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Notre fils entre nous
Notre fils entre nous
Penulis: Les écrits d'une Mariam

Chapitre 1

last update Tanggal publikasi: 2026-06-25 16:52:25

Chapitre 1

Sarah

La pluie tombe sur la gare routière comme une promesse qu'on n'a pas tenue, fine, glaciale, insistante, et elle s'infiltre dans mes cheveux, glisse sur ma nuque, alourdit mes vêtements. Novembre dans cette ville a toujours eu cette façon de vous pénétrer jusqu'aux os, de vous rappeler que vous n'êtes pas le bienvenu. Les gouttes frappent le bitume avec un bruit régulier, monotone, et l'odeur du diesel se mêle à celle de la terre mouillée et des feuilles mortes qui pourrissent dans les caniveaux.

Je tiens la main de Nathan dans la mienne, ses doigts fins et fragiles qui s'agrippent à ma paume, un peu froids malgré les gants en laine bleue trop grands pour lui. Il ne dit rien. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on est descendus du car, depuis que ses baskets usées ont touché le bitume mouillé de cette ville que je lui ai appris à haïr sans jamais la nommer. Il serre ma main et regarde autour de lui avec ses grands yeux gris, ces yeux qui ne devraient pas exister, ces yeux qui appartiennent à un autre.

Autour de nous, les voyageurs se dispersent dans la grisaille du matin. Une femme en manteau rouge serre un enfant contre elle, un homme d'affaires consulte sa montre en jurant à voix basse. Personne ne nous regarde. Nous ne sommes que deux ombres parmi d'autres. Invisibles. Anonymes. Oubliés. Personne ne doit savoir que nous sommes là.

Nathan lève la tête vers moi, ses cheveux bruns plaqués sur son front par l'humidité, et ses yeux gris interrogent le silence. Il ne demande rien, pas encore, mais je sens la question qui flotte entre nous, aussi dense que le brouillard qui s'accroche aux toits des immeubles.

— On va prendre un taxi, dis-je en cherchant mon portefeuille dans mon sac usé, et mes doigts rencontrent le cuir râpé, les coutures qui s'effilochent.

Le taxi sent le désodorisant bon marché et le tabac refroidi. Le chauffeur ne parle pas, et tant mieux, je n'ai pas la force de faire la conversation. Nathan pose sa tête contre mon épaule, et je sens son souffle tiède à travers le tissu de mon manteau, ce souffle fragile qui est la seule chose au monde qui compte encore pour moi.

La ville défile derrière la vitre comme un film que j'aurais voulu ne jamais revoir. La boulangerie où j'achetais des croissants le dimanche matin. Le square où il m'a embrassée pour la première fois, un soir de juin. L'immeuble de verre et d'acier où il règne désormais, roi sans couronne d'un empire bâti sur les ruines de notre histoire. Lucas Morel. Son nom m'écorche encore la bouche, je ne le prononce plus depuis huit ans.

Le taxi s'arrête devant un immeuble gris, dans une rue grise. Le quartier nord, loin des beaux immeubles et des rues propres. Ici, les façades sont lépreuses, les trottoirs défoncés. Personne ne nous remarque. C'est parfait.

Nathan monte les marches lentement, en s'arrêtant pour reprendre son souffle. La clé tourne dans la serrure avec un grincement rouillé. La porte s'ouvre sur un studio minuscule. Un lit, une table, deux chaises dépareillées, une cuisine en kit, une salle de bain où le carrelage se décolle.

Nathan pose son sac et regarde autour de lui sans rien dire.

— C'est temporaire, dis-je en posant mes clés sur la table bancale. Juste le temps de voir les médecins.

Il hoche la tête. La nuit tombe, je prépare des pâtes sans sel, je l'aide à prendre son bain, à se glisser sous les draps rêches. Je lui lis une histoire et il s'endort en tenant ma main.

Je m'allonge sur le matelas posé à même le sol et je fixe le plafond. Dehors, la pluie continue de tomber. Quelque part, Lucas Morel dort dans son penthouse, ignorant que son fils respire le même air que lui.

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