LOGINLe bureau retrouva son silence après le départ de la jeune femme.
Eden resta immobile quelques secondes, les mains posées sur le rebord de son bureau. Il fixait la porte fermée, comme si elle allait s’ouvrir à nouveau. Ridicule. Il se redressa, inspira profondément et tira légèrement sur la manche de sa veste. Reprendre le contrôle. Toujours. — Lys… murmura-t-il, presque sans s’en rendre compte. Le son de ce prénom lui resta coincé dans la poitrine. Il fronça les sourcils, agacé par cette sensation étrange. Ce n’était qu’un nom. Un prénom banal. Et pourtant… quelque chose résistait. Une impression de déjà-vu. Un écho lointain. Il s’assit et alluma son ordinateur, tenta de se replonger dans ses dossiers. Les chiffres défilaient, les mots aussi, mais aucun ne s’imprimait vraiment dans son esprit. Son regard revenait sans cesse vers la porte. On frappa. — Entrez. Lys passa timidement la tête, puis entra complètement, un dossier contre elle. — Monsieur O’Brien… on m’a demandé de vous remettre ça. Les contrats que vous vouliez revoir aujourd’hui. Il hocha la tête sans la regarder. — Posez-les là. Elle s’exécuta, puis resta debout, hésitante. Elle aurait dû partir. Elle le savait. Mais quelque chose la retenait. Peut-être la colère. Peut-être la curiosité. Peut-être ce besoin absurde de comprendre comment il pouvait être devenu… ça. — Autre chose ? demanda-t-il finalement, froidement. — Non, monsieur. Elle se tourna pour sortir. — Lys. Elle s’arrêta net. Son prénom, dans sa bouche, lui fit l’effet d’un coup. Lentement, elle se retourna. — Oui ? Il leva enfin les yeux vers elle. Son regard s’attarda une seconde de trop. Il l’analysa comme un problème mal résolu. Une posture trop droite. Une retenue trop maîtrisée. Et cette façon de le regarder… pas comme les autres. — Assurez-vous d’être disponible après la réunion de seize heures, dit-il. J’aurai besoin de vous. Professionnel. Neutre. Mais sa voix était plus basse qu’avant. — Bien sûr, répondit-elle. Elle sortit cette fois sans se retourner. Quand la porte se referma, Eden inspira lentement. Son cœur battait plus vite. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas être troublé par une inconnue. Encore moins par une employée. Il attrapa son téléphone et envoya un message sec. Eden : Ralph. Renseigne-toi sur une certaine Lys James. Je veux un dossier complet. Il posa le téléphone, serra les mâchoires. De l’autre côté du couloir, Maëlys s’adossa au mur dès que la porte se referma derrière elle. Elle ferma les yeux une seconde. Il avait prononcé son prénom, pas son vrai nom. Mais assez pour réveiller quelque chose. Sa voix était différente. Plus dure. Plus vide. Rien à voir avec celle qu’elle connaissait. Et pourtant… c’était bien lui. — Calme-toi, se murmura-t-elle. Tu es là pour travailler. Rien de plus. Mais au fond d’elle, une certitude s’installait lentement, dangereusement. Ce poste n’allait pas être simple. Et Eden O’Brien n’avait clairement pas oublié autant qu’il le croyait. Maëlys avait toujours trouvé Eden impressionnant, pas beau au sens classique. Pas charmant. Impressionnant. Il y avait chez lui cette manière d’occuper l’espace sans jamais en faire trop. Une présence froide, maîtrisée, presque intimidante. Au lycée déjà, il parlait peu, observait beaucoup. Et quand il regardait quelqu’un, on avait l’impression d’être passé au scanner. Aujourd’hui, il était devenu exactement ce qu’elle avait imaginé. Un homme de pouvoir. Un homme qui ne demandait pas l’autorisation. Le bureau était en ébullition depuis le début de l’après-midi. À seize heures, une réunion stratégique importante était prévue. Tout le monde le savait. Tout le monde se préparait. Maëlys entra dans l’open space, sac sur l’épaule, démarche calme. Elle salua rapidement ses collègues et s’installa à son poste. Elle avait déjà les