FAZER LOGINChapitre 3
Sélyane
La matinée s'étire, lourde, comme si l'air lui-même retenait son souffle. Je suis arrivée au bureau plus tôt que d'habitude, incapable de rester chez moi, incapable de supporter le silence de la maison une minute de plus. Les rues étaient encore grises, les lampadaires allumés, et je marchais vite, les épaules serrées, le regard fixe. J'avais l'impression d'être suivie, épiée, mais je ne voyais personne. Juste cette sensation tenace, ce poids entre mes omoplates.
Mon bureau est froid. La lumière des plafonniers tombe sur les meubles clairs, sur les échantillons de tissus soigneusement rangés, sur les plans d'architecte étalés. Tout est à sa place, sauf moi. Je me tiens debout près de la fenêtre, les bras croisés, à fixer la rue en contrebas. Les voitures passent, les passants pressent le pas. La ville s'éveille, indifférente à ma panique. Je devrais m'asseoir, boire un café, préparer mes dossiers. Au lieu de cela, je reste là, figée, le cœur battant trop vite.
Hier encore, tout allait bien. Hier encore, je croyais pouvoir signer ce contrat sans me douter de rien. J'étais fière, impatiente. Un nouveau client anonyme, un projet immense, le plus gros de ma carrière. Léa m'avait annoncé la nouvelle avec un sourire radieux, et j'avais senti une bouffée d'enthousiasme me traverser. Enfin, la reconnaissance. Enfin, la sécurité. Pour mes enfants, pour notre avenir. J'avais passé la soirée à rêver à des plans, des couleurs, des matières. J'étais loin, si loin de me douter.
Ce matin, tout a basculé. Un simple appel, un nom lâché au détour d'une phrase. Le groupe Démétrian. J'ai cru que j'avais mal entendu, que mon esprit me jouait des tours. Mais non, le nom résonne encore dans ma tête, lourd, tranchant. Démétrian Argyros. L'homme que j'ai fui il y a sept ans. L'homme qui ne doit jamais, jamais savoir.
Je pose une main sur mon ventre, comme pour calmer le tremblement qui monte. Mes doigts sont glacés, malgré la chaleur de la pièce. Je me tourne vers mon reflet dans la vitre, et je vois une femme pâle, les lèvres serrées, les yeux agrandis par la peur. Je ne me reconnais pas tout à fait. Je me suis pourtant promis de ne plus jamais avoir peur, de ne plus jamais fuir. Mais la peur est là, viscérale, ancienne, comme une bête tapie au fond de moi.
Je repense à cette nuit, il y a sept ans. La chambre d'hôtel, les draps froissés, le souffle de Démétrian sur ma nuque. Je m'étais levée sans faire de bruit, j'avais rassemblé mes affaires, jeté un dernier regard à son visage endormi. Je savais que je ne le reverrais jamais. Je savais que je devais partir, pour lui, pour moi, pour l'enfant que je portais déjà sans le lui dire. La menace était claire, précise. Si tu lui annonces la grossesse, les enfants mourront. Les mots résonnaient dans ma tête, encore et encore. Alors j'étais partie, le cœur en miettes, les jambes tremblantes.
Aujourd'hui, cette menace semble remonter à la surface, plus vivante que jamais. Démétrian est là, quelque part, dans cette ville, peut-être déjà au courant de mon existence, peut-être déjà en train de me chercher. Et moi, je dois aller travailler pour lui, signer un contrat avec lui, le regarder dans les yeux sans flancher. C'est impossible. C'est au-dessus de mes forces.
La porte s'ouvre, Léa passe la tête, son sourire habituel aux lèvres.
— Sélyane, vous avez reçu les documents de la part du groupe Démétrian. Je les ai posés sur votre bureau. Ils confirment la réunion de tout à l'heure.
Je hoche la tête, la bouche sèche. Je n'arrive pas à prononcer un mot. Léa me regarde, son sourire s'efface peu à peu.
— Tout va bien ? Vous êtes très pâle.
— Ça va, je mens. Juste une mauvaise nuit.
Elle hoche la tête, pas tout à fait convaincue, puis referme la porte. Je reste seule, le regard rivé sur la chemise cartonnée posée sur mon bureau. Le logo y figure, discret mais reconnaissable. Un D entrelacé, d'une élégance glacée. Le même qu'il y a sept ans. Mon estomac se noue. Mes jambes se dérobent. Je m'assois lourdement, les mains posées à plat sur le bois.
Je dois réfléchir. Je dois me ressaisir. Mes enfants sont à l'école, en sécurité, loin de tout ça. Personne ne sait qu'ils existent. Personne ne sait que Démétrian est leur père. Si je garde mon calme, si je joue la comédie, je peux traverser cette épreuve. Signer le contrat, travailler avec lui, sans jamais évoquer les jumeaux. C'est possible. C'est nécessaire. Pour eux, je suis prête à tout.
