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Trop parfait pour être humain

Autor: Dreykal
last update Última actualización: 2026-02-11 00:44:49

Après ce qui était comme une confrontation, quelques heures étaient passées et il était déjà 20h passées. Eden était encore dans son bureau et Maëlys aussi, ils étaient seuls sur le même palier. La température glaciale y régnait toujours.

Maëlys n’arrêtait pas de travailler, courant d’un étage à l’autre pour tel ou tel dossier. Fatiguée, elle finit par s’adosser à son bureau et vit qu’il était déjà plus de 20h.

Pendant combien de temps sommes-nous censés travailler ? se demanda-t-elle. Puis elle regarda vers le bureau de son patron. Il travaillait encore, immobile. Elle le scruta un long moment et conclut qu’il avait totalement changé : plus grand, plus rauque, introverti… plus aucun sourire, aucune émotion visible.

Elle rassembla ses affaires et se leva pour l’informer qu’elle s’en allait. Lorsqu’elle entra après avoir demandé son autorisation, il était encore devant son ordinateur, ne levant même pas les yeux pour la regarder.

— C’est pour quoi ? demanda-t-il d’un ton froid.

— Monsieur, il est déjà plus de 20h et je voulais vous informer que je rentrais, répondit-elle hésitante.

— D’accord, ramenez-moi un café avant de partir.

— Noir et sans sucre, précisa-t-il.

— Monsieur, je suis désolée, mais la cafétéria n’en fait pas…

— Allez en chercher ailleurs.

— Mais elles sont toutes fermées à cette heure…

Son simple regard suffit à lui faire comprendre qu’il ne plaisantait pas.

Maëlys partit à la recherche du café, furieuse et frustrée. Une heure plus tard, elle entra de nouveau dans son bureau, frappant plusieurs fois à la porte sans réponse. Elle le trouva adossé à son fauteuil, la tête en arrière.

— Voici votre café, monsieur, noir comme vous l’aimez, dit-elle en déposant le gobelet.

Il ne répondit pas immédiatement. Puis, elle remarqua qu’il avait les yeux à moitié fermés, la respiration saccadée et la sueur sur son front. Était-ce un cauchemar ? Quand il ouvrit enfin les yeux, il la fixa comme pour la scanner. Il ne la reconnaissait pas.

— Je suis venue déposer votre café, dit-elle pour briser le silence.

— Ah… oui, c’est vrai. Merci.

— Vous pouvez partir.

— Bonne soirée, monsieur.

Elle se hâta de rentrer. Sa première journée avait été longue, et elle avait besoin de repos.

Dans un restaurant, Eden retrouvait Ralph et Ash pour parler affaires.

— T’as toujours rien trouvé ? demanda Eden, ça fait déjà un mois.

— Je sais pas trop… Il n’y a rien sur elle, comme si elle n’existait pas, répondit Ralph, troublé.

— Comment ça elle n’existe pas ? s’étonna Ash.

— Je sais pas… je n’ai jamais eu de cas pareil. Pas même une trace de sa “race”, ajouta Ralph.

— D’accord, lâcha sèchement Eden.

— C’est tout ? Tu ne veux pas que je creuse encore plus ? demanda Ralph.

— Si tu ne trouves rien, c’est qu’il n’y a rien.

— Pourquoi voulais-tu enquêter sur elle au fait ? demanda Ash.

— Ça ne regarde que moi, répondit Eden en fixant sa tasse.

Il se leva, prenant sa veste.

— Je vous laisse, j’ai des choses à faire.

— Déjà ? dit Ash.

— Comme d’habitude, Eden est un homme d’affaires maintenant, compléta Ralph.

— Vous ne devriez pas traîner non plus, lança Eden en partant.

Le lendemain, Eden monta directement à son étage. Maëlys était déjà là, absorbée par les dossiers.

— Lys ! appela-t-il.

— Oui, monsieur ?

— La réunion avec les actionnaires est à 12h. Préparez tous les documents et soyez là 10 minutes avant pour tout organiser.

— Oui, monsieur.

La réunion se déroula sans accroc. Eden exposa les nouveaux contrats avec précision, donnant l’impression de maîtrise totale. Les actionnaires approuvèrent rapidement, mais certains remarquèrent sa fatigue et son expression distante. Eden, comme toujours, ne laissa rien paraître. Il conclut la réunion, rassemblant les documents, son visage impassible mais ses pensées absorbées par ses propres démons.

La nuit tombait sur la ville, mais Eden n’en avait cure. Dans son appartement luxueux, il s’assit à son bureau, seul, le regard perdu dans le vide à travers la baie vitrée. Les lumières scintillaient comme autant de souvenirs qu’il préférait oublier.

Depuis dix ans, chaque nuit était un combat. Les cauchemars revenaient, fidèles et cruels. Il revivait encore et encore cette soirée avec Dan, Ralph et Ash, la chute, le couteau, le sang, les cris de sa mère. La scène se jouait dans sa tête comme un film dont il était prisonnier.

Il ferma les yeux et tenta de respirer, mais c’était inutile. Le visage de Maëlys revenait dans son esprit, mais flou, réduit à une ombre. Il voyait son petit corps, entendait sa voix enfantine, mais aucun détail ne lui revenait. Le souvenir de son sourire, de ses yeux, de ses cheveux… tout était noir, comme si quelqu’un avait effacé chaque trait de son visage.

— Encore toi… murmura-t-il dans le vide.

Il se leva et fit quelques pas dans l’appartement, incapable de rester immobile. Le café de l’après-midi ne suffisait plus, ni les nuits blanches qu’il s’infligeait. Il en était arrivé à se punir avec le travail, pensant que la fatigue, la discipline et la concentration pourraient chasser les ombres.

Mais rien ne fonctionnait.

Maëlys, de son côté, rentrait chez elle après une longue journée. Elle ne savait pas encore que l’homme qu’elle avait croisé au bureau n’était pas simplement son patron exigeant… mais l’ancien Eden, celui qu’elle avait connu et qui l’avait laissée tomber dix ans plus tôt. Elle pensait qu’il était froid et distant, mais elle ne pouvait deviner la profondeur de sa douleur ni la vérité des cauchemars qui le hantaient chaque nuit.

Dans le silence de la nuit, Eden s’assit de nouveau à son bureau. Ses mains tremblaient légèrement, ses yeux rouges témoignaient de la fatigue accumulée et des heures passées à combattre ses démons intérieurs.

Encore une nuit… pensa-t-il. Encore ce cauchemar…

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