chiffres. Elle les avait vérifiés deux fois. Quelque chose clochait. Elle corrigea sans demander À seize heures précises, la salle de réunion se remplit. Des voix basses, des ordinateurs ouverts, des regards tendus. Une routine bien huilée. Elle prit place au fond, carnet sur les genoux, dos droit. Elle connaissait ce rôle. Observer. Noter. Se faire oublier. Puis Eden entra. La pièce se tut sans qu’il ait besoin de parler. Costume impeccable, démarche assurée, regard fermé. Il ne salua personne. Il n’en avait pas besoin. Maëlys sentit son estomac se nouer. Il ne l’avait pas regardée. Pas encore. — On commence, dit-il en s’asseyant en bout de table. La réunion démarra. Projections, chiffres, stratégies. Eden parlait peu mais quand il le faisait, tout le monde écoutait. Sa voix était tranchante, précise. Aucun mot inutile. Aucun espace pour l’erreur. Maëlys prenait des notes rapidement. Trop rapidement peut-être. Elle savait ce qu’il attendait. Elle se souvenait de lui. De sa façon d’exiger la perfection. À l’époque déjà. — Les prévisions du troisième trimestre ne tiennent pas, lança Eden en coupant un cadre. Vous vous basez sur des données obsolètes. Un malaise parcourut la table. — Pourtant, elles ont été validées la semaine dernière, répondit l’homme, sur la défensive. Eden ne répondit pas tout de suite. Il tourna lentement la tête. Son regard s’arrêta enfin sur Maëlys. — Lys. Son cœur fit un bond. — Vous avez les chiffres actualisés ? Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Super. Spotlight. — Oui, répondit-elle calmement. Ils ont été mis à jour ce matin, suite au rapport du service financier. Elle se leva, s’approcha de l’écran et brancha son ordinateur. Ses mains étaient stables. Son esprit, un peu moins. Les chiffres apparurent. Plus précis. Plus réalistes. Un silence. — Comme vous pouvez le voir, poursuivit-elle, les projections précédentes surestimaient la croissance de 4 %. Ce qui rendait la stratégie intenable sur le long terme. Elle se rassit. Eden fixa l’écran, puis les cadres autour de la table. — Voilà pourquoi on vérifie. Toujours. Son regard revint sur elle, plus appuyé cette fois. — Bien. Un simple mot. Mais Maëlys sentit quelque chose se fissurer en elle. Ce n’était pas de la fierté. C’était plus dangereux que ça. La réunion continua encore vingt minutes. Puis Eden se leva. — C’est tout. Lys, restez. Les autres quittèrent la salle rapidement. Trop rapidement. Personne n’avait envie d’assister à ça. La porte se referma. Silence. Maëlys resta debout, face à la table. Eden rangeait ses papiers avec une lenteur calculée. Il ne la regardait pas. Ça l’agaçait plus qu’elle ne voulait l’admettre. — Vous avez pris des initiatives sans validation, dit-il enfin. — Les chiffres étaient faux. — Ce n’était pas à vous de décider. Elle releva la tête. — Mon travail, c’est d’éviter que l’entreprise prenne de mauvaises décisions. Il s’arrêta net. — Votre travail, c’est d’exécuter, pas de corriger vos supérieurs. Il la fixa enfin. De près. Trop près. — Vous dépassez votre rôle. Maëlys sentit la colère monter. Lentement. Froidement. — Non, monsieur O’Brien. Je fais exactement ce pour quoi vous m’avez demandée d’être là. Il serra les mâchoires. — Vous êtes bien sûre de savoir pourquoi vous êtes ici ? La question était lourde. Trop lourde. — Oui, répondit-elle sans hésiter. Pour travailler. Rien d’autre. Un silence tendu s’installa. Eden la détailla longuement. Comme s’il cherchait une faille. Un souvenir. Quelque chose. — Faites attention, Lys, dit-il enfin. Les gens qui pensent trop bien faire finissent souvent par faire des erreurs. Elle soutint son regard. — Et ceux qui refusent de voir la vérité aussi. Clash. Net. Propre. Sans cris. Mais violent. Eden inspira profondément. — Vous pouvez disposer. Elle ne bougea pas tout de suite. Puis elle hocha