FAZER LOGINChapitre 2
Démétrian
Le bureau est silencieux, baigné d’une lumière grise qui tombe des baies vitrées. Le verre de whisky est posé sur le sous-main de cuir, intact. Je ne bois pas. Je fixe le dossier ouvert devant moi, les pages étalées comme les pièces d’un puzzle que je croyais avoir brûlé.
Le nom apparaît à la troisième ligne. Sélyane Moreau. Décoratrice d’intérieur. Six lettres qui ne devraient rien signifier. Six lettres qui font exploser ma poitrine.
Je me lève d’un mouvement brusque, la chaise roule en arrière et heurte le mur. Mes doigts se crispent sur le bord du bureau. La colère monte, ancienne, profonde, un feu que je croyais éteint depuis sept ans. Sept années à me persuader que je l’avais oubliée, que son visage s’était effacé, que son parfum n’imprégnait plus mes nuits. Mensonges. Tout cela n’était que mensonges.
Je me souviens de tout. La douceur de sa peau sous mes paumes, ses rires dans le creux de mon cou, ses silences lourds de secrets. Je me souviens de sa manière de me regarder, comme si j’étais à la fois son refuge et sa perte. Puis un matin, plus rien. Une disparition nette, sans explication, sans lettre, sans un regard en arrière. Elle s’est volatilisée, emportant avec elle ce que je croyais être notre avenir.
Je n’ai jamais compris. Pendant des années, j’ai cherché, fouillé, engagé des enquêteurs, remué ciel et terre. Elle était introuvable, comme si elle n’avait jamais existé. Et voilà que son nom resurgit, là, dans un dossier professionnel, sur mon bureau, comme un coup de poignard dans le dos.
Je saisis la feuille, la relis, encore et encore. Son adresse, son numéro, son agence. Tout est là. Après tout ce temps, elle est à portée de main. Une rage froide m’envahit, mêlée à une douleur que je refuse d’admettre. Elle m’a abandonné. Elle a disparu sans un mot. Et aujourd’hui, le simple fait de voir son nom me ramène des années en arrière, à cette époque où je croyais encore que l’amour pouvait être autre chose qu’une faiblesse.
Je décroche le téléphone, compose un numéro d’un geste sec. Mon assistant répond immédiatement.
— Trouvez-moi tout ce qu’il y a sur Sélyane Moreau. Je veux savoir où elle vit, ce qu’elle fait, avec qui. Et je veux les informations avant demain matin.
Ma voix est calme, trop calme. Elle masque à peine la tempête intérieure qui me consume.
Je raccroche sans attendre de réponse. Le silence retombe, lourd, oppressant. Je me tourne vers la baie vitrée, les mains enfoncées dans les poches. La ville s’étend en contrebas, indifférente, lumineuse. Je fixe mon reflet dans la vitre, et je vois un homme que je ne reconnais plus tout à fait. Un homme rongé par une obsession qu’il croyait enterrée.
Sélyane. Son prénom cogne dans mon crâne comme un tambour.
Elle va devoir s’expliquer. Sept ans de silence, sept ans de questions sans réponses. Cette fois, je ne la laisserai pas fuir. Cette fois, je trouverai la vérité. Et je ne suis pas certain que j’aimerai ce que je vais découvrir.
Chapitre 15DémétrianJe n'aurais pas dû venir. Je le sais, et pourtant je suis là, planté devant sa porte, le poing levé, le souffle court. La rue est silencieuse, les maisons endormies, et moi, je brûle. Elle a raccroché. Elle a osé raccrocher, après m'avoir lâché ces mots qui m'ont transpercé. Si tu t'approches d'eux, si quelqu'un apprend que tu sais, ils sont morts. Alors je suis venu. Je ne pouvais pas rester chez moi, à tourner en rond, à imaginer le pire.Je frappe. Une fois, deux fois. La porte s'ouvre lentement, et elle apparaît dans l'entrebâillement, pâle, les yeux rougis, les cheveux défaits. Elle porte une robe de chambre grise, serrée à la taille, et malgré tout, malgré la peur qui émane d'elle, elle est belle. D'une beauté qui me déchire.— Qu'est-ce que tu fais là ? murmure-t-elle, la voix tremblante.— Je veux des explications.— Je t'ai dit de ne pas venir.— Et moi, je t'ai dit que je ne te laisserais pas fuir.Elle serre la porte contre elle, comme si ce mince batt
Chapitre 13DémétrianJe marche vers ma voiture, les jambes lourdes, le crâne en feu. Le parc s'éloigne derrière moi, mais les voix des enfants résonnent encore, ce mot, papa, lancé avec une innocence qui m'a brisé. Je m'assois au volant, je claque la portière, et le silence retombe, épais, étouffant.Mes mains restent posées sur mes cuisses, immobiles. Je ne démarre pas. Je fixe le pare-brise sans le voir. Papa. Ils m'ont appelé papa. Et elle, elle a nié, elle a menti, elle les a serrés contre elle comme si je représentais un danger. Mais je ne suis pas un danger. Je suis leur père. Et elle le sait.Je démarre enfin, roule lentement dans les rues. La ville défile, floue. Mon appartement est à quelques minutes, mais chaque seconde me pèse. Je revois leurs visages, leurs yeux en amande, leurs sourires. Je revois Sélyane, pâle, tremblante, les larmes aux yeux. Elle avait peur. Pas de moi, non. De la vérité. De ce qu'elle a caché pendant sept ans.Une fois chez moi, je me dirige vers le
