LOGINEt elle commence à me montrer.Les images surgissent du blanc comme des bulles qui crèvent à la surface d'un marécage.La première est douce. Presque tendre. Une cruauté raffinée.Je vois Aurora.Elle est là, à quelques mètres de moi. Sa tunique blanche déchirée. Ses cheveux noirs collés à son visage par l'humidité. Ses yeux qui brillent. Ses lèvres qui s'entrouvrent. Elle tend la main vers moi.— Alessandro. Viens.Je fais un pas vers elle. Mon cœur bat trop vite. Mes mains tremblent. J'ai tellement besoin de la toucher, de la serrer contre moi, de sentir qu'elle est vivante. J'ai tellement besoin d'elle.— Aurora.— Je suis là. Viens.Je fais un autre pas. Puis un autre. Elle est si proche maintenant. Je pourrais presque la toucher. Ses doigts sont à quelque
Je suis toujours vivante.La brume m'a montré des horreurs. Elle a essayé de me briser. Elle a failli réussir.Mais elle a commis une erreur.Elle m'a montré Alessandro avec Sera. Elle m'a montré Kael mort. Elle m'a montré Lyra détruite par les vies. Elle m'a montré mes compagnons massacrés. Elle m'a montré mon propre cadavre.Et dans toutes ces images, dans tous ces cauchemars, il y avait quelque chose qui n'allait pas. Quelque chose qui sonnait faux. Quelque chose que la brume ne pouvait pas imiter parce qu'elle ne le comprend pas.L'amour.La brume peut imiter les visages. Les corps. Les voix. Mais elle ne peut pas imiter l'amour. Elle ne peut pas comprendre ce que c'est que d'aimer quelqu'un au point de donner sa vie pour lui. Elle ne peut pas comprendre la confiance absolue qui existe entre Alessandro et moi. La certitude qu'il ne me trahira jamais. La f
L'image disparaît.La brume redevient blanche. Silencieuse. Impassible.— Ce n'était qu'une possibilité, murmure la voix dans ma tête. Un avenir parmi d'autres. Mais un avenir probable. Très probable. Quand tu seras morte, il se consolera avec elle. Il l'aimera comme il t'aimait. Il lui dira les mêmes mots. Il lui fera les mêmes promesses. Et toi, tu seras oubliée. Un souvenir lointain. Un nom qu'il ne prononcera plus.Je reste à genoux. Les mains sur le visage. Les épaules secouées de sanglots.Je sais que c'est un mensonge. Je le sais. La brume veut me briser, me détruire, me rendre folle avant que le Soiffard ne porte le coup final. C'est une stratégie. Une torture psychologique. Une arme aussi efficace que les griffes de ses créatures.Mais savoir ne suffit pas.Parce que l'image est gravée dans mon esprit. Elle y rest
AURORALe temps n'existe plus dans la brume.Je ne sais pas depuis combien de temps je marche. Des minutes ? Des heures ? Des jours ? Le ciel est toujours le même, gris, bas, invisible derrière le mur blanc qui m'entoure. La lumière ne change pas. Le froid ne change pas. Rien ne change.Sauf les images.Elles ont commencé il y a quelque temps. Peu après que la brume m'a parlé. Peu après qu'elle m'a montré ma mère. Au début, c'étaient des formes vagues, des ombres à la périphérie de ma vision. Je tournais la tête, elles disparaissaient. Je croyais que c'était mon imagination, la fatigue, la peur.Mais elles sont devenues plus nettes.Plus réelles.Plus cruelles.La première fois, j'ai vu Alessandro.Il était là, à quelques mètres de moi, sa silh
L'amour qui a poussé entre nous comme une plante dans les ruines. Fragile au début. Presque honteux. Puis plus fort. Plus grand. Plus essentiel. Jusqu'à devenir la chose la plus importante de mon existence. Jusqu'à devenir ma raison de me lever chaque matin, de me battre, de survivre.Et maintenant, cette brume me le vole.Je m'arrête.La colère monte en moi. Une colère ancienne, profonde, qui vient de très loin. La même colère que j'ai ressentie quand j'ai vu ma mère mourir. La même colère qui m'a portée à travers toutes ces années de survie, de combat, de perte.— Rendez-le-moi !Je hurle dans la brume. Ma voix se brise, se déchire, se perd.Et la brume me répond.Pas avec des mots. Avec des images.Elles apparaissent soudainement, comme des bulles qui crèvent à la surface d'une eau no
AURORA---Un pas. Puis un autre. Puis plus rien.La brume m'a avalée.Je ne sais pas quand c'est arrivé. Une seconde, Alessandro était à côté de moi, sa main dans la mienne, sa chaleur contre ma peau. La seconde d'après, il n'y avait plus que du blanc. Un blanc épais, opaque, qui efface tout. Les formes. Les sons. Les distances. Les certitudes.Je me retourne.Rien.Je tends les mains.Rien.Je crie son nom.— Alessandro !La brume boit ma voix. Elle l'absorbe comme une éponge absorbe l'eau, comme une tombe absorbe les morts. Aucun écho. Aucune réponse. Juste ce silence épais, cotonneux, qui pèse sur mes tympans comme une main invisible.Je fais un pas. Le sol est toujours là, sous mes bottes, mais je ne le vois pas. La brume rampe jusqu'à mes genoux, s'enroule autour de mes mo
AURORALa lune pleure des larmes d’argent à travers les vitraux brisés de la vieille chapelle, striant le sol de pierre de motifs tremblants. L’air sent la cendre et la terre humide, cette odeur lourde qui précède toujours l’orage. Mais la tempête, elle, se tient devant moi. Alessandro. Son nom seu
AURORALe sang du cerf est une odeur riche et métallique qui imprègne l’air du grand hall. Il colle à l’arrière de ma gorge, un parfum de mort et de vie mêlées. Les Lycans mangent, rient, se chamaillent. La viande est déchirée à mains nues, les os craquent sous la pression de mâchoires puissantes.
AURORALa nuit n’a apporté aucun repos. Seulement la répétition incessante du moment où la lame a rencontré la chair, le son étouffé, le regard vitreux de la bête. Je me réveille avec l’aube, les draps enroulés autour de mes jambes comme des serpents, l’odeur du sang encore collée à l’arrière de ma
AURORALe sang du sanglier n’est pas encore sec sur ma peau qu’ils me conduisent ailleurs. Plus profond. L’air que je respire est celui qu’Alessandro respire. Humide, antique, chargé du poids de la pierre et du pouvoir.Je m’attends à une cellule. À des chaînes. À la froideur du châtiment.Au lieu







