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La forêt interdite n'avait pas d'âme, seulement des murmures et des ombres. Un voile sombre et impénétrable, où même la lumière du soleil peinait à s'aventurer. Chaque arbre, chaque brise portait en elle une promesse de malheur. Ceux qui osaient pénétrer ses profondeurs ne revenaient jamais. Ou alors, ils revenaient changés, hantés par des visions qu'ils n'osaient partager.
Vandor, le chevalier marqué par la guerre, n'était pas un homme superstitieux. Son cœur n'avait plus de place pour les peurs futiles des hommes.Mais cette forêt... Il ressentait une lourdeur dans l'air, une pression qui alourdissait ses pas. Un froid inattendu l'enserrait, comme une main invisible serrant son cou. Pourtant, il ne se retourna pas. Il avait choisi cet exil, cette solitude, pour fuir les démons de son passé. Rien n'avait plus de pouvoir sur lui, sauf peut-être le silence, et cet endroit en était la promesse. Les blessures qu'il portait à son corps témoignaient de la violence de son dernier combat, au-delà des frontières de la forêt. La bataille avait laissé des traces profondes : une côte brisée, des plaies ouvertes, et la sensation d'une fatigue qui ne semblait jamais se dissiper. Au loin, la silhouette d'une demeure émergeait entre les arbres. Une maison, mais pas une de celles qu'on trouve dans un village. Non, celle-ci semblait faite de l'essence même de la forêt : noire, imposante, comme si elle avait été là bien avant les hommes. Il l'avait entendue nommée une certaine Cecilia dans les tavernes des régions avoisinantes, murmurée sur des lèvres tremblantes : la sorcière exilée, la magicienne d'un autre temps. Celle dont le nom seul suffisait à figer les regards. Elle était une légende, et comme toutes les légendes, elle portait en elle la vérité et le mensonge. Vandor s'approcha, l'âme lourde. Il n'était pas ici pour l'affronter. Il venait en quête de silence. Mais il savait, au fond de lui, que son destin ne l'avait pas mené dans cette forêt sans raison. Lorsqu'il franchit le seuil de la demeure, un frisson parcourut sa colonne vertébrale. Elle était là. Cecilia. À peine un murmure de mouvement, une présence palpable. Ses magnifiques cheveux blonds sur ses épaules dénudées, et ses yeux, d'un vert profond, le fixaient avec une intensité qui sembla déchirer son âme. Elle sourit. Un sourire qui n'était ni accueillant, ni hostile, mais qui transpirait d'un désir ancien, imprégné de magie. - Tu es venu chercher quoi, chevalier ? demanda-t-elle, sa voix aussi douce que le vent, mais tranchante comme une lame. Vandor, le souffle court à cause de la douleur, ne cilla pas. Il soutint son regard, même si une part de lui savait que ce qu'il ressentait n'avait rien à voir avec la simple fatigue. Il luttait pour ne pas succomber à l'attraction magnétique de sa présence, à cette aura qui semblait brûler l'air autour d'eux. — Le silence, répondit-il, sa voix rauque. Loin des cris de guerre, loin du monde. Elle se leva lentement, ses mouvements gracieux et fluides, comme si elle flottait au-dessus du sol. Ses bras nus scintillaient sous la lumière mourante, ses courbes marquées par la magie, et ses yeux, rivés sur lui, le scrutaient comme une proie, une conquête. Une tension électrique semblait naître entre eux, vibrante et palpable, s'intensifiant à chaque seconde. - Et tu crois que tu le trouveras ici ? dit-elle, son ton presque moqueur. Ce lieu est bien plus que tu ne le crois, chevalier. Il n'accorde pas de paix. Pas aux vivants. Pas aux âmes tourmentées. Il la regarda, un frisson de désir et d'appréhension lui parcourant le dos. Son corps était marqué par la guerre, blessé, fatigué, mais une part de lui ressentait autre chose, un appel qu'il n'avait pas anticipé. Une attraction insidieuse qu'il n'avait pas cherchée, mais qu'il ne pouvait ignorer. — Ce que je cherche ici, ce n'est pas la peur, dit-il, sa voix plus assurée. C'est la paix. Elle s'approcha encore, se mouvant comme une ombre dans la lumière déclinante. Leurs regards se croisèrent, et l'air autour d'eux sembla se charger d'une chaleur nouvelle, d'une tension sexuelle palpable. Elle était trop proche. Trop belle. Trop... tout. - La paix ? répondit-elle, un sourire amusé, presque carnassier, effleurant ses lèvres. Il y a longtemps que la paix ne m'a pas visitée. Et toi, chevalier, penses-tu que tu pourras fuir tout ce que tu portes en toi ? Que tu pourras échapper à l'ombre qui te suit, même ici ?Ils marchèrent encore un moment, jusqu’à ce que Cecilia s’arrête enfin.Entre deux grands chênes aux racines emmêlées, un repli naturel s’ouvrait, dissimulé par des fougères épaisses et des branches basses. L’endroit était étroit, sombre, presque invisible à qui ne savait pas où regarder.— Ici, dit-elle simplement.Vandor hocha la tête et laissa tomber son sac au sol. La fatigue le rattrapa d’un seul coup. Il s’affala contre un tronc, laissant échapper un soupir long, lourd, comme s’il déposait enfin le poids de la journée.Cecilia ouvrit son petit sac de cuir.Vandor l’observait du coin de l’œil lorsqu’elle en sortit… une couverture épaisse, propre, étonnamment douce pour un objet censé tenir dans un sac aussi minuscule.Il esquissa un sourire.— Sérieusement… ça ne cessera jamais de me surprendre, dit-il. Et je crois que ça commence même à me faire rire.Cecilia ne sourit pas.Elle déplia la couverture avec soin, concentrée, presque grave, comme si chaque geste devait être parfaite