Je ferme les yeux, je respire lentement. L'odeur du café refroidi flotte dans l'air, mêlée à celle du papier. Je me concentre sur ces sensations, sur le présent, sur ce que je contrôle. La peur est là, mais je ne la laisserai pas me submerger. J'ai passé sept ans à protéger mes enfants, à construire un refuge, à leur offrir une vie paisible. Je ne vais pas tout détruire à cause d'un nom, d'un visage, d'un souvenir.
Je rouvre les yeux, je me lève, je lisse ma jupe. Mon reflet dans la vitre me renvoie une image plus assurée, plus droite. L'élégance est une armure, je me le répète. Je me tiens droite, les épaules en arrière, le menton relevé. Je suis Sélyane, décoratrice reconnue, mère de deux enfants magnifiques. Je ne suis plus la jeune femme terrifiée qui fuyait dans la nuit.
Je m'approche du bureau, j'ouvre la chemise, je parcours les documents. Le contrat est là, précis, implacable. Je dois signer dans une heure, en présence du client. En présence de Démétrian. Mon cœur s'affole à nouveau, mais je serre les dents. Je ne dois pas craquer. Pas maintenant. Pas devant lui.
Je pense à Maëlys, à son rire, à ses collants rayés. Je pense à Naël, à son livre toujours sous le bras, à ses yeux trop sérieux. Ils sont ma force, ma raison de me battre. Je les imagine dans la cuisine, ce matin, leurs bisous sur mes joues, leurs petites mains dans la mienne. Je me souviens de leur odeur, de leur chaleur. Et je me jure, dans un souffle, de tout faire pour qu'ils ne soient jamais mêlés à ça.
La menace d'il y a sept ans n'était pas une parole en l'air. Je l'ai vue dans les yeux de celui qui me l'a adressée, j'ai entendu la certitude dans sa voix. Si Démétrian apprend l'existence des jumeaux, ils seront en danger. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas qui se cache derrière tout ça, mais je sais que je ne peux pas prendre ce risque. Alors je vais signer ce contrat, je vais travailler avec lui, je vais lui sourire s'il le faut. Et je vais garder mon secret enfoui au plus profond de moi, même si cela doit me déchirer.
Je m'assois à nouveau, je prends une profonde inspiration. Mes doigts tremblent encore un peu, mais je les force à rester immobiles. Je relis les clauses, les honoraires, les délais. Je fais semblant de me concentrer, mais mon esprit est ailleurs, dans une chambre d'hôtel, sept ans plus tôt, avec un homme qui dort et une femme qui s'enfuit.
L'heure tourne. La réunion approche. Bientôt, je vais devoir entrer dans cette pièce, lui faire face, lui serrer la main. Je vais devoir jouer un rôle, mentir, dissimuler. Et je vais le faire, pour mes enfants. Pour leur vie. Pour notre survie.
Je me lève, je rassemble mes documents, je les glisse dans ma sacoche. Mon reflet dans la vitre me suit, pâle mais déterminé. Je ne suis plus Sélyane, la femme qui a fui. Je suis une mère qui protège ses petits. Et cette mère-là ne reculera devant rien. Même pas devant Démétrian Argyros.
Chapitre 18SélyaneJe les observe de loin, cachée derrière le tronc d'un marronnier. Le parc est baigné d'une lumière dorée. Les rires de mes enfants montent dans l'air, légers, insouciants. Et lui, Démétrian, est au milieu d'eux, agenouillé dans l'herbe, le sourire aux lèvres.Maëlys lui tend un ballon rouge. Il le relance doucement. Elle court, rit. Naël s'approche, pose une main sur son épaule. Mon cœur se serre. Ils sont heureux. Mes enfants sont heureux. Près de lui. Avec lui. Et moi, je reste figée, spectatrice d'un bonheur interdit.Je voudrais les rejoindre, m'asseoir dans l'herbe, rire avec eux. Mais je ne peux pas. Chaque minute passée près de lui est un danger. Pourtant, je ne peux pas détacher mon regard. Il est père, naturellement, comme s'il avait toujours été là. Maëlys l'appelle papa sans hésiter, et ce mot me déchire.Je voudrais leur donner leur père. Je voudrais leur offrir ces moments. Mais la menace d'il y a sept ans résonne encore. Si tu lui annonces la grossess
Vous avez raison, c'est une erreur. La répétition excessive de « pour toujours », « papa » et d'autres mots en fin de chapitre ne respecte pas les consignes. Cela donne un effet artificiel, répétitif et nuit à la qualité du texte. Cela ne reflète pas non plus une narration fluide et élégante.Je vous propose une version corrigée du chapitre 17, qui respecte rigoureusement le résumé et les consignes : environ 1000 mots, point de vue unique, dialogues naturels, émotions profondes, sans répétitions inutiles, et avec une fin percutante.---Chapitre 17DémétrianLe bureau est plongé dans une pénombre que je n'ai pas pris la peine de dissiper. Les stores sont baissés, la pièce baigne dans une lumière grise, froide. Sur la table, les dossiers s'accumulent, ouverts, éparpillés. Des photos, des documents, des relevés. Basile a bien travaillé. Trop bien. Chaque page m'enfonce un peu plus dans une vérité que je ne veux pas croire, et pourtant, elle est là, indiscutable.Je saisis une photo. Deu
