LOGINCHAPITRE 6 : LE VERRE DE TROP
Emma passa la journée entière à compter les heures. Chaque minute semblait s'étirer comme du caramel, lente et collante, tandis que son esprit s'égarait invariablement vers le rendez-vous du soir. Elle avait à peine touché son déjeuner, préférant regarder par la fenêtre de la galerie, les yeux perdus dans le vide, un sourire niais aux lèvres.
— Tu es complètement absente aujourd'hui, remarqua Sophie en s'approchant d'elle avec une tasse de thé. C'est à cause du voisin, hein ?
Emma sursauta, surprise d'avoir été démasquée.
— Quoi ? Non, pas du tout. Je réfléchissais juste à... une exposition.
— Bien sûr, répliqua Sophie en roulant des yeux. Tu réfléchis à une exposition avec ce sourire de chat qui a avalé un canari ? Emma, je te connais depuis cinq ans. Tu es amoureuse.
Emma ouvrit la bouche pour protester, mais elle se rendit compte que c'était inutile. Sophie avait raison. Elle était amoureuse. Complètement, désespérément, stupidement amoureuse. Et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire de ce sentiment.
— Bon, d'accord, admit-elle à voix basse. Mais ce n'est pas grave, hein ? Ce n'est qu'une attirance, rien de sérieux.
— Une attirance, oui, c'est comme ça que ça commence, dit Sophie en souriant. Fais attention à toi, Emma. Les amours qui commencent comme un feu d'artifice finissent souvent en incendie.
Emma hocha la tête, mais elle ne voulait pas écouter les mises en garde. Elle voulait vivre ce moment, cette ivresse, cette promesse d'un baiser qui l'attendait.
Quand la journée prit enfin fin, elle rentra chez elle en courant presque, le cœur battant. Elle prit une douche, choisit avec soin sa tenue : une robe légère en coton bleu qui tombait juste au-dessus des genoux, des sandales fines, et un collier délicat qu'elle avait acheté des années plus tôt et qu'elle n'osait jamais porter. Elle se regarda dans le miroir et se trouva belle. Pas parfaite, mais belle. Elle espérait que Jaylen verrait la même chose.
Son téléphone vibra sur la coiffeuse. Un message de Julie : "Alors, ce soir, tu fais quoi ? On sort ?"
Emma hésita. Elle aurait dû répondre honnêtement, lui dire qu'elle avait un rendez-vous. Mais une voix intérieure lui souffla de se taire.
"Je suis fatiguée, je vais rester chez moi. On se voit demain ?"
Elle envoya le message, puis éteignit son téléphone. Le mensonge était minime, presque innocent, mais elle sentit un pincement au cœur en l'envoyant. Pour la première fois, elle mentait à sa meilleure amie.
Elle monta l'escalier jusqu'au troisième étage. Ses jambes tremblaient, sa respiration était saccadée. Elle frappa à la porte, et elle s'ouvrit presque immédiatement, comme s'il l'attendait.
Jaylen se tenait dans l'encadrement, un sourire radieux aux lèvres. Il avait changé de tenue, portant une chemise sombre et un pantalon en lin qui lui donnait une allure décontractée mais élégante. Ses cheveux étaient légèrement humides, comme s'il venait aussi de prendre une douche.
— Emma, dit-il, sa voix chaude comme du miel. Entre.
Elle entra, et l'appartement l'accueillit dans une lumière tamisée. Des bougies étaient allumées sur la table basse, projetant des ombres dansantes sur les murs. Une bouteille de vin était ouverte, deux verres déjà servis. De la musique douce flottait dans l'air, un jazz mélancolique qui semblait fait pour les nuits d'été.
— Tu as fait tout ça ? demanda-t-elle, émue.
— Je voulais que ce soit spécial, répondit-il en lui tendant un verre. Ce soir est important pour moi.
Elle prit le verre, et leurs doigts se frôlèrent. Le contact était électrique, comme toujours.
— Pourquoi ? demanda-t-elle, la voix à peine audible.
— Parce que ce soir, je vais te connaître vraiment. Pas comme une voisine, pas comme une amie. Comme une femme que je veux découvrir.
