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Chapitre 4 — Huit ans plus tôt

Author: Lunalevy
last update publish date: 2026-09-19 11:01:28

Le trajet jusqu’à chez moi me parut interminable.

Je conduisais sans vraiment voir la route. Mes pensées étaient ailleurs, coincées dans cette phrase qu’Elias m’avait envoyée.

**« Demande à ton père ce qui s’est passé il y a huit ans. »**

Huit ans.

Pourquoi cette période était-elle si importante ?

Je tentai de me souvenir de ce qui s’était passé dans ma vie à cette époque.

J’avais dix-sept ans.

À dix-sept ans, je pensais surtout à l’école, à mon avenir et à l’écriture. Je n’avais aucune idée des affaires de ma famille. Je savais que mon père travaillait beaucoup, qu’il connaissait énormément de personnes et que notre famille avait toujours été assez discrète.

Mais huit ans plus tôt…

Quelque chose avait changé.

J’en étais presque certaine.

Je garai ma voiture devant mon immeuble et restai assise quelques instants derrière le volant.

Je pris mon téléphone.

Aucun nouveau message d’Elias.

Je relus notre conversation.

Plus je la regardais, plus je me posais de questions.

Il aurait pu me mentir.

Il aurait pu essayer de me convaincre que ce mariage était une bonne chose.

Au lieu de ça, il m’avait dit de ne pas lui faire confiance.

Pourquoi quelqu’un ferait-il cela ?

Je descendis finalement de la voiture.

Une fois dans mon appartement, je déposai l’enveloppe sur mon bureau.

Je sortis les documents.

Je les étalai devant moi.

Je relus chaque ligne.

Les mêmes mots revenaient plusieurs fois :

**engagement familial.**

**obligation.**

**héritage.**

**accord.**

Je fronçai les sourcils.

Puis je remarquai une date.

Je la regardai plus attentivement.

Le document avait été signé huit ans plus tôt.

Mon cœur se mit à battre plus vite.

— Ce n’est pas possible…

Je pris mon téléphone.

Cette fois, j’appelai mon père.

Une sonnerie.

Deux.

Trois.

Il décrocha.

— Liora ?

— Papa.

Ma voix était plus froide que je ne l’aurais voulu.

— Tu peux me parler ?

Un silence.

— Bien sûr.

— J’ai rencontré Elias.

Il ne répondit pas immédiatement.

— Et ?

— Il m’a donné une copie d’un document.

Nouveau silence.

Cette fois, je sus qu’il savait exactement de quoi je parlais.

— Quel document ?

— L’accord entre nos familles.

Sa respiration changea légèrement.

— Où est-ce que tu as trouvé ça ?

— C’est Elias qui me l’a donné.

Mon père ne dit rien.

Je me levai de ma chaise.

— Papa, qu’est-ce qui s’est passé il y a huit ans ?

Le silence au bout du téléphone devint pesant.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Parce qu’Elias m’a dit que je devais te poser cette question.

— Elias n’aurait pas dû te parler de ça.

Je fermai les yeux.

Voilà.

Cette réaction confirmait mes soupçons.

— Donc il s’est bien passé quelque chose.

— Liora…

— Qu’est-ce que c’était ?

— Ce n’est pas le moment d’en parler.

Je laissai échapper un rire nerveux.

— Bien sûr.

— Écoute-moi.

— Non, papa. Cette fois, c’est toi qui vas m’écouter.

Ma voix tremblait.

— Vous avez décidé que j’allais épouser un homme que je ne connaissais pas. Vous m’avez caché l’existence de cet accord. Et maintenant, dès que je pose une question, vous me dites que ce n’est pas le moment.

— Tu ne comprends pas.

— Alors explique-moi !

Silence.

— Je veux seulement savoir la vérité.

Mon père soupira.

— Certaines choses doivent rester dans le passé.

Je serrai les poings.

— Ce n’est pas à toi de décider ce que je dois savoir sur ma propre vie.

Il ne répondit pas.

— Papa ?

— Nous parlerons ce soir.

— Non.

Je me tus quelques secondes.

— Je veux une réponse maintenant.

— Je ne peux pas.

— Alors je trouverai moi-même.

Il resta silencieux.

Puis il dit :

— Liora, ne cherche pas à comprendre ce qui s’est passé il y a huit ans.

Un frisson parcourut mon corps.

— Pourquoi ?

— Parce que certaines portes ne devraient jamais être ouvertes.

La communication se coupa.

Je restai avec mon téléphone contre mon oreille.

Je ne savais même plus quoi penser.

Une porte.

Un passé.

Un accord.

Un mariage.

Et un homme qui semblait connaître une partie de cette histoire.

Je posai lentement mon téléphone.

Puis je murmurai :

— Très bien.

Je regardai les documents sur mon bureau.

— Si personne ne veut me parler…

Je pris une grande inspiration.

— Alors je chercherai moi-même.

---

Je passai une grande partie de l’après-midi à chercher.

Je fouillai mes anciens dossiers.

Je consultai mes vieilles photographies.

Je regardai mes souvenirs d’adolescence.

Rien.

Aucune information.

Aucun indice.

Je finis par abandonner et m’allongeai sur mon canapé.

Je fermai les yeux.

Je tentai de me rappeler cette période.

J’avais dix-sept ans.

Je me souvenais de mon lycée.

De mes premiers textes.

De longues soirées à écrire dans ma chambre.

Je me souvenais également de mon père qui partait souvent travailler.

Mais quelque chose me manquait.

Un souvenir précis.

Comme si mon esprit refusait de me le rendre.

Je me redressai brusquement.

