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Chapitre : 4

Penulis: Erna Arden
last update Tanggal publikasi: 2026-08-26 07:52:58

Le dîner fut servi à sept heures précises dans la salle à manger des Palmer.

Emma s’arrêta une seconde sur le seuil avant d'entrer.

Au milieu de la pièce trônait une longue table en acajou, parfaitement dressée.

Un chandelier à six branches éclairait la nappe blanche et faisait briller les couverts en argent. Sur les murs, le papier peint à rayures vert foncé donnait à la pièce une ambiance sérieuse, presque étouffante.

Emma n'aimait déjà pas cet endroit.

Marc lui indiqua une chaise.

Elle s'assit.

En face d'elle, Ethan prit place. Eva s'installa à côté de sa fille tandis que Marc s'assit près de son fils.

Emma regarda la disposition de la table et eut presque envie de sourire.

Deux côtés.

Deux familles.

Et elle, coincée au milieu.

— J'ai demandé à Mme Delcourt de préparer un rôti, annonça Marc en dépliant soigneusement sa serviette. C'est notre gouvernante. Elle vient trois fois par semaine. C'est une femme remarquable.

— Formidable, répondit Eva avec un petit sourire qui sonnait faux.

Emma baissa les yeux vers son assiette vide.

Personne ne parlait.

Le silence s'étira tellement qu'elle finit par entendre le tic-tac régulier de l'horloge comtoise dans le couloir. Dehors, le vent frottait les branches contre les fenêtres. Marc, visiblement mal à l'aise, réajustait ses couverts sans arrêt.

Emma aurait préféré être n'importe où ailleurs.

— Alors, Emma, reprit Marc avec une gaieté un peu forcée, ta mère m'a dit que tu aimais beaucoup la photographie ?

Emma fixa son assiette.

— C'était avant.

Sa réponse fut sèche.

Eva posa aussitôt une main sur sa cuisse.

Emma sentit la pression de ses doigts. Un avertissement silencieux.

S'il te plaît.

Calme-toi.

Emma retint un soupir et retira doucement sa jambe.

— Elle est vraiment douée, ajouta Eva précipitamment. Son professeur disait qu'elle avait un œil exceptionnel pour les contrastes.

— Les contrastes, répéta Ethan d'une voix lente.

Emma leva les yeux. Il la regardait.

Ses yeux pâles avaient cette même expression moqueuse qu'elle avait remarquée plus tôt.

— Intéressant.

Emma soutint son regard.

Il y avait dans ses yeux quelque chose qui l'agaçait profondément. Comme s'il essayait déjà de la comprendre. Comme s'il cherchait à découvrir ce qu'elle cachait derrière son visage fermé.

— Tu t'intéresses à la photographie ? demanda-t-elle en prenant un ton détaché.

— Pas vraiment.

Ethan marqua une pause.

Puis il ajouta :

— Mais je m'intéresse aux gens qui se cachent derrière un objectif pour ne pas regarder la réalité en face.

Emma resta immobile.

Eva cessa même de respirer pendant une seconde.

Marc posa son verre d'eau sur la table avec un peu trop de force.

— Ethan, commença-t-il d'une voix basse.

— Quoi ? Je pose une question. C'est interdit ?

Emma sentit la colère lui chauffer les joues.

Elle se pencha légèrement vers lui.

— Ce n'était pas une question. C'était un jugement.

Ethan haussa simplement les épaules.

Un petit sourire difficile à interpréter apparut sur son visage.

— Appelle ça comme tu veux.

Emma allait répondre lorsque la porte s'ouvrit.

Mme Delcourt entra avec un grand plat fumant entre les mains. Une femme d'une cinquantaine d'années, au visage sympathique, qui avançait avec des gestes précis et tranquilles.

L'odeur du romarin se répandit aussitôt dans la pièce.

Elle posa le rôti au centre de la table puis repartit sans dire un mot.

— Ça a l'air délicieux ! s'exclama Eva avec un enthousiasme tellement exagéré qu'Emma eut presque pitié d'elle.

