Home / Paranormal / PATINER SUR UNE GLACE / Chapitre 6 : Le Levier

Share

Chapitre 6 : Le Levier

Author: Ammy gold
last update publish date: 2026-07-09 18:43:53

Mon poing frappa la porte du casier avant que je puisse m’en empêcher. Le bruit sourd résonna dans le couloir vide comme un coup de feu, rebondissant sur les murs en béton et les bancs métalliques. Mes jointures me brûlèrent aussitôt, mais je sentis à peine la douleur. La colère rugissait trop fort dans ma tête.

« Tu crois que c’est un jeu ? » lançai-je en me retournant brusquement vers Roland, si vite que mes patins glissèrent presque sur le tapis en caoutchouc. Je me rattrapai au banc le plus proche, mais mon équilibre était complètement faussé. Tout était faussé.

Le sourire de Roland resta parfaitement stable. Planté là en simple short de compression, les bras croisés sur ce torse ridicule, il avait l’air d’avoir attendu ce moment toute la journée. Comme s’il l’avait planifié. Comme s’il prenait un plaisir fou à me voir m’effondrer.

« Ça a cessé d’être un jeu à la seconde où tu as enfilé le maillot de ton frère, petit oméga. » Sa voix était calme, presque ennuyée. « Maintenant, il s’agit de levier. »

Mon sang se glaça. Le mot me frappa comme de l’eau glacée en plein cœur. « Qu’est-ce que tu viens de dire ? »

Roland se pencha plus près, sa voix douce mais menaçante, provoquant un frisson le long de ma colonne que je détestais ressentir. « Un seul mot de ma part à la ligue, et je peux tout détruire. Ta fausse identité. L’usurpation d’un joueur drafté. Tes chances avec l’équipe. Tout. Ton pack pourrait être fini. Les sponsors retirés. L’héritage de ton père sali. Tout ça parce que tu n’as pas pu laisser Lucien partir. »

Les mots me frappèrent violemment, chacun comme un coup de poing dans le ventre. Ma vision se brouilla sur les bords tandis que je réalisais tout ce que j’avais sacrifié. Des mensonges empilés sur d’autres mensonges. Des nuits sans sommeil à prétendre être le fils parfait. Le poids d’une famille qui ne voulait pas de moi jusqu’à ce que je devienne utile. Tout ça qui s’effondrait en un instant à cause de cet homme arrogant qui se tenait devant moi comme s’il avait déjà gagné.

« Tu ne le ferais pas », murmurai-je. Ma voix se brisa sur le dernier mot.

Les yeux de Roland brillèrent d’un sourire sombre et triomphant. « Essaie donc », répondit-il doucement mais fermement. « Je te possède maintenant, Jeffery. Chaque respiration nerveuse. Chaque frisson que tu ressens quand je te plaque contre les balustrades. Chaque fois que ton cœur s’emballe parce que je suis trop près. Je possède tout ça. »

Quelque chose en moi se brisa.

Je ne réfléchis pas. Je bougeai, tout simplement. Je poussai Roland de toutes mes forces avec les deux mains, heurtant ce mur de muscles solide sous sa peau. Il recula en trébuchant, une vraie surprise traversant son visage pour la première fois depuis que je l’avais rencontré. Il parvint à se stabiliser contre le mur, sa main claquant contre le béton, mais le moment était déjà perdu.

Un flash d’appareil photo jaillit depuis le coin.

Marcus. Un des fidèles de Roland, un type maigre au téléphone rapide et au cerveau lent. Il restait là, la mâchoire pendante, téléphone levé, le petit voyant rouge d’enregistrement clignotant encore.

« Merde », marmonna Marcus en reculant déjà comme s’il voulait disparaître.

« Efface ça ! » criai-je en me jetant en avant, le bras tendu. Mes doigts faillirent attraper sa manche.

Mais Roland fut plus rapide. Il saisit mon bras et me tira contre son torse, assez fort pour que l’air quitte mes poumons.

« Laisse tourner », dit Roland d’une voix douce, avec une pointe évidente d’amusement. Son souffle était chaud contre mon oreille. « Le monde est sur le point de découvrir qui tu es vraiment. »

***

Le soir même, la vidéo était partout.

