LOGINChapitre 39 : Le Fil du RasoirAnyaLa paix est une coupe fragile. On croit la tenir fermement, puis une fissure apparaît, et le précieux liquide s'échappe, goutte à goutte.Cela fait huit mois. Huit mois de petits déjeuners tranquilles, de promenades le long de la plage, de nuits sans le hurlement des alarmes. Huit mois à apprendre le goût de la normalité, un goût fade et déconcertant après l'ivresse permanente du pouvoir et du danger.Dante sculpte. Des oiseaux, des poissons, des visages qu'il sort des profondeurs de sa mémoire. Ses mains, autrefois instruments de mort, créent maintenant de la beauté. Une beauté imparfaite, tourmentée, mais réelle. Je l'observe, et je vois les plaies se cicatriser, lentement.Mais certaines plaies sont trop profondes.Ce matin-là, un email chiffré arrive. Notre seule connexion avec le monde que nous avons fui. C'est Elena."Marco va mieux. Les nouveaux traitements fonctionnent. Les médecins sont optimistes."La vague de soulagement qui me submerge e
Chapitre 38 : La Cendre et la GraineAnyaLa Nouvelle-Zélande est un choc. L'air est si pur qu'il en est presque douloureux à respirer. Les couleurs sont trop vives – le vert des collines, le bleu du ciel, le blanc des nuages. Le silence est une présence tangible, brisé seulement par le chant des oiseaux et le murmure du vent. Après le grondement constant de la ville, ce calme ressemble à un vide.Nous avons acheté une maison. Modeste, en bois, adossée à une colline surplombant la mer. Pas de système de sécurité sophistiqué, pas de vitres blindées. Juste une clôture pour les moutons. L'absurdité de la situation me fait parfois sourire, un sourire sans joie.Dante erre dans la maison comme une âme en peine. Ses mains, habituées à tenir une arme ou à pianoter sur un clavier, ne savent que faire d'elles-mêmes. Il essaie de jardiner, de réparer des choses. Il est maladroit. Vulnérable. Je le préfère ainsi.Les premiers jours sont un exercice de désintoxication. Se défaire de la paranoïa.
Chapitre 37 : L'IncendieAnyaLes passeports sont un poids brûlant dans la poche intérieure de mon manteau. Mon arme, un froid familier contre mes côtes. Je sors du loft, l'air de la ville me frappe au visage, chargé des promesses empoisonnées du pouvoir et des regrets.Je n'ai pas choisi. J'ai simplement suivi mon instinct, cette boussole interne qui ne m'a jamais trompée, même lorsqu'elle me guidait vers l'enfer.Dante. Il est ma force et ma faille. Mon partenaire et mon talon d'Achille. Et maintenant, il court vers sa perte, aveuglé par l'amour d'un oncle pour son neveu. Un amour que je comprends, que je partage peut-être au fond de moi, mais que je ne peux pas me permettre.Pas comme ça.Pas en sacrifiant tout ce pour quoi nous avons lutté, saigné, tué.Je le trouve dans la salle des serveurs, le cœur numérique de notre empire. Les lumières bleues des machines clignotent, reflétées dans la sueur sur son front. Ses doigts volent sur un clavier, vidant des comptes offshore dans une
Chapitre 36 : Le Poids de la CouronneAnyaLe temps est un maître cruel. Il efface les traces de sang sur le béton, mais pas celles gravées au fer rouge dans nos âmes. Cinq ans. Cinq longues années depuis le départ d'Elena et Marco. Cinq années à régner sur un empire d'ombres, à maintenir un équilibre précaire par la terreur et la ruse.Notre pouvoir est absolu, mais il est silencieux. Nous ne paradons pas. Nous gouvernons depuis les coulisses, comme des marionnettistes tirant les ficelles d'un théâtre d'épouvante. La ville prospère en surface, mais son cœur bat au rythme de nos décrets.Dante et moi, nous sommes devenus une entité unique. Deux moitiés d'un même être froid et calculateur. Les nuits de passion sauvage ont cédé la place à une complicité profonde, presque organique. Nous n'avons plus besoin de mots pour communiquer. Un regard, un geste, suffisent. Nous sommes les gardiens du temple, et notre temple est construit sur des ossements.Mais même les pierres les plus solides f
Chapitre 35 : L'Héritage et l'AvenirAnyaLes semaines qui suivent la chute des Varga et la mort de Kazimir sont étrangement calmes. Trop calmes. La ville semble retenir son souffle, attendant notre prochain mouvement. Notre victoire a été totale, brutale. Les rumeurs ont circulé, déformant la réalité jusqu'à en faire une légende : l'Héritière et le Fantôme, inséparables, invincibles, protégés même par un enfant-sorcier.Marco. L'enfant qui a sauvé Dante.Il ne parle toujours pas, mais son silence est différent. Mois de peur, plus de résignation. Il suit Dante partout, son ombre miniature. Et Dante, le tueur impitoyable, se métamorphose en présence patiente et douce. Il lui apprend à se défendre, non pas avec des armes, mais avec son esprit. À observer. À écouter. À sentir le danger avant qu'il ne frappe.Je les observe parfois, depuis l'ombre. Le géant blessé et le petit garçon silencieux. Une étrange forme de rédemption se joue sous mes yeux. Dante expie ses péchés en protégeant cet
Chapitre 34 : Le Sang et la CendreAnyaLe nouveau repaire est un bunker aménagé sous une usine désaffectée. L'air y est recyclé, froid, impersonnel. Les murs de béton brut suintent l'humidité et le désespoir. Elena et Marco sont là, sains et saufs, mais l'enfant ne parle plus. Il se contente de regarder, ses grands yeux sombres empreints d'un traumatisme qui ne devrait pas être le sien.Dante, le bras en écharpe, passe son temps sur les écrans, traquant l'ombre de celui qui a osé s'en prendre à notre forteresse. Sa blessure le ronge, moins la douleur physique que la faille dans son invulnérabilité. On a touché à sa famille. À sa famille.Moi, je planifie. La vengeance n'est pas une émotion, c'est une équation. Il faut identifier la variable inconnue, l'éliminer, et sécuriser le système. Mais une partie de moi, une partie que je croyais morte, s'inquiète pour l'enfant silencieux, pour la sœur qui regarde son frère comme si elle ne le reconnaissait plus.— C'est les Varga, annonce Dant







