LOGINIl fait un geste de la main. La brume autour de nous s'anime, se condense, forme des images qui flottent dans l'air comme des tableaux vivants.
Je vois un village. Paisible. Des maisons de pierre aux toits de chaume, solides, chaleureuses. Des champs dorés qui ondulent sous le vent d'été. Des enfants qui courent en riant dans les rues de terre battue, leurs cris joyeux portés par la brise.
Je vois Alessandro. Plus vieux. Des rides autour
Il fait un geste de la main. La brume autour de nous s'anime, se condense, forme des images qui flottent dans l'air comme des tableaux vivants.Je vois un village. Paisible. Des maisons de pierre aux toits de chaume, solides, chaleureuses. Des champs dorés qui ondulent sous le vent d'été. Des enfants qui courent en riant dans les rues de terre battue, leurs cris joyeux portés par la brise.Je vois Alessandro. Plus vieux. Des rides autour de ses yeux, profondes, marquées par les rires plutôt que par les soucis. Des cheveux gris sur ses tempes, argentés, distingués. Mais toujours fort, toujours droit, toujours beau. Ses mains, couvertes de cicatrices anciennes, tiennent un outil de jardin au lieu d'une épée.Je me vois. Vieille aussi. Ridée. Mes cheveux noirs striés de blanc. Mon corps marqué par les années et les enfantements. Mais mes yeux brillent. Ils
Il porte une longue robe sombre qui ondule autour de lui comme si elle était vivante, comme si elle était faite de brume solidifiée, comme si elle respirait à son propre rythme. Le tissu semble absorber la lumière qui le touche, créant une aura d'obscurité qui l'enveloppe en permanence. Ses pieds ne touchent pas le sol. Il flotte à quelques centimètres au-dessus de la terre craquelée, dans une lévitation tranquille, presque désinvolte, comme si la gravité était une suggestion qu'il pouvait ignorer à sa guise.Et il sourit.Son sourire est la chose la plus terrifiante que j'aie jamais vue. Parce qu'il est chaleureux. Accueillant. Presque amical. Comme le sourire d'un vieil ami qu'on retrouve après des années de séparation. Il n'y a aucune malice visible, aucune cruauté apparente. Juste une bienveillance de surface qui cache le vide absolu derrière ses yeux.— Aurora, dit-il.Sa voix est douce. Mélodieuse. Elle entre dans mes oreilles comme un
Je la suis. Le plaisir monte comme une vague, comme une marée, comme quelque chose d'inévitable et de magnifique. Il part de là où nos corps se joignent et se répand dans tout mon être, efface la douleur, la peur, le froid, la mort qui rôde. Je m'enfonce en elle une dernière fois, et le monde explose. Plus de vallée. Plus de brume. Plus de guerre. Juste elle. Juste nous. Juste cet instant parfait suspendu dans le temps.On reste là, immobiles, enlacés.Le froid revient lentement. La réalité aussi. Les bruits de la vallée. Le vent qui siffle dans les arbres morts. Les cris lointains des autres qui nous cherchent, qui se battent peut-être encore.Elle pleure.Sans bruit. Sans sanglots. Juste des larmes qui coulent sur ses joues, qui tombent sur ma peau, chaudes, salées.— Pourquoi tu pleures ? dis-je.Ma voix est rau