« LE CAPITAINE DE L’ÉQUIPE AGRESSÉ PAR SON COÉQUIPIER DANS UNE EXPLOSION AU VESTIAIRE » hurlait le titre sur tous les forums de hockey, flux T*****r et stories I*******m que je faisais défiler. La vidéo avait capturé ma poussée furieuse dans une qualité saisissante. L’expression surprise de Roland. La colère intense qui crépitait entre nous comme un câble sous tension.

Les commentaires déferlaient, chacun plus vicieux que le précédent. On me traitait d’instable. De dangereux. De boulet. Certains se demandaient si Lucien avait toujours été aussi agressif. D’autres défendaient Roland, le présentant comme un capitaine patient face à un coéquipier brisé.

Mon téléphone vibra à deux heures du matin. Le nom de Dominic s’afficha à l’écran. J’hésitai, le pouce suspendu au-dessus du bouton. Puis je décrochai d’une main tremblante.

Sa voix était tranchante, remplie d’une colère pure. Pas de bonjour. Pas de salutation. Juste des mots amers conçus pour blesser.

« Espèce de sale égoïste. Tu as poussé le capitaine devant une caméra ? Tu es en train de ruiner la réputation de Lucien ? Notre réputation ? Parce que tu es trop faible pour supporter la pression ? »

J’essayai d’expliquer, de lui dire ce que Roland avait dit, ce qu’il avait fait. Mais Dominic me coupa avant que je puisse placer trois mots.

« Garde ça pour toi. J’ai vu la vidéo. Tout le monde l’a vue. Les sponsors appellent déjà pour savoir si tu es instable. Tu étais censé être le parfait. Intouchable. Au lieu de ça, tu te comportes comme un oméga émotif qui ne sait pas se contrôler. »

Le mot « oméga » claqua comme une gifle. Dominic ne connaissait pas toute l’histoire. Il ne savait pas ce que Roland m’avait murmuré à l’oreille ni comment mon corps avait réagi. Mais l’insulte faisait quand même mal. Plus profondément que je ne voulais l’admettre.

« J’essayais de nous protéger », dis-je, la voix à peine plus forte qu’un murmure.

« Faire de nous un cirque dysfonctionnel, ce n’est pas nous protéger. Répare ça, ou je dirai au pack comment tes actions sont en train de tout détruire, tout ce pour quoi Lucien s’est battu. »

Il raccrocha sans attendre de réponse. La ligne devint muette. Le silence qui suivit fut plus assourdissant que ses cris.

Je restai assis au bord de mon lit dans le noir, serrant mon téléphone si fort que mes jointures blanchirent. La douleur de tout à l’heure, les caresses taquines de Roland et ce baiser brutal dans le couloir s’étaient depuis longtemps transformées en une nausée sourde qui pesait lourd dans mon estomac.

***

Le lendemain matin, la convocation arriva.

Bureau de l’entraîneur. 9 heures pile. J’arrivai le premier, les épaules tendues, portant la honte de la veille comme un manteau physique que je n’arrivais pas à enlever. Roland entra deux minutes plus tard, aussi calme qu’à son habitude, avec ce sourire provocant, comme s’il avait déjà déclaré victoire avant même que la bataille commence.

La pièce semblait trop étroite. L’entraîneur était assis derrière son bureau, flanqué de deux sponsors à l’air sérieux en costumes impeccables et aux visages taillés dans la pierre. L’atmosphère était lourde de déception, avec un léger courant sous-jacent d’autorité alpha qui renforçait la tension. J’avais du mal à respirer.

« Expliquez-vous », dit l’entraîneur simplement, sans aucune formalité. Son regard passait de l’un à l’autre comme un pendule.