Ils marchaient depuis longtemps.La forêt les avait engloutis de nouveau, mais cette fois sans poursuite immédiate. Les pas de l’étalon résonnaient doucement sur la terre humide, puis finirent par s’estomper lorsqu’ils mirent pied à terre. Désormais, ils n’étaient plus que deux silhouettes avançant côte à côte, séparées par un silence lourd.Ils ne se parlaient pas il écoutait juste le silence. Le calme. Pourtant, tout se disait dans l’air entre eux. La proximité, la fuite, le pacte encore vibrant sous la peau de Vandor. Chaque mouvement de Cecilia était ressenti, chaque respiration perçue.Finalement, ce fut elle qui rompit le silence.— Henri ne cherche pas à me récupérer, dit-elle sans le regarder. Il cherche à me détruire.Vandor ralentit légèrement, tournant sa tête vers elle.— Il m’a volé une grande partie de mes pouvoirs, poursuivit-elle. Pas seulement ma longévité… mais ce que j’étais. Ce que je pouvais devenir. Ce n’était pas de l’amour. Pas vraiment. L’amour ne prend pas. I
Le monde sembla se contracter autour d’eux.Vandor sentit quelque chose changer au moment précis où son poing s’abattait. Une chaleur nouvelle, différente de la colère brute. Plus fluide. Plus vaste. Comme si une présence venait de se glisser dans son souffle. Cecilia le sentit aussi. Elle se tourna vers lui, les yeux brillants d’une lueur verte plus intense qu’auparavant. — Vandor, dit-elle d’une voix ferme. Fais-moi confiance. Le second garde leva sa lance, prêt à frapper. Vandor hésita une fraction de seconde. Une seule. Puis il lâcha prise. Il recula d’un pas, instinctivement, sans comprendre pourquoi. À cet instant précis, le pacte pulsa violemment — non pas comme une brûlure, mais comme un lien qui s’ouvrait. Cecilia avança. Elle leva la main, paume ouverte, et prononça une formule à voix haute. Les mots étaient anciens, chantants, presque impossibles à suivre. Ils semblaient glisser entre les arbres, se répercuter dans la forêt elle-même. L’air vibra. Un souffle invi
Vandor n’écoutait plus vraiment.Les mots de Cecilia continuaient de résonner en lui, mais ils n’avaient plus de forme. Seulement un poids. Une fatigue profonde, écrasante. Comme si chaque vérité révélée avait arraché un morceau de ce qu’il lui restait.Il recula lentement.— J’en ai assez, dit-il enfin.Sa voix était basse, rauque, mais étrangement calme.Cecilia leva les yeux vers lui.— Vandor…— Non, l’interrompit-il. Je ne veux plus savoir. Ni ce que je suis pour lui. Ni ce que je suis pour toi.Il passa une main sur son visage, comme pour chasser une douleur invisible.— Toute ma vie, j’ai été seul. Sur les routes. Sur les champs de bataille. Dans mes choix. Et c’est très bien ainsi. C’est la seule chose que je sache faire.Le pacte pulsa, mais il l’ignora.— Je ne veux pas être une arme, poursuivit-il. Ni un appât. Ni un lien entre deux monstres immortels.Ces mots frappèrent Cecilia de plein fouet. Elle ne répondit pas.Vandor se tourna vers la porte.— Je pars.Il l’ouvrit et
Cecilia retira doucement la main de celle de Vandor. Le silence s’étira entre eux, lourd, presque sacré. Puis elle parla.— Henri n’a pas toujours été ce monstre.Vandor ne répondit pas. Il sentait que chaque mot à venir allait s’ancrer profondément en lui.— Avant d’être roi… il était mon amant.Elle détourna le regard, comme si la maison elle-même devenait soudain trop étroite.— Nous nous aimions avec une violence que peu d’êtres peuvent comprendre. Une passion dévorante, dangereuse. Nous étions deux flammes qui refusaient de s’éteindre. Ensemble, nous avons exploré des savoirs interdits. Des rituels anciens. Des promesses d’éternité.Le pacte pulsa, lentement.— J’avais trouvé un moyen, poursuivit-elle, d’étirer la vie au-delà de ses limites. Pas une immortalité vide… mais une longévité nourrie par le désir, par la passion, par l’intensité d’exister. Ce sort exigeait un prix. Toujours.Elle serra les poings.— Quand Henri est devenu roi, quelque chose a changé. Le pouvoir ne lui s
L’étalon ralentit sans que Vandor ne lui en donne l’ordre. Les arbres s’écartèrent légèrement, laissant apparaître une clairière familière. Trop familière. Une maison de bois sombre y reposait, presque dissimulée par la végétation, comme si la forêt elle-même cherchait à la protéger.Vandor fronça les sourcils.— Non… murmura-t-il.Il était déjà passé par là. Une fois. Il y a longtemps. Avant la guerre. Avant le pacte. Avant tout. Le cheval s’arrêta devant la porte. Le pacte pulsa doucement, presque avec insistance.— Pourquoi ici ? demanda Vandor à voix basse. Qu’est-ce qu’elle veut encore de moi ?La porte s’ouvrit. Cecilia se tenait là.Elle portait une robe sombre at avec des bordures en dentelle mais qui épousait sa silhouette avec une précision troublante. Ses cheveux noirs tombaient librement sur ses épaules, et ses yeux verts. Les mêmes que ceux de l’étalon et se posèrent sur Vandor avec une intensité qui lui coupa le souffle.Ils se regardèrent sans parler.Quelque chose vibr