Chapitre 13DémétrianJe marche vers ma voiture, les jambes lourdes, le crâne en feu. Le parc s'éloigne derrière moi, mais les voix des enfants résonnent encore, ce mot, papa, lancé avec une innocence qui m'a brisé. Je m'assois au volant, je claque la portière, et le silence retombe, épais, étouffant.Mes mains restent posées sur mes cuisses, immobiles. Je ne démarre pas. Je fixe le pare-brise sans le voir. Papa. Ils m'ont appelé papa. Et elle, elle a nié, elle a menti, elle les a serrés contre elle comme si je représentais un danger. Mais je ne suis pas un danger. Je suis leur père. Et elle le sait.Je démarre enfin, roule lentement dans les rues. La ville défile, floue. Mon appartement est à quelques minutes, mais chaque seconde me pèse. Je revois leurs visages, leurs yeux en amande, leurs sourires. Je revois Sélyane, pâle, tremblante, les larmes aux yeux. Elle avait peur. Pas de moi, non. De la vérité. De ce qu'elle a caché pendant sept ans.Une fois chez moi, je me dirige vers le
Chapitre 12DémétrianJe marche dans les allées du parc, les poings serrés, le souffle court. Les arbres défilent, flous, irréels. Les rires des enfants résonnent encore à mes oreilles, mais ils ne m'atteignent plus. Il n'y a que cette vérité qui me frappe, encore et encore, comme une vague qui ne recule jamais. Mes enfants. Ces deux petits êtres aux yeux en amande, aux sourires confiants, sont mes enfants. Et elle me les a cachés.Je m'arrête près d'un kiosque à musique désert. Ma main s'appuie sur la rambarde en fer forgé, mes doigts se crispent sur le métal froid. Je fixe le sol, mais je ne le vois pas. Je revois son visage, ses yeux remplis de larmes, sa voix qui tremblait. Elle a nié. Elle a osé nier, devant eux, devant moi, alors que la vérité éclatait sur leurs visages, dans leurs traits, dans ce mot qu'ils ont lancé avec une innocence désarmante.Papa.Ce mot résonne encore, comme une balle dans ma poitrine. Ils m'ont appelé papa. Sans hésiter, sans savoir, comme si quelque ch
Chapitre 11SélyaneLe parc est devenu silencieux, ou peut-être que c'est mon cœur qui bat si fort qu'il couvre tous les autres bruits. Je me tiens debout, les jambes tremblantes, les bras collés au corps. Mes enfants sont derrière moi, leurs petites mains accrochées à ma robe. Et lui, Démétrian, se tient à quelques mètres, immobile, les yeux plantés dans les miens. Il a entendu. Ils l'ont appelé papa. Et maintenant, il sait.— Sélyane.Sa voix est basse, rauque, dangereuse. Il fait un pas vers moi, et je recule, serrant les jumeaux contre mes jambes.— Ne t'approche pas, dis-je, et ma voix tremble malgré moi.Il s'arrête, mais son regard ne me lâche pas. Il est chargé de colère, de douleur, d'une incrédulité si violente qu'elle me transperce.— Ils m'ont appelé papa, dit-il lentement, comme s'il goûtait chaque mot. Tes enfants m'ont appelé papa.Je secoue la tête, frénétiquement, sans même réfléchir.— Non. Ce n'est pas ce que tu crois.— Alors explique-moi.Sa voix claque, sèche, im
Chapitre 10DémétrianLe banc en fer forgé est froid sous mes cuisses, mais je ne le sens pas. Le parc est calme à cette heure, les rires des enfants résonnent au loin, légers, insouciants. Je suis venu ici pour réfléchir, pour fuir mes bureaux trop blancs, mes pensées trop lourdes. Et puis je les ai vus.Deux enfants. Un garçon, une fille. Six ans, peut-être. Ils courent sur l'herbe, leurs visages lumineux. Le ballon rouge roule vers moi, s'arrête à mes pieds. Je le ramasse machinalement, mes doigts se referment sur le cuir usé. La petite fille s'approche, essoufflée, les joues roses. Le garçon la suit, plus calme, méfiant.— Bonjour, dit-il.Je ne réponds pas tout de suite. Quelque chose dans leurs traits me cloue sur place. Une ressemblance, une familiarité troublante. Leurs yeux, surtout. Des yeux en amande, d'un brun doré, qui me rappellent quelqu'un. Mais je repousse cette pensée, absurde, impossible.— Bonjour, dis-je enfin, et ma voix me semble étrangère.La petite fille me so