Roland s’appuya contre le mur avec une confiance décontractée. « Juste une petite dispute qui a dégénéré. Des histoires de vestiaire. Vous savez comment c’est. »

« Cette vidéo nous fait passer pour une équipe faible », l’interrompit un sponsor en jetant une capture d’écran imprimée sur le bureau. « Les sponsors se retirent. Les fans remettent en question l’esprit d’équipe. On ne peut pas se permettre ce genre de drame. »

Ma bouche était sèche comme du papier de verre. Je sentais le regard de Roland fixé sur moi. Il observait. Il attendait. Il savourait mon malaise comme son plat préféré.

« C’était ma faute », dis-je soudain, les mots ayant un goût de cendre sur ma langue. « J’ai perdu mon sang-froid. Roland n’a rien fait de mal. »

Roland haussa un sourcil, une vraie surprise traversant son visage pendant une demi-seconde.

L’entraîneur se massa les tempes. « On a investi sur toi. L’équipe croit en toi. On ne peut pas tolérer ce comportement. Un incident de plus, et tu es sur le banc. Peut-être pire. »

L’avertissement était clair. Cristallin.

Pendant que la réunion continuait, parlant chiffres, image et gestion de crise, je sentis Roland se rapprocher derrière moi. Personne ne remarqua quand ses doigts effleurèrent légèrement l’arrière de ma nuque, comme un murmure dont je ne pouvais pas m’échapper.

« Tu vois ce qui arrive quand tu résistes ? » chuchota Roland si bas que j’étais le seul à entendre. « Maintenant tout le monde regarde. Et je ne leur ai même pas encore raconté le meilleur. Que chaque fois que je te touche, tu bandes pour moi. »

Ma respiration se bloqua. Mon visage s’enflamma malgré moi.

Le sponsor continuait de parler de réputation et de contrats. Mais je ne pouvais me concentrer que sur la présence de Roland derrière moi, comme une tempête prête à s’abattre sur ma tête.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 57 : Dans l’air froid

    Point de vue de JefferyLe bruit soudain du lourd banc de bois qui raclait le sol a résonné fort dans mes oreilles, mais je m’en fichais de savoir qui se retournait pour me regarder. Je ne pouvais plus rester assis une seconde de plus à regarder sa main enroulée autour de son bras comme ça. Mes jambes ont bougé avant même que mon cerveau n’ait le temps de comprendre ce que je faisais. J’ai tourné le dos à la glace, m’éloignant de la barrière de verre, le cœur cognant violemment contre mes côtes. Je n’ai pas regardé Roland. Je n’ai regardé ni Coach ni aucun des gars de l’équipe. Je ne pouvais pas risquer de voir son visage, et je ne supportais définitivement pas de revoir son sourire à elle. Tout ce que je savais, c’est que l’air froid de cette aréna glaciale était soudain devenu totalement toxique, m’étouffant de l’intérieur. Ma gorge était si serrée que j’arrivais à peine à avaler, et chaque instinct de mon corps me criait de fuir le plus loin possible.Mes bottes ont frappé les épai

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 56 : La fracture aux yeux verts

    Point de vue de JefferySa main reposait pile au centre de la poitrine de Roland, juste sur son maillot rouge, et mes yeux ne pouvaient regarder nulle part ailleurs. Ma vision s’était tellement rétrécie que tout le reste de l’immense aréna avait disparu. Les autres joueurs qui patinaient autour du centre de la glace, Coach qui soufflait dans son sifflet, l’air froid qui me frappait le visage, le claquement des palets contre les bandes… tout s’était complètement effacé. Il n’y avait plus que sa main sur sa poitrine, ses doigts légèrement recourbés contre le tissu sombre, et Roland qui la regardait d’en haut comme si ce n’était rien de spécial.Ma poitrine brûlait comme si quelqu’un avait allumé une allumette à l’intérieur de mes poumons. C’était un feu chaud et terrible entre mes côtes, qui rendait impossible de respirer normalement. Chaque fois qu’elle laissait échapper un petit rire, chaque fois que ses yeux pétillaient sous les lumières vives de la patinoire, une blessure plus profo