Chapitre 16SélyaneLe soleil n'est pas encore levé quand j'entends frapper à la porte. Je sursaute, le cœur battant, les mains glacées. Je sais que c'est lui. Je le sais avant même de regarder par le judas. Sa silhouette se découpe dans la pénombre, massive, tendue. J'ouvre, parce que je n'ai pas le choix, parce qu'il ne partira pas, parce que je dois protéger les enfants avant qu'ils ne se réveillent.Il entre sans un mot, remplit l'espace de sa présence, de sa colère. Son costume est froissé, ses yeux cernés, sa mâchoire serrée. Il n'a pas dormi. Moi non plus. Nous nous tenons face à face dans le salon silencieux, deux fauves blessés, prêts à se déchirer.— Tu vas me parler, dit-il d'une voix basse, tranchante.— Les enfants dorment. Baisse la voix.— Qu'ils dorment. Je veux des réponses.Je croise les bras, recule d'un pas, m'adosse au mur. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va exploser. Il fait un pas vers moi, puis un autre, jusqu'à me dominer de toute sa hauteur.
Chapitre 15DémétrianJe n'aurais pas dû venir. Je le sais, et pourtant je suis là, planté devant sa porte, le poing levé, le souffle court. La rue est silencieuse, les maisons endormies, et moi, je brûle. Elle a raccroché. Elle a osé raccrocher, après m'avoir lâché ces mots qui m'ont transpercé. Si tu t'approches d'eux, si quelqu'un apprend que tu sais, ils sont morts. Alors je suis venu. Je ne pouvais pas rester chez moi, à tourner en rond, à imaginer le pire.Je frappe. Une fois, deux fois. La porte s'ouvre lentement, et elle apparaît dans l'entrebâillement, pâle, les yeux rougis, les cheveux défaits. Elle porte une robe de chambre grise, serrée à la taille, et malgré tout, malgré la peur qui émane d'elle, elle est belle. D'une beauté qui me déchire.— Qu'est-ce que tu fais là ? murmure-t-elle, la voix tremblante.— Je veux des explications.— Je t'ai dit de ne pas venir.— Et moi, je t'ai dit que je ne te laisserais pas fuir.Elle serre la porte contre elle, comme si ce mince batt
Chapitre 13DémétrianJe marche vers ma voiture, les jambes lourdes, le crâne en feu. Le parc s'éloigne derrière moi, mais les voix des enfants résonnent encore, ce mot, papa, lancé avec une innocence qui m'a brisé. Je m'assois au volant, je claque la portière, et le silence retombe, épais, étouffant.Mes mains restent posées sur mes cuisses, immobiles. Je ne démarre pas. Je fixe le pare-brise sans le voir. Papa. Ils m'ont appelé papa. Et elle, elle a nié, elle a menti, elle les a serrés contre elle comme si je représentais un danger. Mais je ne suis pas un danger. Je suis leur père. Et elle le sait.Je démarre enfin, roule lentement dans les rues. La ville défile, floue. Mon appartement est à quelques minutes, mais chaque seconde me pèse. Je revois leurs visages, leurs yeux en amande, leurs sourires. Je revois Sélyane, pâle, tremblante, les larmes aux yeux. Elle avait peur. Pas de moi, non. De la vérité. De ce qu'elle a caché pendant sept ans.Une fois chez moi, je me dirige vers le
Chapitre 13DémétrianJe marche vers ma voiture, les jambes lourdes, le crâne en feu. Le parc s'éloigne derrière moi, mais les voix des enfants résonnent encore, ce mot, papa, lancé avec une innocence qui m'a brisé. Je m'assois au volant, je claque la portière, et le silence retombe, épais, étouffant.Mes mains restent posées sur mes cuisses, immobiles. Je ne démarre pas. Je fixe le pare-brise sans le voir. Papa. Ils m'ont appelé papa. Et elle, elle a nié, elle a menti, elle les a serrés contre elle comme si je représentais un danger. Mais je ne suis pas un danger. Je suis leur père. Et elle le sait.Je démarre enfin, roule lentement dans les rues. La ville défile, floue. Mon appartement est à quelques minutes, mais chaque seconde me pèse. Je revois leurs visages, leurs yeux en amande, leurs sourires. Je revois Sélyane, pâle, tremblante, les larmes aux yeux. Elle avait peur. Pas de moi, non. De la vérité. De ce qu'elle a caché pendant sept ans.Une fois chez moi, je me dirige vers le







