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Ombre du passé
Ombre du passé
Autor: Dreykal

Le cauchemar

Autor: Dreykal
last update Última actualización: 2026-02-10 17:41:02

Maëlys n’avait jamais prévu de tomber amoureuse d’Eden.

Il était trop visible, trop entouré, trop à l’aise. Le genre de garçon qu’on remarque sans le vouloir. Il entrait dans une pièce comme si elle avait été construite pour lui. Il parlait, on l’écoutait. Il riait, on riait avec lui. Elle, elle avait appris à se faire petite. À observer. À se méfier. Elle voyait Eden comme un cliché vivant. Le genre de garçon brillant, populaire, promis à un avenir déjà écrit.

Ils s’étaient rapprochés presque malgré eux, à force de travailler ensemble pour les concours. Des heures dans les salles vides après les cours, des feuilles couvertes d’équations, des silences qui n’étaient plus gênants.

— Tu réfléchis trop, dit Eden un soir en la regardant fixer son cahier.

— Et toi pas assez, répondit-elle sans lever les yeux.

Il sourit.

— C’est pour ça qu’on gagne ensemble.

Elle leva enfin la tête.

— Tu ne doutes jamais ?

Il haussa les épaules.

— Tout le temps. Je fais juste semblant.

C’est là qu’elle comprit.

Il n’était pas celui qu’elle croyait.

Les jours suivants, les échanges devinrent plus doux. Des sourires retenus. Des regards qui restaient un peu trop longtemps. Un “tu vas bien ?” murmuré avec une attention nouvelle.

Un soir, alors qu’ils rangeaient leurs affaires, Eden hésita, puis dit :

— Est-ce que… ça te dirait qu’on se voie. Juste nous deux. Pour parler.

Maëlys sentit son cœur se serrer.

— Parler de quoi ?

— De nous. Enfin… de ce que ça pourrait être.

Elle hocha la tête.

— D’accord.

Ce soir-là, elle se prépara longtemps. Trop longtemps. Elle se trouva ridicule, changea trois fois de tenue, puis s’arrêta devant le miroir.

— Calme-toi, murmura-t-elle. Ce n’est qu’un rendez-vous.

Eden, pendant ce temps, riait dans sa voiture.

— Hé Eden, dit Dan en tapotant l’épaule de son ami. On a besoin de toi pour un petit service. Cinq minutes, promis.

— Ouais, ajouta Ralph, juste un détour rapide.

— Je peux vous déposer après, répondit Eden, j’ai un truc important ce soir.

— Pas de souci, dit Ash, ça vaut le coup.

Ils roulèrent quelques minutes, parlant, riant, insouciants. Tout allait trop vite. Tout allait trop bien… jusqu’au bruit.

Deux coups secs, imprévisibles. Eden frissonna. Une silhouette surgit. Leur ami, Dan, le corps couvert de sang, le couteau planté dans son ventre. Sa voix tremblait, brisée par la douleur :

— Aidez-moi… s’il vous plaît…

Eden sortit immédiatement de la voiture.

— Dan ! Reste avec moi ! Ça va aller !

Ses mains tremblaient. Il toucha la plaie, la lame, le corps.

— Appelez les secours ! cria-t-il.

Ralph et Ash restèrent figés, immobiles, figés dans la peur.

Dan recula, haletant. Un pas de trop.

— Non, attends…

La chute.

Le bruit sourd contre la pierre. Le silence brutal.

Eden resta immobile une seconde, incapable de comprendre. Puis il hurla.

Les sirènes. Les flashs. Les questions.

Ses mains couvertes de sang.

Son nom répété partout.

La maison familiale n’avait jamais semblé aussi froide.

— Dis la vérité, Eden ! cria son père.

— Je te jure que je n’ai rien fait ! Je voulais l’aider !

Sa mère respirait mal, une main sur sa poitrine.

— Arrêtez… arrêtez de crier…

— Tout le monde parle de toi, continua son père. L’entreprise est en train de couler à cause de toi !

— Papa, je…

Le coup partit sans prévenir. Sec. Violent. Eden chancela.

— Tais-toi !

Sa mère cria son nom.

— Ça suffit !

Elle s’effondra.

Le silence fut plus terrible que les cris.

Les médecins arrivèrent trop tard.

Plus tard, beaucoup plus tard, son père se tourna vers lui. Le visage déformé par la colère et le chagrin.

— Si tu n’avais pas été là ce soir-là…

Il marqua une pause.

— Elle serait encore en vie. Tout est de ta faute.

Les coups reprirent. Les mots aussi.

Chaque phrase enfonçait un peu plus Eden dans le sol.

Il ne pleura pas.

