تسجيل الدخولSienna
--- Les hurlements de joie qui montaient de la cour du palais déchiraient la nuit avec une sauvagerie qui me donnait la nausée. Cela faisait trois jours que le Red Moon Pack célébrait sa victoire. Trois jours que l’alcool coulait à flots, que la viande rôtie embaumait l’air de son odeur grasse, et que les récits de carnage se transformaient en chants héroïques. Mon père, l’Alfa Mollard, avait enfin réussi ce qu’il poursuivait depuis une éternité : il avait abattu l’Alfa Baltes. Pour mes congénères, c’était le début d’une ère de domination absolue. Pour moi, c’était une nouvelle preuve de la barbarie qui coulait dans nos veines. Je me tenais près de la fenêtre de ma chambre, les bras croisés sur la poitrine, observant de loin les feux de joie qui dansaient dans l'obscurité. De là-haut, les loups ressemblaient à des ombres démoniaques s'agitant autour d'un brasier. Chaque éclat de rire qui me parvenait me rappelait que ce bonheur était bâti sur des cadavres. Baltes était mort, sa fille aussi, paraît-il. Une meute entière était en deuil, mais ici, on dansait sur leurs tombes. Beaucoup de gens enviaient ma position. J’étais la princesse du Red Moon Pack, la fille unique du conquérant. Je vivais dans le luxe, entourée de soieries et servie par une armée de domestiques. Mais derrière ce vernis de privilèges se cachait une réalité bien plus sombre : j'étais une prisonnière dans une cage dorée. Ma liberté s'arrêtait aux murs de ce palais, et mon destin était entre les mains d'un homme qui ne voyait en moi qu'un pion politique. Ma mère était morte en me mettant au monde. Je n’avais d’elle qu’un médaillon d’argent et les récits flous de quelques vieilles servantes qui la décrivaient comme une femme de paix. Mon père, lui, avait rapidement comblé le vide en prenant une nouvelle compagne, Rosa. Rosa était une louve d'une beauté glaciale et d'une ambition sans limites. Elle ne m'avait jamais vue comme une fille, mais comme une rivale, un obstacle entre elle et le pouvoir absolu sur le cœur de Mollard. Elle m'avait élevée avec une rigueur militaire, étouffant la moindre de mes émotions, creusant entre nous un fossé de rancœur que les années n'avaient fait qu'élargir. Le seul endroit où je trouvais un semblant de paix était l'orphelinat que j'avais créé dans les faubourgs du palais. J'avais dû supplier mon père, jouer de ma prétendue piété filiale pour qu'il m'autorise à m'occuper des enfants dont il avait lui-même tué les parents au fil de ses conquêtes. C'était ma façon de racheter une infime partie des péchés de notre sang. En voyant les yeux creux de ces orphelins, je voyais le véritable visage du règne de mon père. La porte de ma chambre s'ouvrit avec fracas, me tirant de mes réflexions moroses. Lali, ma servante et ma seule véritable amie, entra en courant. Elle était essoufflée, son visage d’ordinaire joyeux était blême, marqué par une terreur évidente. — Sienna… C'est sérieux, murmura-t-elle en refermant la porte derrière elle avec précipitation. J’ai entendu les généraux parler dans les cuisines. Ton père ne compte pas s'arrêter là. Il prévoit une attaque imminente contre le Waxing Moon Pack. Il veut raser leur village principal avant la fin de la semaine. Je sentis un froid polaire m'envahir. — J'en étais sûre, dis-je en serrant les poings. Mon père ne changera jamais. La victoire contre Baltes n'a fait qu'attiser sa soif de sang. Il ressemble de plus en plus à Rosa. Ils sont possédés par cette folie de guerre et de manipulation. Lali s'approcha de moi, me prenant les mains. Ses doigts tremblaient. — Mais au moins, il t'aime vraiment, Sienna. Tu es sa fille. Peut-être que si tu lui parlais… — Il ne m'aime pas, Lali. Il aime l'image de force que je représente. Il aime l'idée d'avoir une héritière. Mais il n'écoute rien d'autre que ses propres ambitions. Que devons-nous faire ? Je ne peux pas rester ici à attendre qu'il détruise une autre meute. Mon regard se perdit à nouveau vers l'horizon, là où la forêt s'étendait, sombre et mystérieuse. — Je dois absolument trouver un moyen de m'échapper de cet endroit, Lali. Je ne supporte plus de voir les gens souffrir sous mes yeux. C'est insupportable. Chaque cri de victoire me déchire