accélérait légèrement.

— Je devrais y aller, murmura-t-elle, la voix à peine audible.

— Emma.

Son nom, encore. Il le disait comme une promesse, comme un secret qu'ils partageaient déjà.

— Je vais te laisser, dit-elle en se levant brusquement. Je suis déjà très en retard pour le travail.

Il la raccompagna jusqu'à la porte, et alors qu'elle passait le seuil, sa main attrapa la sienne. Un contact bref, à peine une seconde, mais qui électrisa tout son corps.

— À bientôt, Emma.

Elle ne répondit pas. Elle descendit les escaliers en courant, le souffle court, les jambes tremblantes. Elle referma sa porte derrière elle et s'appuya contre le battant, les mains sur son cœur.

Elle avait rencontré Jaylen pour la deuxième fois. Et chaque rencontre la laissait un peu plus éprise, un peu plus perdue, un peu plus dangereusement attachée.

Elle savait, avec une certitude absolue, que cette simple rencontre était le début de quelque chose de beaucoup plus complexe que ce qu'elle imaginait.

Et elle ne se doutait pas encore que Julie, sa meilleure amie, s'intéressait déjà, elle aussi, au nouveau voisin.

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