Marc saisit immédiatement l'occasion. Il se leva et commença à découper la viande.

Visiblement, il était soulagé d'avoir quelque chose à faire.

Les couverts tintèrent. Les assiettes se remplirent. Pendant quelques instants, personne ne parla.

Puis le silence revint.

Emma piqua un morceau de viande avec sa fourchette et le porta à sa bouche.

Elle mâcha sans vraiment sentir le goût.

Elle n'avait pas faim. En réalité, elle n'avait presque plus faim depuis des mois.

Depuis le jour où la police avait frappé à leur porte. Depuis le moment où elle avait compris que son père ne rentrerait plus jamais.

Elle avala difficilement.

Elle ne voulait pas y penser.

Pas maintenant.

— Tu es au courant pour l'université ? demanda soudain Ethan.

Emma releva les yeux.

Il la fixait encore.

Toujours cette façon de l'observer qui lui donnait l'impression d'être un sujet d'étude.

— Quoi, l'université ?

— On sera dans le même établissement. Même campus. Même bâtiment principal.

Emma reposa lentement sa fourchette.

— Je sais.

— Tu sais ?

Ethan s'adossa légèrement à sa chaise.

— Alors tu sais aussi que je suis capitaine de l'équipe de basket. J'ai une réputation, des amis, une vie.

Emma fronça les sourcils.

— Où veux-tu en venir ?

Cette fois, Ethan ne sourit pas.

— Je veux dire que ma vie était très bien avant que tu débarques. Et que je n'ai pas l'intention de la changer pour toi.

La phrase tomba lourdement au milieu de la table. Emma sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

Marc pâlit.

Eva, elle, rougit de colère.

— Ethan, ça suffit, gronda Marc. Emma fait maintenant partie de la famille. Tu vas la traiter avec respect.

Ethan eut un petit rire.

Pas un rire amusé.

Un rire vide.

— La famille ?

Il regarda son père.

— Papa, il y a deux mois, je ne connaissais même pas son nom.

Eva se redressa.

Sa voix tremblait légèrement lorsqu'elle répondit :

— Tu le connais maintenant. Elle s'appelle Emma. Et c'est ma fille.

Ethan tourna les yeux vers elle.

Emma vit le mépris dans son regard. Pas une simple irritation. Du mépris. Pur, froid, assumé.

Eva détourna finalement les yeux. Emma sentit sa colère monter d'un coup. Elle pouvait en vouloir à sa mère.

Elle pouvait lui reprocher ce mariage précipité, cette nouvelle maison, cette nouvelle vie qu'on lui imposait alors qu'elle n'avait même pas eu le temps de faire son deuil.

Mais Ethan n'avait pas le droit de la regarder comme ça.

Personne n'en avait le droit.

Emma se redressa.

— Ta mère, dit-elle lentement en gardant les yeux dans ceux d'Ethan… Tu as dû beaucoup l'aimer.

Le changement fut immédiat.

Les mâchoires d'Ethan se contractèrent.

Ses doigts se resserrèrent autour de son couteau.

Son regard se vida de cette petite lueur moqueuse qu'elle y avait vue quelques secondes auparavant.

À la place, quelque chose de beaucoup plus sombre apparut.

Emma le remarqua.

Et pourtant, elle ne détourna pas les yeux.

— Emma, intervint Marc d'une voix étrange, la mère d'Ethan...

— Est morte, coupa Ethan.

Sa voix était devenue glaciale.

— Et je ne vois pas en quoi ça te concerne.

Emma sentit son estomac se nouer.

— Je disais juste...

— Ne dis rien.

Ethan posa lentement son couteau.

— Ne prononce pas son nom. Tu n'en as pas le droit.

Le silence qui suivit fut si profond qu'Emma entendit son propre cœur battre.

Elle venait de toucher un point sensible.

Elle le savait.

Et, malgré elle, une petite partie d'elle en ressentit une satisfaction amère.