l'âme. Je préférerais vivre comme une paria dans les bois que de porter cette couronne souillée de sang. Lali me regarda avec des yeux écarquillés, la peur se muant en une incompréhension totale. — Tu ne penses pas que tu pourrais te mettre en danger en faisant ça ? Si ton père te rattrape, il ne te pardonnera pas cette trahison. Et où comptes-tu aller exactement ? Le monde est dangereux pour une louve solitaire, surtout pour la fille de Mollard. — Peu importe où, répondis-je avec une ferveur qui me surprit moi-même. Tant que je peux trouver ma liberté, tant que je ne suis plus obligée de sourire à des assassins, c'est tout ce qui compte pour moi. — Et qu'arrivera-t-il à l'orphelinat si tu pars ? demanda-t-elle avec une voix douce, sachant exactement quel point sensible elle touchait. Je me figeai. Les visages des petits, leurs rires timides, leurs mains qui s'accrochaient à ma robe… Je n'y avais pas pensé dans mon élan de désespoir. Si je partais, Rosa se ferait un plaisir de fermer l'établissement ou, pire, de transformer ces enfants en soldats fanatiques pour le compte de mon père. L'idée me glaça le sang. Lali me fixait, attendant une réponse. Son regard était insistant, presque désespéré. Elle savait que mon départ signifierait aussi la fin de sa protection. — Je ressens une obligation de le faire, Lali. Peut-être que si je disparais, cela créera un choc. Peut-être que cela aidera mon père à comprendre, à travers ma perte, combien il fait souffrir tous ces gens. Toi, tu resteras ici. Tu t'occuperas de l'orphelinat. Tu es la seule en qui j'ai confiance. — Alors tu veux partir et me laisser seule ici ? Hors de question, Sienna ! s'écria-t-elle, des larmes commençant à briller dans ses yeux. On a grandi ensemble. Je suis ton ombre depuis que nous avons cinq ans ! — Je fais ça pour ton propre bien, Lali. Tu ne peux pas me suivre. Si tu le faisais, mon père te retrouverait et il te tuerait pour m'avoir aidée à fuir. C'est inévitable. Si tu restes, tu es juste une servante qui ne savait rien. Tu seras ma voix auprès des orphelins. — Mais je ne peux pas vivre ici sans toi ! Je la pris dans mes bras, cherchant à lui offrir le réconfort dont elle avait désespérément besoin, tout en essayant de ne pas laisser mes propres larmes couler. Je savais que mon plan était risqué, presque suicidaire. Mais rester dans ce palais, c'était accepter de mourir à petit feu, l'âme étouffée par la haine de ceux qui m'avaient engendrée.Rogan ---L'aube n'était pas encore tout à fait levée. Le ciel, à l'est, commençait à peine à se teinter d'un gris bleuté, une lueur froide qui n'apportait aucune chaleur à la terre givrée.Je me tenais encore au bord de la rivière, immobile, fixant l'eau sombre qui avait englouti cette femme. Mon cœur battait encore d'un rythme erratique, et Jaden gémissait au fond de moi, réclamant sa moitié, hurlant à la perte.Je ne savais pas qui elle était. Je ne savais pas pourquoi mon corps la réclamait avec une telle violence. Mais une chose était certaine : je ne trouverais pas le repos tant que je ne saurais pas qui elle était.— Rogan !La voix de Rabed me fit sursauter. Je me retournai lentement. Mon Bêta émergeait des arbres, le souffle court, son visage marqué par l'inquiétude. Derrière lui, les quatre guerriers de la patrouille formaient un cercle silencieux, leurs regards fixés sur moi avec une méfiance évidente.— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Rabed en s'approchant, ses yeux
Rogan---La nuit était noire comme du charbon, seulement ponctuée par les éclats d'argent que la lune jetait sur les eaux agitées de la rivière. J'étais de patrouille avec Rabed et quatre de nos meilleurs guerriers. La tension était à son comble. L'ultimatum de Mollard pesait sur nous comme un nuage d'orage, et chaque bruissement de feuilles, chaque craquement de bois mort nous faisait porter la main à nos armes.Nous approchions de la zone où j'avais senti cette odeur la nuit précédente. Plus nous nous rapprochions de la rive, plus je sentais Jaden s'agiter en moi. Mon loup n'était plus simplement en alerte, il était en transe. Il grattait les parois de mon esprit, exigeant de sortir, de courir, de traquer.— Tu es trop tendu, Rogan, murmura Rabed en se rapprochant de moi. Tes muscles sont si contractés qu'on dirait que tu vas exploser. Tu devrais te reposer avant que la véritable bataille ne commence. Mollard ne traversera pas ce soir, il est trop tôt.— Je ne peux pas me reposer,