Eden se réveilla brusquement.

Sa respiration était saccadée. Son cœur battait à s’en faire mal.

La chambre était plongée dans le noir.

Encore.

La même nuit. Les mêmes scènes. Dans le même ordre. Ou presque.

Le rire de Dan, Ralph et Ash.

Le couteau.

La chute.

La voix de son père.

Le corps de sa mère.

Toujours.

Il passa une main sur son visage. Dans ses souvenirs, tout était flou, sauf une chose.

Une silhouette mince.

Une voix douce qui prononçait son prénom.

Il ne voyait jamais son visage.

Seulement une ombre.

Et le cauchemar recommençait, nuit après nuit.

Il scruta la pièce et réalisa qu’il était dans sa chambre, allongé sur son gros lit à baldaquin. Sur la table de chevet, il prit son téléphone et vit qu’il n’était qu’une heure du matin. Il décida de se lever et resta longtemps à fixer la baie vitrée, d’où on voyait les lumières de la ville.

Pourquoi fais-je toujours ce cauchemar ? se demanda-t-il. Dix ans s’étaient écoulés, et pourtant, jour pour jour, le rêve revenait. Pas seulement le cauchemar… mais aussi cette ombre récurrente. Qui était-elle ? Une amie ? Une cousine ? Tant de questions traversaient son esprit, et il les balaya d’un coup de tête.

Il descendit pour faire un peu de sport, histoire de se vider la tête. Les heures passèrent, et le matin arriva. Après sa douche, il passa un appel :

— Allô ?

— Non mais sérieux là ? T’appelles maintenant ? T’as rien d’autre à faire ou quoi ?

— Tais-toi, Ralph. Je voulais savoir si tu avais avancé sur notre affaire.

— Mais on est dimanche…

— Et ? L’un n’empêche pas l’autre.

— Ah… soupira Ralph, t’es irrécupérable.

— Alors ?

— Oui, je te ferai un rapport dès lundi.

— D’accord.

Il raccrocha et se concentra sur sa journée.

— Maman ! s’écria Maëlys. Je sors, je vais faire les courses… et en profiter pour faire du shopping. J’ai été prise pour le job !

— Oh c’est vrai ? C’est super, alors vas-y !

Le lundi arriva vite. Maëlys se tenait devant le grand immeuble du groupe O’Brien. Vingt étages, gigantesque, pensa-t-elle en fixant le bâtiment. Quelques minutes plus tard, elle prit l’ascenseur et atteignit le 30e étage, où l’on lui avait indiqué le bureau du PDG. Elle était un peu stressée : ce bureau était réservé au PDG lui-même, un homme strict et exigeant.

Allez, Maëlys, tu peux le faire. Ce n’est pas une première, et puis il ne peut quand même pas être si terrifiant que ça… se dit-elle.

Elle frappa et entra. Le bureau était immense et décoré sobrement. Les rideaux étaient tirés, laissant la pièce dans l’ombre. Devant elle, une silhouette massive d’homme se tenait dos à elle. Elle voyait seulement la carrure parfaite, et il semblait fixer le vide.

— Monsieur ! finit-elle par dire, hésitante.

Il se retourna. Pour un instant, elle crut halluciner. Était-ce vraiment lui ? Elle faillit prononcer un prénom… mais une voix dominante la stoppa :

— Vous êtes ? demanda-t-il.

— Euh… je… commença-t-elle, balbutiante.

— Vous avez un problème ?

Elle ne réussit pas à aligner un mot de plus. Était-ce vraiment lui ou son cerveau lui jouait-il des tours ?

— Je… secrétaire, sortit-elle finalement.

— Si vous n’êtes pas capable d’aligner deux mots, je vous prierai de sortir de mon bureau, dit froidement Eden.

— Non, désolée… en fait je suis la nouvelle secrétaire, dit-elle, stressée.

— Fallait le dire. Je vous attendais.

— Oui, je suis là.

— Pile à l’heure, c’est bien. Pouvez-vous tirer les rideaux, s’il vous plaît ?

— Bien sûr, monsieur.

— Je suis Monsieur O’Brien. Et vous ?

— Euh… Maël…

— Vous êtes bègue ?

— Non, je suis désolée, monsieur O’Brien. Je stresse un peu, c’est tout.

— Bref, quel est votre nom ?

Elle réalisa qu’elle avait devant elle Eden O’Brien, celui qui lui avait posé un lapin dix ans plus tôt et disparu de la surface de la Terre. Cet abruti qui l’avait laissée tomber sans un appel, et maintenant, il lui demandait son identité comme si elle lui était inconnue.

— Tu te fous de moi ? murmura-t-elle.

— Pardon ?

