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Le nom

Autor: Dreykal
last update Última actualización: 2026-02-10 22:21:00

Le bureau retrouva son silence après le départ de la jeune femme.

Eden resta immobile quelques secondes, les mains posées sur le rebord de son bureau. Il fixait la porte fermée, comme si elle allait s’ouvrir à nouveau. Ridicule. Il se redressa, inspira profondément et tira légèrement sur la manche de sa veste. Reprendre le contrôle. Toujours.

— Lys… murmura-t-il, presque sans s’en rendre compte.

Le son de ce prénom lui resta coincé dans la poitrine. Il fronça les sourcils, agacé par cette sensation étrange. Ce n’était qu’un nom. Un prénom banal. Et pourtant… quelque chose résistait. Une impression de déjà-vu. Un écho lointain.

Il s’assit et alluma son ordinateur, tenta de se replonger dans ses dossiers. Les chiffres défilaient, les mots aussi, mais aucun ne s’imprimait vraiment dans son esprit. Son regard revenait sans cesse vers la porte.

On frappa.

— Entrez.

Lys passa timidement la tête, puis entra complètement, un dossier contre elle.

— Monsieur O’Brien… on m’a demandé de vous remettre ça. Les contrats que vous vouliez revoir aujourd’hui.

Il hocha la tête sans la regarder.

— Posez-les là.

Elle s’exécuta, puis resta debout, hésitante. Elle aurait dû partir. Elle le savait. Mais quelque chose la retenait. Peut-être la colère. Peut-être la curiosité. Peut-être ce besoin absurde de comprendre comment il pouvait être devenu… ça.

— Autre chose ? demanda-t-il finalement, froidement.

— Non, monsieur.

Elle se tourna pour sortir.

— Lys.

Elle s’arrêta net.

Son prénom, dans sa bouche, lui fit l’effet d’un coup. Lentement, elle se retourna.

— Oui ?

Il leva enfin les yeux vers elle. Son regard s’attarda une seconde de trop. Il l’analysa comme un problème mal résolu. Une posture trop droite. Une retenue trop maîtrisée. Et cette façon de le regarder… pas comme les autres.

— Assurez-vous d’être disponible après la réunion de seize heures, dit-il. J’aurai besoin de vous.

Professionnel. Neutre. Mais sa voix était plus basse qu’avant.

— Bien sûr, répondit-elle.

Elle sortit cette fois sans se retourner.

Quand la porte se referma, Eden inspira lentement. Son cœur battait plus vite. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas être troublé par une inconnue. Encore moins par une employée.

Il attrapa son téléphone et envoya un message sec.

Eden : Ralph. Renseigne-toi sur une certaine Lys James. Je veux un dossier complet. Il posa le téléphone, serra les mâchoires.

De l’autre côté du couloir, Maëlys s’adossa au mur dès que la porte se referma derrière elle. Elle ferma les yeux une seconde. Il avait prononcé son prénom, pas son vrai nom. Mais assez pour réveiller quelque chose. Sa voix était différente. Plus dure. Plus vide. Rien à voir avec celle qu’elle connaissait. Et pourtant… c’était bien lui.

— Calme-toi, se murmura-t-elle. Tu es là pour travailler. Rien de plus.

Mais au fond d’elle, une certitude s’installait lentement, dangereusement.

Ce poste n’allait pas être simple.

Et Eden O’Brien n’avait clairement pas oublié autant qu’il le croyait.

Maëlys avait toujours trouvé Eden impressionnant, pas beau au sens classique. Pas charmant. Impressionnant.

Il y avait chez lui cette manière d’occuper l’espace sans jamais en faire trop. Une présence froide, maîtrisée, presque intimidante. Au lycée déjà, il parlait peu, observait beaucoup. Et quand il regardait quelqu’un, on avait l’impression d’être passé au scanner.

Aujourd’hui, il était devenu exactement ce qu’elle avait imaginé.

Un homme de pouvoir. Un homme qui ne demandait pas l’autorisation.

Le bureau était en ébullition depuis le début de l’après-midi. À seize heures, une réunion stratégique importante était prévue. Tout le monde le savait. Tout le monde se préparait.

Maëlys entra dans l’open space, sac sur l’épaule, démarche calme. Elle salua rapidement ses collègues et s’installa à son poste. Elle avait déjà les chiffres. Elle les avait vérifiés deux fois. Quelque chose clochait. Elle corrigea sans demander

À seize heures précises, la salle de réunion se remplit. Des voix basses, des ordinateurs ouverts, des regards tendus. Une routine bien huilée.