Elle but une gorgée de vin pour cacher son trouble. Le liquide était doux, fruité, et la chaleur se répandit dans sa poitrine.
Ils s'installèrent sur le canapé, face à face, les genoux presque se touchant. Jaylen la regardait avec une intensité qui la faisait fondre, et elle se sentit nue, vulnérable, exposée.
— Parle-moi de toi, Emma, dit-il. Pas de ton travail, pas de ta vie quotidienne. Parle-moi de ce qui te fait vibrer, de ce qui te fait pleurer, de ce qui te fait rire aux éclats.
Elle prit une profonde inspiration, et elle parla. Elle parla de son enfance, des voyages qu'elle avait faits avec ses parents avant leur divorce, des nuits passées à lire sous sa couette avec une lampe de poche. Elle parla de ses rêves, de cette galerie qu'elle voulait ouvrir un jour, de sa peur de l'échec et de la solitude. Elle parla de tout, sans rien cacher, comme si elle l'avait connu depuis toujours.
Jaylen l'écoutait avec une attention presque palpable, ses yeux ne quittant jamais les siens. Il hochait la tête, souriait, posait des questions, et elle se sentait comprise, acceptée, aimée.
Quand elle eut fini, elle se rendit compte qu'elle avait pleuré, juste un peu, et elle essuya ses joues du revers de la main.
— Je suis désolée, dit-elle en riant nerveusement. Je ne voulais pas...
— Ne t'excuse jamais, coupa-t-il doucement. Je veux voir toutes les facettes de toi, Emma. Même les plus fragiles.
Il se pencha vers elle et prit sa main dans la sienne. Ses doigts étaient chauds, fermes, et elle sentit une onde de chaleur remonter le long de son bras.
— Maintenant, c'est à mon tour, dit-il. Je ne te parlerai pas de mon enfance, parce que c'est une histoire compliquée que je te raconterai une autre fois. Mais je te parlerai de ce que je ressens.
Son regard plongea dans le sien, et elle eut l'impression de tomber dans un océan sans fond.
— Depuis que je suis arrivé ici, j'ai l'impression que quelque chose a changé. Avant, je voyageais tout le temps, je ne m'attachais jamais, je ne restais jamais assez longtemps quelque part pour vraiment connaître quelqu'un. Mais toi, Emma, tu es différente. Il y a quelque chose en toi qui m'attire comme un aimant. Et j'ai peur, parce que je n'ai jamais ressenti ça.
— Moi aussi, j'ai peur, murmura-t-elle.
— Alors on va avoir peur ensemble, dit-il en souriant.
Il se pencha plus près, et son souffle caressa ses lèvres. Elle pouvait voir les reflets ambrés dans ses yeux, la petite cicatrice sur sa lèvre inférieure, la façon dont ses cils formaient une ombre sur ses pommettes.
— Emma, dit-il, sa voix à peine un murmure. Je veux t'embrasser. Est-ce que je peux ?
Elle ne répondit pas. Elle se pencha vers lui, ses lèvres rencontrant les siennes dans un baiser qui était tout sauf timide. Il l'attira contre lui, une main dans ses cheveux, l'autre sur sa nuque, et elle sentit son corps s'abandonner.
Le baiser était profond, passionné, chargé de tout le désir qu'ils avaient retenu. Il goûtait le vin et l'été, et elle avait l'impression de flotter dans un rêve éveillé. Ses doigts s'enroulèrent dans le tissu de sa chemise, et elle l'attira plus près, comme si elle voulait fusionner avec lui.
Quand ils se séparèrent, ils étaient tous les deux essoufflés. Emma sentait son cœur battre si fort qu'elle était sûre qu'il pouvait l'entendre.
— Wow, dit-elle, un sourire aux lèvres.
— Wow, répéta-t-il en riant. Je crois que j'ai attendu ce moment toute ma vie sans le savoir.
Il posa son front contre le sien, et ils restèrent ainsi, à respirer l'air de l'autre, à savourer l'intensité de ce moment.
— Ce n'est pas juste une attirance, dit-elle enfin. C'est plus que ça. Je le sens.
