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Chapitre : 5

Autor: Erna Arden
last update Fecha de publicación: 2026-08-26 07:54:31

Le lendemain matin, Emma descendit prendre son petit-déjeuner avec une seule idée en tête : éviter Ethan.

À tout prix.

Le rez-de-chaussée était plongé dans une lumière grise.

Dehors, la pluie ne cessait pas.

À travers la grande baie vitrée de la cuisine, Emma regarda un instant le jardin détrempé.

Les branches des arbres se balançaient violemment sous les rafales et le ciel semblait tellement bas qu'il donnait l'impression de peser sur la maison.

Un temps parfait pour son humeur.

Eva était déjà assise à table, les deux mains entourant une tasse de café. Marc, lui, avait ouvert son journal et ajusté ses lunettes au bout de son nez.

Ethan n'était pas encore là.

Emma poussa intérieurement un soupir de soulagement.

— Bonjour, ma chérie, lança Eva avec un sourire un peu hésitant. Tu as bien dormi ?

Emma attrapa la bouteille de jus d'orange.

— Pas vraiment.

Elle se servit un verre et choisit la chaise la plus éloignée de la place qu'Ethan prendrait probablement.

Elle n'avait presque pas d'appétit. De toute façon, elle mangeait rarement le matin.

Marc tourna une page de son journal.

— Le plombier doit passer à dix heures. Il y a un problème avec une canalisation dans la salle de bain du bas.

— Je vais m'en occuper, répondit Eva.

— Non, je...

Des pas résonnèrent dans l'escalier.

Emma se figea.

Ethan apparut quelques secondes plus tard dans l'encadrement de la porte. Il portait un sweat à capuche de l'université et ses cheveux encore humides retombaient légèrement sur son front. Il venait certainement de sortir de la douche.

Il ne salua personne.

Pas même un regard.

Il alla directement vers la cafetière avec cette assurance tranquille de quelqu'un qui connaissait chaque recoin de cette maison. Normal. Il était chez lui.

C'était Emma, l'étrangère.

— Bonjour, mon grand, dit Marc.

— 'jour.

Ethan se servit du café, ajouta deux sucres dans sa tasse et vint s'asseoir.

Toujours sans regarder Emma.

Pendant quelques secondes, personne ne parla.

On entendait seulement le journal que Marc froissait légèrement entre ses doigts et le petit bruit des cuillères contre les tasses.

Emma trempa à peine ses lèvres dans son jus.

Puis elle le sentit.

Ce regard.

Elle releva les yeux.

Ethan l'observait par-dessus sa tasse. Une petite lueur amusée brillait dans ses yeux.

Emma fronça les sourcils.

— Tu vas à un enterrement ?

Elle eut un mouvement de surprise.

— Pardon ?

Ethan désigna sa tenue d'un léger mouvement du menton.

— Ta robe. On n'est pas à un enterrement.

Emma baissa les yeux.

Elle portait simplement une robe noire à manches longues. Rien de particulier. Sobre, confortable. C'était la première chose qu'elle avait attrapée dans sa valise ce matin.

Elle releva lentement la tête.

— J'aime le noir.

— On avait remarqué.

Emma serra les doigts autour de son verre.

— Ethan, intervint doucement Eva, Emma s'habille comme elle veut.

— Bien sûr.

Il haussa légèrement les épaules.

— Je disais juste que ça faisait un peu... funérailles.

Le mot lui traversa la poitrine.

Funérailles.

Emma sentit sa gorge se serrer.

Il savait.

Bien sûr qu'il savait.

Marc avait forcément parlé à son fils de son père. Ethan savait qu'il était mort. Et malgré ça, il avait choisi ce mot. Ce mot précis.

Il avait voulu la toucher là où ça faisait mal.

Une chaleur désagréable monta dans la poitrine d'Emma.

Elle posa son verre.

— Au moins, je n'ai pas besoin de me déguiser pour qu'on me respecte.

Le sourire d'Ethan disparut.

Il reposa sa tasse un peu trop brusquement.

— Qu'est-ce que tu insinues ?

Emma soutint son regard.

— Rien. Je constate.

— Vous pourriez peut-être faire une trêve pendant le petit-déjeuner ? intervint Marc en pliant son journal avec un soupir fatigué.

— C'est elle qui a commencé, répondit Ethan.

Emma ouvrit de grands yeux.

— Moi ? C'est toi qui as parlé d'enterrement !

— J'ai parlé de ta robe. C'est toi qui as mentionné les funérailles.

— Tu viens de...

— Assez !

La voix d'Eva claqua dans la pièce.

Emma se tut immédiatement.

Ethan aussi.

Sa mère serrait sa tasse entre ses doigts. Ils tremblaient légèrement.

Emma sentit sa colère retomber d'un cran.

Elle n'avait pas l'habitude d'entendre Eva parler de cette façon.

— Vous n'êtes pas obligés de vous aimer, reprit Eva plus calmement. Mais vous pourriez au moins essayer de vous supporter. Pour Marc et pour moi.

Emma baissa les yeux vers son assiette vide.

Sa colère était toujours là, brûlante, mais elle sentit une pointe de culpabilité s'y mêler.

Elle regarda sa mère.

Les cernes sous ses yeux étaient plus visibles ce matin. Eva semblait épuisée. Comme si les dernières semaines avaient laissé des traces que même le maquillage ne pouvait plus cacher.

Emma savait ce que ces cernes disaient.

Les nuits sans sommeil.

Les larmes versées en silence.

Les souvenirs.

La douleur.

Et tous les efforts qu'elle faisait pour continuer à avancer malgré tout.

— Très bien, murmura Emma.

Eva la regarda.

— Très bien quoi ?

Emma soupira discrètement.

— Très bien. Je vais essayer.

Ethan ne répondit pas.

Il termina son café en silence, les yeux fixés sur le jardin derrière la vitre.

Le petit-déjeuner se termina sans autre dispute. Marc partit dans son bureau. Eva monta ensuite se préparer.

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