Sienna ---Je ne savais plus si mes jambes bougeaient par volonté ou par simple inertie.Chaque muscle de mon corps semblait avoir été passé au hachoir. La douleur n'était plus une sensation localisée, c'était un vêtement de plomb que je portais, une chape de souffrance qui engourdissait tout mon être.Mais alors que je trébuchais à travers les derniers buissons d'une pente abrupte, un son nouveau parvint à mes oreilles, dominant le sifflement du vent dans les branches : le grondement sourd et puissant d'une eau vive.La rivière.J'accélérai le pas, oubliant un instant mes pieds en sang. Je jaillis hors de la forêt et m'effondrai sur une berge de galets gris. Devant moi, la rivière se déployait, large et tumultueuse, ses eaux sombres bouillonnant de reflets argentés sous la lumière blafarde de la lune.C'était la frontière. De l'autre côté, c'était le territoire du Waxing Moon Pack. La terre de l'ennemi, mais aussi, pour moi, la terre de l'inconnu. N'importe quel endroit valait mieux
Rogan ---L'atmosphère dans la salle du conseil était électrique.Un messager du Red Moon Pack venait d'arriver à notre frontière nord, agitant un drapeau blanc de trêve. C'était un homme arrogant, monté sur un étalon noir, qui nous regardait comme si nous étions déjà des cadavres en sursis. Il avait été escorté jusqu'au village par mes gardes, les mains liées mais le menton haut.Je me tenais devant lui, les bras croisés, mon visage ne laissant filtrer aucune émotion. Rabed était à mes côtés, sa main ne quittant pas la garde de son épée. Derrière nous, les anciens de la meute murmuraient, leurs voix chargées de crainte.— Parle, messager, ordonnai-je d'une voix froide. Dis ce que ton maître a à dire, puis disparais avant que je ne change d'avis sur ta protection.L'homme esquissa un sourire méprisant et déplia un parchemin scellé à la cire rouge, la marque de Mollard.— Alfa Rogan, commença-t-il d'une voix traînante. Mon maître, le grand Alfa Mollard, a un message pour toi. Sa fille
Sienna ---Mes pieds me brûlaient.Chaque pas était une agonie, une morsure de feu qui remontait le long de mes jambes. Je marchais depuis près de vingt-quatre heures sans m'arrêter, m'enfonçant de plus en plus profondément dans une forêt qui semblait ne jamais vouloir finir.Mes bottes de soie, conçues pour les parquets polis du palais, n'étaient plus que des loques déchirées, laissant mes plantes de pieds à vif, ensanglantées par les racines et les pierres tranchantes. La faim me tordait le ventre, un vide douloureux qui me donnait des vertiges, mais la peur était un moteur bien plus puissant que l'appétit.La forêt avait changé. Ce n'était plus le parc apprivoisé des abords du palais, mais une jungle sombre, dense, où la lumière du soleil peinait à percer la canopée épaisse. L'humidité s'insinuait partout, glaçant mes os malgré l'effort physique.Je m'arrêtai un instant pour reprendre mon souffle, m'appuyant contre le tronc moussu d'un chêne séculaire. Mes mains tremblaient. Je so
Rogan ---Le conseil de guerre se tenait dans la grande salle du manoir, un endroit qui, autrefois, résonnait de la voix puissante de mon père et des rires d'Amina. Aujourd'hui, l'air y était rance, chargé d'une tension si épaisse qu'on aurait pu la trancher à l'épée.J'étais assis sur le siège de l'Alfa, un fauteuil de chêne massif qui me semblait soudain beaucoup trop grand pour moi. Mes doigts tambourinaient nerveusement sur les accoudoirs sculptés, tandis que je fixais les cartes étalées sur la table.Face à moi, les chefs de patrouille et les anciens de la meute se tenaient debout, les visages marqués par l'inquiétude. Au milieu d'eux, Morvan, un vétéran aux cheveux gris dont le corps était un catalogue de cicatrices, ne cachait pas son hostilité. Il m'observait avec un mépris mal déguisé, ses bras croisés sur sa large poitrine.— La stratégie est simple, commençai-je, essayant de donner à ma voix une autorité que je ne ressentais pas totalement. Nous devons renforcer les défens