Elle prit place au fond, carnet sur les genoux, dos droit. Elle connaissait ce rôle. Observer. Noter. Se faire oublier.

Puis Eden entra.

La pièce se tut sans qu’il ait besoin de parler. Costume impeccable, démarche assurée, regard fermé. Il ne salua personne. Il n’en avait pas besoin.

Maëlys sentit son estomac se nouer.

Il ne l’avait pas regardée. Pas encore.

— On commence, dit-il en s’asseyant en bout de table.

La réunion démarra. Projections, chiffres, stratégies. Eden parlait peu mais quand il le faisait, tout le monde écoutait. Sa voix était tranchante, précise. Aucun mot inutile. Aucun espace pour l’erreur.

Maëlys prenait des notes rapidement. Trop rapidement peut-être. Elle savait ce qu’il attendait. Elle se souvenait de lui. De sa façon d’exiger la perfection. À l’époque déjà.

— Les prévisions du troisième trimestre ne tiennent pas, lança Eden en coupant un cadre. Vous vous basez sur des données obsolètes.

Un malaise parcourut la table.

— Pourtant, elles ont été validées la semaine dernière, répondit l’homme, sur la défensive.

Eden ne répondit pas tout de suite. Il tourna lentement la tête. Son regard s’arrêta enfin sur Maëlys.

— Lys.

Son cœur fit un bond.

— Vous avez les chiffres actualisés ?

Toutes les têtes se tournèrent vers elle.

Super. Spotlight.

— Oui, répondit-elle calmement. Ils ont été mis à jour ce matin, suite au rapport du service financier.

Elle se leva, s’approcha de l’écran et brancha son ordinateur. Ses mains étaient stables. Son esprit, un peu moins.

Les chiffres apparurent. Plus précis. Plus réalistes.

Un silence.

— Comme vous pouvez le voir, poursuivit-elle, les projections précédentes surestimaient la croissance de 4 %. Ce qui rendait la stratégie intenable sur le long terme.

Elle se rassit.

Eden fixa l’écran, puis les cadres autour de la table.

— Voilà pourquoi on vérifie. Toujours.

Son regard revint sur elle, plus appuyé cette fois.

— Bien.

Un simple mot. Mais Maëlys sentit quelque chose se fissurer en elle. Ce n’était pas de la fierté. C’était plus dangereux que ça.

La réunion continua encore vingt minutes. Puis Eden se leva.

— C’est tout. Lys, restez.

Les autres quittèrent la salle rapidement. Trop rapidement. Personne n’avait envie d’assister à ça.

La porte se referma.

Silence.

Maëlys resta debout, face à la table. Eden rangeait ses papiers avec une lenteur calculée. Il ne la regardait pas. Ça l’agaçait plus qu’elle ne voulait l’admettre.

— Vous avez pris des initiatives sans validation, dit-il enfin.

— Les chiffres étaient faux.

— Ce n’était pas à vous de décider.

Elle releva la tête.

— Mon travail, c’est d’éviter que l’entreprise prenne de mauvaises décisions.

Il s’arrêta net.

— Votre travail, c’est d’exécuter, pas de corriger vos supérieurs.

Il la fixa enfin. De près. Trop près.

— Vous dépassez votre rôle.

Maëlys sentit la colère monter. Lentement. Froidement.

— Non, monsieur O’Brien. Je fais exactement ce pour quoi vous m’avez demandée d’être là.

Il serra les mâchoires.

— Vous êtes bien sûre de savoir pourquoi vous êtes ici ?

La question était lourde. Trop lourde.

— Oui, répondit-elle sans hésiter. Pour travailler. Rien d’autre.

Un silence tendu s’installa. Eden la détailla longuement. Comme s’il cherchait une faille. Un souvenir. Quelque chose.

— Faites attention, Lys, dit-il enfin. Les gens qui pensent trop bien faire finissent souvent par faire des erreurs.

Elle soutint son regard.

— Et ceux qui refusent de voir la vérité aussi.

Clash.

Net. Propre. Sans cris. Mais violent.

Eden inspira profondément.

— Vous pouvez disposer.

Elle ne bougea pas tout de suite. Puis elle hocha la tête et se dirigea vers la porte.

Juste avant de sortir, elle s’arrêta.

— Au fait… ajouta-t-elle sans se retourner. Les chiffres que j’ai corrigés vous ont évité un très mauvais trimestre.

Elle sortit.

Eden resta seul. Immobile. Le cœur battant trop vite pour quelqu’un qui détestait perdre le contrôle.

— Maëlys… murmura-t-il.

Cette fois, il avait prononcé son vrai prénom.

Et il comprit que cette fille n’allait pas être un simple problème professionnel.

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