— Moi aussi, répondit-il. Mais on doit être prudents. Il y a des choses que je ne t'ai pas encore dites, Emma. Des choses compliquées. Et je ne veux pas que tu souffres à cause de moi.
Elle le regarda, une lueur d'inquiétude dans les yeux.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il hésita, comme s'il pesait chaque mot.
— Mon passé est... chargé. Il y a des gens qui cherchent à me nuire, des secrets que je n'ai pas encore réglés. Je ne veux pas t'impliquer là-dedans. Mais je ne peux pas non plus m'empêcher de te vouloir.
Elle prit son visage entre ses mains et le força à la regarder.
— Je m'en fiche, Jaylen. Je m'en fiche de ton passé, de tes secrets. Ce qui compte, c'est ce qu'on a là, maintenant, entre nous. Le reste, on le gérera ensemble.
Il ferma les yeux, comme si ses mots le soulageaient d'un poids immense.
— Tu es incroyable, Emma. Vraiment incroyable.
Il l'embrassa de nouveau, plus doucement cette fois, comme s'il voulait graver ce moment dans sa mémoire.
La soirée s'étira, bercée par les baisers et les confidences. Ils parlèrent jusqu'à tard dans la nuit, de tout et de rien, de leurs rêves et de leurs peurs. Ils se découvrirent, s'apprivoisèrent, et quand Emma rentra chez elle, elle avait l'impression d'être une autre personne.
Elle s'endormit en souriant, les lèvres encore brûlantes de ses baisers.
Mais elle ne savait pas que Julie, en bas de l'immeuble, venait de voir Jaylen la raccompagner à la porte. Elle ne savait pas que Julie avait tout vu, du baiser aux regards complices.
Et elle ne savait pas que ce moment de bonheur pur allait bientôt se transformer en un cauchemar tissé de mensonges et de trahisons.
CHAPITRE 10 : LA PROMESSELe lendemain du passage de Malik, Emma se réveilla avec une boule au ventre qui ne voulait pas disparaître. Les paroles de l'ami de Jaylen résonnaient encore dans sa tête comme un avertissement : "Les secrets, ça finit toujours par se savoir. Et quand ça arrive, les dégâts sont souvent irréparables." Elle savait qu'il avait raison. Elle savait que ce qu'ils faisaient était dangereux, que chaque jour qui passait les enfonçait un peu plus dans un labyrinthe de mensonges dont ils ne trouveraient peut-être jamais la sortie.Mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Pas maintenant. Pas quand elle avait goûté au bonheur d'être avec Jaylen.Elle passa la matinée à errer dans son appartement, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Elle rangea des livres, les remit en désordre, prépara un café qu'elle oublia de boire. Son esprit tournait en boucle, cherchant une solution qui n'existait pas.Son téléphone vibra. Un message de Jaylen."Je dois te voir. Ce soir. On a
CHAPITRE 9 : LE MEILLEUR AMIEmma passa la nuit à se retourner dans son lit, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, les mots de Julie résonnant dans sa tête comme un écho douloureux. "Je suis amoureuse de Jaylen." Chaque fois qu'elle fermait les paupières, elle revoyait le visage rayonnant de sa meilleure amie, son sourire éclatant, sa joie sincère. Et chaque fois, son cœur se serrait un peu plus.Elle avait menti. Elle avait souri, félicité Julie, joué le rôle de la meilleure amie compréhensive et enthousiaste. Mais à l'intérieur, elle se sentait se briser en mille morceaux. Elle voulait hurler la vérité, lui dire que Jaylen était à elle, que leur histoire avait commencé bien avant ce fameux verre dans l'escalier. Mais elle ne pouvait pas. Elle avait promis à Jaylen de garder leur relation secrète, et elle avait trop peur de perdre Julie pour tout lui révéler.Le lendemain matin, elle se leva épuisée, les cernes sous les yeux plus profonds que jamais. Elle se prépara un café fort