— À quoi tu joues là ?

Eden la fixa, fronçant les sourcils. Pour qui se prenait cette fille ? Elle venait pour le poste, il l’avait dit lui-même. Mais son ton… non, il n’aimait pas ça. Dès le premier jour, elle l’exaspérait, mais ce n’était pas le moment de la virer. Elle finirait par partir d’elle-même.

— Très bien, dit Eden pour rompre le silence. Je crois qu’il faut clarifier certaines choses : d’abord, je suis votre patron, vous exécutez mes ordres. Ensuite, nous ne sommes ni amis ni connus, alors votre manière de me parler n’est pas acceptable. Enfin, je ne vous ai pas permis de me tutoyer.

Ses mots glacèrent la pièce. Eden fixait Maëlys de son regard noir. Elle, perdue, comprit qu’il ne plaisantait pas. Son visage… ce n’était plus le Eden qu’elle avait connu.

— Pardon, monsieur, je ne voulais pas dire ça, s’excusa-t-elle. Je m’appelle Lys… Lys James.

Elle ne donna pas son nom complet, prudente. Il ne la reconnaissait probablement pas après dix ans. Quand elle leva les yeux pour voir son expression, elle frissonna. Ce type n’était pas le Eden dont elle était tombée amoureuse.

— Lys… murmura-t-il après son départ.

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  • Ombre du passé    Chambre 814

    Le vol venait de décoller, les nuages s’étiraient à perte de vue sous le hublot. Eden était assis côté couloir, son regard fixé sur la tablette devant lui, les dossiers numériques ouverts, les chiffres et graphiques défilant comme une mer de lettres et de nombres. À côté de lui, Maëlys tenait son carnet, prête à noter tout ce qu’il lui demanderait.Ils ne s’étaient pas encore adressé la parole dans l’avion. Eden n’arrêtait pas de tapoter sur son écran et Maëlys s’ennuyait. Elle n’avait pas imaginé son voyage comme ça. Elle ne savait même pas où ils allaient.— Ah… soupira-t-elle.— Il y a un problème ? demanda-t-il sans quitter l’écran.— Non monsieur.— Bien.Elle le fixa un long moment et des souvenirs du lycée lui traversèrent l’esprit. Avant, c’était elle qui était froide avec lui. Elle travaillait beaucoup et lui était vif, toujours jovial. Il lui répétait qu’il ne fallait pas trop travailler sans se reposer. Et aujourd’hui, c’était lui qui travaillait sans fermer l’œil.Un chang

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    Après ce qui était comme une confrontation, quelques heures étaient passées et il était déjà 20h passées. Eden était encore dans son bureau et Maëlys aussi, ils étaient seuls sur le même palier. La température glaciale y régnait toujours.Maëlys n’arrêtait pas de travailler, courant d’un étage à l’autre pour tel ou tel dossier. Fatiguée, elle finit par s’adosser à son bureau et vit qu’il était déjà plus de 20h.Pendant combien de temps sommes-nous censés travailler ? se demanda-t-elle. Puis elle regarda vers le bureau de son patron. Il travaillait encore, immobile. Elle le scruta un long moment et conclut qu’il avait totalement changé : plus grand, plus rauque, introverti… plus aucun sourire, aucune émotion visible.Elle rassembla ses affaires et se leva pour l’informer qu’elle s’en allait. Lorsqu’elle entra après avoir demandé son autorisation, il était encore devant son ordinateur, ne levant même pas les yeux pour la regarder.— C’est pour quoi ? demanda-t-il d’un ton froid.— Monsi

  • Ombre du passé    Le nom

    Le bureau retrouva son silence après le départ de la jeune femme.Eden resta immobile quelques secondes, les mains posées sur le rebord de son bureau. Il fixait la porte fermée, comme si elle allait s’ouvrir à nouveau. Ridicule. Il se redressa, inspira profondément et tira légèrement sur la manche de sa veste. Reprendre le contrôle. Toujours.— Lys… murmura-t-il, presque sans s’en rendre compte.Le son de ce prénom lui resta coincé dans la poitrine. Il fronça les sourcils, agacé par cette sensation étrange. Ce n’était qu’un nom. Un prénom banal. Et pourtant… quelque chose résistait. Une impression de déjà-vu. Un écho lointain.Il s’assit et alluma son ordinateur, tenta de se replonger dans ses dossiers. Les chiffres défilaient, les mots aussi, mais aucun ne s’imprimait vraiment dans son esprit. Son regard revenait sans cesse vers la porte.On frappa.— Entrez.Lys passa timidement la tête, puis entra complètement, un dossier contre elle.— Monsieur O’Brien… on m’a demandé de vous reme

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