la tête et se dirigea vers la porte. Juste avant de sortir, elle s’arrêta. — Au fait… ajouta-t-elle sans se retourner. Les chiffres que j’ai corrigés vous ont évité un très mauvais trimestre. Elle sortit. Eden resta seul. Immobile. Le cœur battant trop vite pour quelqu’un qui détestait perdre le contrôle. — Maëlys… murmura-t-il. Cette fois, il avait prononcé son vrai prénom. Et il comprit que cette fille n’allait pas être un simple problème professionnel.Maelys était assise dans le petit café où elle avait l’habitude de retrouver Claire. L’air était doux, le soleil du matin se reflétait sur les vitres, mais à l’intérieur, elle sentait son cœur battre trop fort. Elle jouait nerveusement avec sa cuillère, regardant le café fumer devant elle, incapable de trouver les mots exacts.— Maelys, ça va ? demanda Claire en posant sa main sur la sienne. Tes yeux disent autre chose que ton sourire.Maelys soupira profondément et secoua la tête.— Je… Je sais pas comment gérer tout ça, Claire. Eden… tout ce qu’il fait, la façon dont il est, tout ce qu’il a dit et pas dit… je… je sais pas comment je dois réagir.— Respirons, dit Claire en souriant doucement. Commence par me dire exactement ce que tu ressens, pas ce que tu penses qu’il veut que tu ressentes.— C’est compliqué, murmura Maelys. Il y a… il y a ce truc avec lui… depuis la dernière fois, depuis qu’on a commencé à travailler ensemble. Je sais qu’il y a une barrière entre nous, mais je le v
Quelques mois s’étaient écoulés depuis le retour au bureau après l’hôpital. Le quotidien s’était réinstallé, ponctué de réunions, de présentations et de projets à gérer. Pourtant, pour Eden, chaque jour apportait un rappel subtil de Maelys. Il la voyait à travers les documents qu’elle traitait avec rapidité et précision, les dossiers qu’elle organisait et sa manière d’anticiper chaque problème avant même qu’il ne survienne. C’était fascinant. Il avait l’impression de découvrir une personne complète, ingénieuse, capable de presque tout gérer, et pourtant parfois vulnérable, distraite ou maladroite. Cette dualité le captivait.Il s’asseyait parfois à distance, juste pour l’observer. Ce n’était pas de la curiosité malsaine, ni de la fascination superficielle : il voulait la connaître, vraiment. Comprendre ce qui la motivait, comment elle réfléchissait, pourquoi elle choisissait telle solution plutôt qu’une autre. Il se surprenait à détailler son sourire, son ton quand elle expliquait que
Quelques mois s’étaient écoulés depuis le retour au bureau après l’hôpital. Le quotidien s’était réinstallé, ponctué de réunions, de présentations et de projets à gérer. Pourtant, pour Eden, chaque jour apportait un rappel subtil de Maelys. Il la voyait à travers les documents qu’elle traitait avec rapidité et précision, les dossiers qu’elle organisait et sa manière d’anticiper chaque problème avant même qu’il ne survienne. C’était fascinant. Il avait l’impression de découvrir une personne complète, ingénieuse, capable de presque tout gérer, et pourtant parfois vulnérable, distraite ou maladroite. Cette dualité le captivait.Il s’asseyait parfois à distance, juste pour l’observer. Ce n’était pas de la curiosité malsaine, ni de la fascination superficielle : il voulait la connaître, vraiment. Comprendre ce qui la motivait, comment elle réfléchissait, pourquoi elle choisissait telle solution plutôt qu’une autre. Il se surprenait à détailler son sourire, son ton quand elle expliquait que