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 55 : La main sur son bras

    Point de vue de JefferyLe froid mordant du banc de bois traversait mes pantalons d’équipe épais, me forçant à ramener mes jambes contre moi pour arrêter de grelotter. J’ai resserré la lourde veste d’équipe autour de mes épaules, enfonçant les mains au fond des poches. L’air dans l’aréna était glacial, assez tranchant pour me faire mal à la gorge à chaque inspiration. Tout autour de moi, sur la glace, les lourdes lames de caoutchouc découpaient la surface, l’écho rebondissant sous le haut plafond avec le bruit sourd des palets qui heurtaient les bandes.Je n’arrivais pas à arrêter de penser à ce qui s’était passé dans la voiture, dans la salle de presse, et dans cette salle de bain embrumée de l’hôtel. Ma peau restait chaude sous mes vêtements lourds, comme si le souvenir des mains de Roland me brûlait encore. Il y a juste une heure, il me regardait comme si j’étais la seule personne au monde, me serrant contre lui pendant que les caméras des journalistes flasheaient. Maintenant, assi

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 54 : Du projecteur aux bas-côtés

    Point de vue de RolandÀ l’instant où les lourdes doubles portes claquèrent derrière nous, étouffant les flashs aveuglants et le vacarme de trente reporters qui hurlaient, je lâchai un long soupir tremblant. Mes poumons brûlaient comme si je venais de terminer un sprint sur la glace. Mon veston me serrait trop fort aux épaules, et le col de ma chemise m’étranglait. J’avais besoin d’un moment pour me vider la tête.Nous nous tenions dans un couloir de service privé, sombre, derrière la salle de bal principale. Les murs de béton étaient glacials, et les néons au-dessus de nous clignotaient faiblement, projetant de longues ombres sur le sol. Personne d’autre n’était là. Juste nous deux, complètement seuls pour la première fois depuis ce coup de téléphone frénétique au réveil. Le silence du couloir semblait presque aussi fort que celui de la salle de presse.Je me retournai rapidement vers Jeffery, le cœur cognant contre mes côtes comme un animal sauvage pris au piège. Le regard qu’il me

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 53 : L’homme qui commande la salle

    Point de vue de JefferyJ’étais assis sur cette chaise rembourrée à côté de Roland, faisant tout mon possible pour ne pas gigoter comme un paquet de nerfs. Mon manager, M. Brown, avait été d’une clarté cristalline avant qu’on monte sur la scène : ferme-la sauf si quelqu’un te pose une question directe, souris pour les caméras, et aie l’air d’un coéquipier solide. Ça paraissait assez simple. Mais être assis là sous ces lumières blanches aveuglantes alors que tout mon corps tournait encore à cause de ce qui s’était passé dans l’appartement me faisait marteler le cœur contre les côtes.Mes genoux tremblaient pratiquement sous la longue table couverte d’une nappe bleue. Il y a moins de vingt minutes, on était debout, nus, sous l’eau chaude de sa salle de bain, le souffle court, à deux doigts de perdre la tête et de tout foutre en l’air. Ma peau était encore chaude de cette douche. Mes cheveux étaient à peine secs. Je sentais encore le toucher fantôme de ses mains sur mes hanches. Et maint

  • PATINER SUR UNE GLACE    Chapitre 52 : La représentation obligatoire

    Le point de vue de RolandLes lourdes double portes de la salle de bal de l'hôtel se sont grand ouvertes, et le monde a instantanément explosé dans un chaos de flashs blancs aveuglants et de voix hurlantes. Le bruit a frappé mes oreilles comme un mur de son soudain. Les photographes se piétinaient pratiquement contre les cordons de velours, les objectifs lourds de leurs appareils cliquant comme des tirs de mitrailleuse rapides alors qu'ils essayaient d'avoir le premier cliché de nous.Je n'ai pas bronché. Je ne pouvais pas me le permettre. La seconde exacte où mes pieds ont franchi le seuil de cette pièce, je me suis replongé dans mon personnage public comme s'il s'agissait d'une seconde peau.Tout le chaos désordonné d'il y a trente minutes — la panique folle dans la chambre, la torture angoissante sous la douche pleine de vapeur, et la course folle pour s'habiller — était complètement verrouillé derrière un visage calme et séduisant. J'ai ajusté le col de ma veste de costume sombre,

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status