CHAPITRE 8 : LE PREMIER MENSONGELes jours qui suivirent furent une succession de moments volés, de regards complices et de baisers cachés. Emma et Jaylen s'étaient trouvés un rythme, une danse secrète qui les faisait se croiser dans l'escalier, échanger des messages à toute heure, et se retrouver chaque soir dans l'appartement de l'un ou de l'autre. Leur relation était comme un jardin secret, un refuge où ils pouvaient être eux-mêmes, loin des regards et des jugements.Emma se sentait plus vivante que jamais. Chaque matin, elle se réveillait avec l'envie de voir Jaylen, de l'entendre, de le toucher. Chaque soirée passée avec lui était une aventure, une découverte. Ils parlaient pendant des heures, se racontaient leurs vies, leurs rêves, leurs peurs. Et quand ils ne parlaient pas, ils s'embrassaient, se touchaient, s'aimaient avec une passion qui les consumait.Mais ce bonheur avait un prix. Emma mentait. Elle mentait à Julie, à ses collègues, à tout le monde. Chaque fois qu'elle disa
CHAPITRE 7 : LA DÉCLARATION SILENCIEUSEEmma se réveilla le lendemain matin avec un sourire aux lèvres. Son corps était encore imprégné des souvenirs de la nuit précédente, les baisers de Jaylen, ses mains dans ses cheveux, sa voix grave qui murmurait son nom. Elle resta allongée un long moment, les yeux fixés au plafond, à revivre chaque instant comme un film qu'elle projetait en boucle dans sa tête.Elle ne voulait pas bouger, de peur que ce bonheur ne s'évanouisse comme un rêve. Mais la lumière du jour insistant à travers les rideaux la rappela à la réalité. Elle se leva, se prépara un café, et s'installa sur la terrasse pour profiter du soleil matinal.Son téléphone vibra sur la table basse. Un message de Jaylen."Bonjour, Emma. J'espère que tu as bien dormi. Je voulais te remercier pour cette soirée. Elle a été parfaite. Mais ce n'est pas fini, j'espère. Jaylen."Emma sentit son cœur s'emballer. Elle lui répondit immédiatement, les doigts fébriles sur l'écran."Bonjour. J'ai pass
CHAPITRE 6 : LE VERRE DE TROPEmma passa la journée entière à compter les heures. Chaque minute semblait s'étirer comme du caramel, lente et collante, tandis que son esprit s'égarait invariablement vers le rendez-vous du soir. Elle avait à peine touché son déjeuner, préférant regarder par la fenêtre de la galerie, les yeux perdus dans le vide, un sourire niais aux lèvres.— Tu es complètement absente aujourd'hui, remarqua Sophie en s'approchant d'elle avec une tasse de thé. C'est à cause du voisin, hein ?Emma sursauta, surprise d'avoir été démasquée.— Quoi ? Non, pas du tout. Je réfléchissais juste à... une exposition.— Bien sûr, répliqua Sophie en roulant des yeux. Tu réfléchis à une exposition avec ce sourire de chat qui a avalé un canari ? Emma, je te connais depuis cinq ans. Tu es amoureuse.Emma ouvrit la bouche pour protester, mais elle se rendit compte que c'était inutile. Sophie avait raison. Elle était amoureuse. Complètement, désespérément, stupidement amoureuse. Et elle
CHAPITRE 5 : L'ASCENSEURLes jours qui suivirent furent un tourbillon d'émotions contradictoires. Emma oscillait entre l'euphorie des regards échangés avec Jaylen et l'angoisse de ne pas savoir où tout cela allait les mener. Ils s'étaient croisés plusieurs fois dans l'immeuble, dans l'escalier, dans la rue, et chaque rencontre était une décharge électrique qui la laissait vibrer pendant des heures. Mais ils ne s'étaient pas reparlé depuis la soirée chez Miss Gertrude, comme si un accord tacite les retenait de franchir le pas.Emma se surprenait à guetter les bruits venant du dessus, à tendre l'oreille pour entendre ses pas, à espérer un message qui ne venait jamais. Elle se sentait ridicule, comme une adolescente amoureuse, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui à chaque instant de la journée.Un matin, elle se leva avec la ferme intention de se reprendre en main. Elle ne pouvait pas passer sa vie à attendre un homme qui, peut-être, ne ressentait pas la même chose. Elle enfil