La partie blessée.

Celle qui était en colère contre le monde entier.

— Je suis désolée, murmura-t-elle.

Mais son ton ne contenait aucune vraie excuse.

Les yeux d'Ethan brillèrent sous la lumière du chandelier.

Il la fixa encore un long moment.

Puis il baissa les yeux vers son assiette.

Il ne répondit pas.

Le reste du repas devint interminable.

Eva essaya plusieurs fois de lancer une conversation. Marc récupérait chaque sujet avant qu'il ne tombe à plat, posant une question, ajoutant une remarque, essayant désespérément de maintenir une ambiance normale.

Ça ne fonctionnait pas.

Les mots semblaient mourir avant même d'atteindre les autres.

Les couverts continuaient de s'entrechoquer.

Le vent soufflait derrière les fenêtres.

L'horloge du couloir poursuivait son tic-tac régulier.

Emma, elle, observait Ethan du coin de l'œil.

Il mangeait lentement.

Avec application.

Il ne regardait presque plus personne.

Mais ses doigts étaient tellement crispés que ses articulations étaient devenues blanches.

Une veine battait sur sa tempe.

Emma détourna les yeux.

Elle avait remporté cette manche.

Elle le savait. Mais au fond d'elle, elle avait aussi la désagréable impression que ce n'était que le début.

Au dessert, une tarte aux pommes encore tiède fut servie.

Emma n'en mangea presque pas.

Marc reposa sa serviette et se tourna vers elle.

— Ta mère m'a dit que tu aimerais reprendre la photographie. Il y a un club sur le campus. Je pourrais te présenter au responsable.

Emma secoua la tête.

— Ce n'est pas la peine.

— Emma, insista Eva doucement, ça te ferait du bien de...

— J'ai dit non.

Sa voix claqua.

Eva sursauta.

Emma regretta presque immédiatement d'avoir parlé aussi durement, mais son orgueil l'empêcha de s'excuser.

Marc échangea un regard inquiet avec Eva.Puis Emma remarqua Ethan.

Il avait relevé la tête.

Pour la première fois depuis le début de leur échange, son expression n'était plus uniquement faite de colère.

Il y avait autre chose.

Une curiosité discrète.

Peut-être même une forme de reconnaissance.

Comme s'il venait de reconnaître chez elle une colère qu'il connaissait lui-même.

— Bien, dit Marc en se levant. Puisque c'est ainsi, je propose que nous prenions le café au salon.

Emma repoussa légèrement sa chaise.

— Je peux être excusée ?

Marc la regarda.

— Nous n'avons pas terminé.

Emma se leva.

— Moi, si.

Elle prit sa serviette froissée et la posa près de son assiette à peine touchée.

Puis elle quitta la salle à manger sans attendre qu'on lui donne la permission.

Elle traversa le couloir et commença à monter les escaliers.

Elle avait à peine atteint quelques marches qu'elle entendit la voix de Marc derrière elle.

Plus basse.

— Elle est… difficile.

Emma s'arrêta.

Ses doigts se refermèrent autour de la rampe.

Puis elle entendit Eva répondre, presque dans un murmure :

— Elle souffre, Marc. Elle souffre tellement.

Emma ferma les yeux.

Sa mère la défendait.

Encore.

Comme si elle devait expliquer sa douleur à sa place.

Comme si son chagrin était devenu un problème à justifier devant les autres.

Emma inspira profondément.

Elle avait perdu son père. Et au lieu de lui laisser le temps de comprendre comment continuer à vivre sans lui, Eva l'avait arrachée à tout ce qu'elle connaissait pour l'emmener ici.

Dans cette maison étrangère.

Avec ces gens qu'elle connaissait à peine.

Et ce garçon qui la regardait déjà comme une ennemie.

Emma rouvrit les yeux.

Sa gorge lui faisait mal.

Elle monta les dernières marches, les jambes lourdes, puis traversa le couloir jusqu'à sa chambre. Elle entra. Et claqua la porte derrière elle.

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