ALESSANDROLe noir s'est dissipé.Je ne sais pas comment. Je ne sais pas pourquoi. Une seconde, j'étais perdu dans un vide sans fond, sans lumière, sans elle. Je criais son nom dans le néant et le néant me le renvoyait, moqueur, stérile. La seconde d'après, la brume a reculé comme une vague qui se retire, et le monde est réapparu. Les arbres noirs et tordus. Le sol gelé qui crisse sous mes bottes. Le ciel gris et bas, lourd de neige qui ne tombe pas.Et elle.Elle court vers moi.Ses cheveux sont un halo sombre autour de son visage, emmêlés par le vent, collés par la sueur et les cendres. Ses yeux brillent de larmes qu'elle ne retient plus. Sa tunique blanche est déchirée en plusieurs endroits, tachée de sang, de boue, de cendres noires. Elle a une blessure au flanc, je le vois à la façon dont elle boite légèrement, dont sa main se presse contre ses côtes. Mais elle court. Elle court vers moi.Elle est la chose la plus belle que j'aie jamais vue.Je cours aussi.Mes jambes se souvienn
AURORALe noir.Pas l'obscurité de la nuit. Pas l'ombre d'une pièce sans fenêtre. Le noir absolu. Le noir d'avant la lumière. Le noir qui n'a jamais connu le jour et qui ne le connaîtra jamais.Je suis perdue dans ce noir.Le Soiffard m'a séparée des autres. Sa voix a déchiré la brume, un son qui n'était pas un son, une vibration qui a résonné dans mes os, dans mon sang, dans les vies qui dorment en moi. Et puis plus rien. Plus de brume. Plus de vallée. Plus d'Alessandro. Juste ce noir infini qui s'étend dans toutes les directions, qui n'a ni haut ni bas, ni début ni fin.Je crie son nom.Alessandro.Le noir avale ma voix. Il l'absorbe, la digère, la fait disparaître comme si elle n'avait jamais existé. Je tends les mains. Mes doigts ne rencontrent que le vide. Je fais un pas, puis un autre, puis un autre. Le sol sous mes pieds est invisible. Je pourrais marcher sur place. Je pourrais tomber dans un abîme sans fond. Je ne sais pas. Je ne sais plus rien dans ce néant qui m'entoure.Je
Et l'idée me tente.Pour la première fois depuis que j'ai appris à me battre, l'idée d'abandonner me tente vraiment.À quoi bon continuer ? À quoi bon lutter ? Si tout ce que je crois est un mensonge, si tout ce pour quoi je me bats est une illusion, à quoi bon ?Les mains d'Aurora sur moi. Sa voix qui murmure mon nom. Ses yeux qui brillent quand je lui souris. Tout ça serait faux ? Tout ça ne serait qu'un jeu, une manipulation, un moyen de m'utiliser ?C'est possible. C'est tellement possible. Je suis si mauvais pour juger les gens. J'ai toujours été trop naïf, trop confiant, trop désespéré d'être aimé. Ma mère me le disait déjà. Mon père aussi. Pourquoi Aurora serait-elle différente ?J'ai tellement froid. Mes doigts sont engourdis. Mes jambes ne me portent plus. Mon c&o
AURORALe sommeil ne vient pas. Il se contente de rôder à la lisière de ma conscience, un prédateur hésitant face à la lumière crue des pensées qui tournent dans ma tête.La fourrure sous moi est douce, épaisse, mais elle sent le fauve, le musc et la fumée. Une odeur étrangère qui, pourtant, commen
LE GUETTEUR— De la part des Sentinelles du Déclin.Sa voix est neutre, sans inflexion. Elle porte pourtant jusqu’aux recoins les plus éloignés.— Le dégel a commencé plus tôt que prévu dans les Basses Terres Noires. Les glaces sur la Rivière Serpent cèdent. Et elles charrient des débris.Il fait u
KAEL— Un toast ! À notre roi ! Puisse sa nouvelle… alliance… lui apporter la sagesse dont nous aurons besoin pour l’hiver qui vient.Les mots sont droits. Le ton, apparemment respectueux. Mais l’espace d’un instant, entre « nouvelle » et « alliance », il y a eu un silence calculé. Une insinuation.
AURORAPuis j’entends le froissement du métal. Alessandro a saisi la Couronne des Dents. Il ne l’ôte pas de sa tête. Il en détache quelque chose. Un éclat. Une dent, longue et incurvée, noire comme l’obsidienne, qui était l’une des pointes de la couronne. Elle brille d’une lueur intérieure, faible







