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Chapitre 10 — Le lendemain du chaos

Author: Khadi
last update Last Updated: 2025-11-29 17:29:45

Je me réveille avec la gorge sèche et les muscles douloureux, comme si la nuit avait été trop courte pour me réparer complètement. Le plafond me paraît plus blanc que d’habitude. Trop calme. Trop immobile.

Il me faut quelques secondes pour rassembler mes pensées.

Le bar. La musique qui vibrait dans mes côtes. Les rires. Joyce qui m'entraînait sur la piste.

Et puis…

Cette main. Cet homme. Et Noah, surgissant comme une rupture dans la nuit.

Mon cœur se serre rien qu’en repensant à la scène.

La violence contenue dans son regard.

La façon dont il m’a tirée vers lui, comme si on venait de m’arracher à quelque chose de dangereux.

Cette colère froide qu’il avait déposée dans chaque mot.

Je ferme les yeux.

Hier, j’ai vraiment eu peur.

Et je crois que lui aussi.

Je m’assois lentement sur le lit. Une légère douleur pulse dans mon poignet, là où l’homme m’avait agrippée. La marque est fine, presque invisible, mais moi je la sens encore brûler.

Je regarde l’heure : 10 h 17.

Maman est déjà au travail, comme tous les dimanches matins.

Le silence qui flotte dans l’appartement me donne l’impression d’être séparée du monde entier.

Je traîne jusqu’à la salle de bain.

Un visage pâle, des cernes foncées : voilà ce qu’il reste de la soirée.

La veille, je n’ai même pas eu la force de me démaquiller correctement.

Le trait noir sous mes yeux me donne l’air d’être passée sous une émotion trop lourde.

Je me rince le visage longtemps, jusqu’à ce que l’eau fraîche efface un peu la nuit.

Dans la cuisine, je prépare du thé pour calmer les tremblements encore présents dans mes doigts.

Je n’arrive pas à chasser l’image de Noah penché vers moi, ses yeux brûlants fixés sur l’homme qui me tenait.

Et surtout…

La manière dont il m’a raccompagnée.

Silencieux, tendu, mais attentif à chaque pas que je faisais.

Comme si j’étais en verre.

Mon téléphone vibre.

Un message de Joyce :

“Ma puce… dis-moi que tu vas bien. Je te dois des excuses.”

Un pincement me traverse le ventre.

Elle n’a rien vu.

Elle dansait, elle riait… pendant que moi je suffoquais.

Je soupire et m’apprête à répondre quand on frappe soudain à la porte.

Je sursaute.

Je n’attends personne.

Je m’approche doucement, un peu nerveuse. J’entrebâille.

Et mon souffle se bloque.

Noah.

Debout devant ma porte, habillé en noir, simple mais impeccablement structuré.

Un jean sombre, un t-shirt sobre, un blouson léger.

Pas le PDG froid dans son costume.

Un homme.

Juste un homme qui semble n’avoir dormi ni assez, ni bien.

Il enlève ses lunettes de soleil.

Ses yeux accrochent les miens, et dans ce regard-là… il y a la nuit d’hier.

Toute entière.

— Tu vas mieux ? demande-t-il, la voix basse, presque rugueuse.

Aucune formalité.

Aucune distance artificielle.

Juste une inquiétude brute, qui me frappe de plein fouet.

Je reste quelques secondes sans voix.

— J’essaie, dis-je enfin.

Il hoche lentement la tête.

Son regard glisse brièvement sur mon poignet, que je tiens inconsciemment près de moi.

— Il t’a fait mal ? demande-t-il immédiatement.

Je croise son regard.

Il n’est pas en colère.

Il est prêt.

Comme si le danger n’était qu’en pause, et qu’il attendait juste mon signal pour exploser à nouveau.

— Non, juste un peu… serré. C’est rien.

Sa mâchoire se contracte.

Il ne me croit pas.

Ou alors, pour lui, “un peu serré” est suffisant pour déclencher l’enfer.

Je m’écarte légèrement de la porte.

— Tu veux entrer ?

Il reste silencieux deux secondes.

Comme s’il évaluait la frontière invisible entre nous.

Puis il franchit le seuil.

Sa présence remplit l’appartement sans effort.

Il ne touche à rien, ne s’avance pas trop. Il se contente de se tenir là, au milieu du salon, droit, imposant, le regard posé sur moi mais pas oppressant.

Juste… attentif.

— Je n’allais pas rester sans nouvelles, dit-il finalement. Après ce qui s’est passé.

Sa voix porte encore cette intensité de la veille.

Une intensité qui ne brûle pas… mais qui enveloppe.

— Je… merci, Noah. Vraiment.

Il détourne brièvement les yeux, comme si mes mots le mettaient mal à l’aise.

— Ce n’est rien.

Mais je vois bien que ce n’est pas “rien”.

Cet homme ne se déplace jamais pour rien.

Et surtout pas un dimanche matin.

Sa voix est d’une précision glaciale.

Et pourtant, elle me rassure bizarrement.

Il s’approche, très légèrement.

Pas assez pour m’effrayer.

Juste assez pour que je sente son parfum, discret, chaud.

— Si j’avais été cinq secondes plus tard…

Il ne termine pas.

Mais le reste de sa phrase flotte dans l’air.

Je déglutis.

Un silence s’installe, lourd, mais pas inconfortable.

Un silence qui dit plus que tout ce qu’on pourrait verbaliser.

Puis il soupire discrètement.

— Tu devrais éviter ce genre d’endroits le soir, pour l’instant.

Je souris malgré moi.

— Tu veux me mettre sous surveillance ?

Il me regarde longtemps.

— Peut-être.

Je sens mon cœur rater un battement.

Il ne sourit pas, lui.

Il dit ça avec un sérieux déstabilisant.

Je m’apprête à répondre quand mon téléphone vibre.

Joyce.

Encore.

Noah baisse les yeux vers l’écran.

— Réponds-lui, dit-il doucement. Je vais te laisser te reposer.

Il marche vers la porte.

Mais avant de l’ouvrir, il se tourne une dernière fois vers moi.

— Nadège… Si tu ressens quoi que ce soit d’anormal, tu m’appelles. Immédiatement.

Un ordre.

Protégé dans une promesse.

— D’accord, dis-je simplement.

Il hoche la tête.

Et s’en va.

La porte se referme derrière lui.

Je reste immobile quelques secondes.

Comme si mon salon était soudain trop petit pour contenir tout ce qui vient de se passer.

Puis j’attrape mon téléphone.

Je dois répondre à Joyce.

Mais mon esprit, lui, est encore dans l’embrasure de la porte.

Avec lui.

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