La porte se referma derrière Maelys, et un silence léger s’installa dans la pièce. Eden resta immobile, les yeux fixés sur le vide, le cœur encore battant plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Il sentait encore la chaleur de ses mains sur les siennes, l’odeur de sa peau, l’écho de son rire, et tout cela le laissait complètement dérouté.Ralph et Ash s’échangèrent un regard complice, puis Ash brisa le silence en s’asseyant sur l’accoudoir du canapé.— Eh bien… dit-il avec un sourire taquin, ça fait longtemps qu’on ne t’avait pas vu comme ça.Eden leva les yeux, un peu irrité, mais sans répondre. Il laissait ses pensées flotter, comme s’il se trouvait sur un petit nuage. Chaque moment avec Maelys avait réveillé quelque chose en lui, quelque chose de doux, de fragile, et pourtant inexplicablement puissant. Il ne savait pas exactement ce que c’était, mais il savait qu’il voulait la connaître encore plus, découvrir tout ce qui fait d’elle ce qu’elle est. Elle était brillante, incroyablement i
Eden se réveilla avec un mal de tête carabiné, le genre qui te fait regretter d’avoir trop bu… ou d’avoir trop pensé. Lentement, les souvenirs de la veille lui revinrent en fragments : le baiser, le délire, la façon dont Lys avait été là, attentive… Il se redressa, massant sa tempe.« Eden… t’as vraiment fait quoi… » murmura-t-il, la voix rauque et encore un peu ivre de fatigue. Il consulta sa montre : déjà 8 h passées. Trop tard pour le bureau. Trop tôt pour faire face au reste.Une sonnerie à la porte le fit sursauter. Avant qu’il n’ait le temps de se lever correctement, Ash et Ralph entrèrent sans attendre, les mains pleines de dossiers et un sourire malicieux collé aux lèvres.— Mec… t’es pas encore prêt ? lança Ash, un ton moitié exaspéré moitié taquin. On devait commencer à bosser y a un moment.Ralph leva les yeux, détaillant Eden de haut en bas : chemise froissée et déboutonnée, pantalon froissé, cheveux en bataille.— Eh ben… tu t’es réveillé dans un bar ou quoi ? ajouta Ralp
Le bureau était presque entièrement plongé dans le noir lorsque Maelys quitta enfin son propre espace de travail. Les couloirs étaient silencieux, vides depuis longtemps.Elle passa devant la porte du bureau d’Eden et remarqua encore de la lumière sous celle-ci.Elle fronça légèrement les sourcils.— Sérieusement…Elle frappa doucement.Aucune réponse.Elle poussa la porte.Eden était là, debout près de la grande baie vitrée, un verre à la main. Une bouteille ouverte reposait sur son bureau. Sa chemise était complètement déboutonnée, les manches retroussées de façon désordonnée, et sa cravate pendait encore autour de son cou comme s’il avait abandonné l’idée de l’enlever.Il se retourna lentement.— Lys… ? dit-il avec un léger retard.Sa voix avait quelque chose d’étrangement doux… presque enfantin.Elle soupira en voyant l’état dans lequel il était.— Eden… tu as bu ?Il leva vaguement son verre.— Peut-être un peu.— Un peu ? répéta-t-elle en croisant les bras.Il esquissa un sourir
Quelques mois s’étaient écoulés depuis la crise de Maelys et la révélation sur son passé. Eden avait fait des efforts pour essayer de s’ouvrir, pour briser la glace entre eux et lui dire, petit à petit, qu’il la reconnaissait. Mais plus il essayait, plus il avait l’impression que Maelys s’éloignait
Les couloirs de l’hôpital étaient calmes cet après-midi-là. Eden avançait lentement, ses pas hésitants devant la porte de la chambre où Lys avait été soignée. Son cœur battait plus vite que nécessaire, et il se sentait presque ridicule à rester là à observer la porte, immobile.Il inspira profondém
La nuit était presque terminée lorsque les premières lueurs du matin commencèrent à filtrer à travers les stores de la chambre d’hôpital.Eden n’avait pas dormi.Il était resté assis sur la chaise à côté du lit, les bras croisés, le regard posé sur Maëlys. Sa respiration était désormais plus réguli
Eden resta immobile quelques instants de plus, incapable de détacher son regard de la porte derrière laquelle Maëlys était prise en charge. Chaque pas des infirmiers, chaque bourdonnement des machines semblait amplifier son anxiété. Il respirait rapidement, la mâchoire serrée, alors que des souveni