Pourquoi avais-je cette impression ?

Je pris mon téléphone.

Sans vraiment réfléchir, j’ouvris la conversation avec Elias.

Je tapai :

**« Pourquoi huit ans ? »**

Je regardai le message quelques secondes avant de l’envoyer.

Il fut lu presque immédiatement.

**« Parce que c’est l’année où tout a commencé. »**

Je fronçai les sourcils.

**« Qu’est-ce qui a commencé ? »**

Trois petits points apparurent.

Puis disparurent.

Puis réapparurent.

Enfin :

**« Je ne peux pas te l’expliquer par message. »**

Je soupirai.

**« Alors explique-moi. »**

Cette fois, sa réponse fut plus rapide.

**« Pas ce soir. »**

Je me redressai.

**« Pourquoi ? »**

Il répondit :

**« Parce que ton père vient de m’appeler. »**

Mon cœur s’arrêta.

**« Pourquoi ? »**

Quelques secondes plus tard :

**« Il m’a demandé de ne plus te parler de cette histoire. »**

Je fixai l’écran.

Puis une autre notification apparut.

**« Je lui ai dit que je ne lui obéirais pas. »**

Je restai sans voix.

Pour la première fois, je me demandai de quel côté Elias se trouvait réellement.

Je tapai :

**« Alors de quel côté es-tu ? »**

Il ne répondit pas immédiatement.

Une minute passa.

Puis deux.

Enfin, son message arriva.

**« Du tien. »**

Je relus la phrase.

Une chaleur étrange me traversa.

Je ne voulais pas ressentir ça.

Je ne voulais surtout pas commencer à lui faire confiance.

Pas alors que nous étions censés nous marier pour une raison que personne ne voulait m’expliquer.

Je verrouillai mon téléphone.

---

Le soir venu, je retournai chez mes parents.

Cette fois, je n’étais pas venue pour discuter.

J’étais venue obtenir des réponses.

Ma mère ouvrit la porte.

En voyant mon visage, elle comprit immédiatement.

— Liora…

— Où est papa ?

Elle hésita.

— Dans le bureau.

Je passai devant elle.

— Attends.

Je m’arrêtai.

Elle me regarda avec inquiétude.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

— Rien.

Je marquai une pause.

— Justement.

Je me dirigeai vers le bureau.

Je frappai une fois.

— Entrez.

J’ouvris la porte.

Mon père était debout devant son bureau.

Il semblait attendre ma venue.

— Assieds-toi.

— Non.

Il me regarda.

— Je veux savoir ce qui s’est passé il y a huit ans.

Son visage se ferma.

— Liora…

— Je suis sérieuse.

Je posai les documents devant lui.

— Pourquoi cet accord existe-t-il ?

Il regarda les papiers.

Puis moi.

— Parce qu’à l’époque, nous avions besoin de l’aide des Sterling.

— Pourquoi ?

Il ne répondit pas.

— Papa.

Il s’assit lentement.

— Notre famille traversait une période difficile.

— Quelle période ?

— Des problèmes financiers.

Je fronçai les sourcils.

— Et les Sterling vous ont aidés ?

— Oui.

— En échange de quoi ?

Il resta silencieux.

Je compris immédiatement.

— De moi.

— Non.

Il se leva.

— Jamais.

— Alors pourquoi ce mariage ?

— Ce n’était pas prévu comme ça.

Je le regardai attentivement.

— Qu’est-ce qui était prévu ?

Il passa une main sur son visage.

— L’accord devait rester entre les familles.

— Jusqu’à quand ?

— Jusqu’à ce que…

Il s’arrêta.

— Jusqu’à ce que quoi ?

Il ne répondit pas.

Je m’approchai.

— Jusqu’à ce que je sois assez âgée ?

Il détourna les yeux.

Mon cœur se serra.

— C’est ça ?

— Liora…

— Vous aviez prévu ce mariage depuis que j’étais adolescente ?

— Ce n’était pas exactement un mariage.

Je reculai.

— Alors explique-moi.

Mon père resta silencieux.

Je vis ma mère apparaître dans l’encadrement de la porte.

Elle avait les yeux brillants.

— Il y a autre chose, murmura-t-elle.

Je me tournai vers elle.

Mon père ferma les yeux.

— Ne fais pas ça.

— Elle a le droit de savoir.

Je regardai ma mère.

— Savoir quoi ?

Elle hésita.

Puis elle prononça une phrase qui me donna froid dans le dos.

— Elias n’a pas accepté ce mariage pour les mêmes raisons que nous.

Je fronçai les sourcils.

— Alors pourquoi ?

Ma mère regarda mon père.

Il ne répondit pas.

— Pourquoi ? répétai-je.

Elle baissa la voix.

— Parce qu’il a fait une promesse à son père.

Je restai immobile.

— Quelle promesse ?

Personne ne répondit.

Puis mon père se leva lentement.

Son visage avait changé.

— Ça suffit pour ce soir.

— Non !

Je sentis les larmes monter.

— Vous ne pouvez pas encore me dire ça !

Je pris les documents.

— Je veux savoir !

Mon père détourna le regard.

Et c’est à ce moment-là que je remarquai quelque chose sur son bureau.

Une vieille photographie.

Je m’approchai.

Je la pris.

Sur la photo, il y avait mon père.

Un homme que je reconnus immédiatement comme le père d’Elias.

Et entre eux…

Un jeune garçon.

Je regardai son visage.

Je me figeai.

Je connaissais ce visage.

Je l’avais déjà vu.

Sur les photographies que j’avais trouvées la veille.

C’était Elias.

Mais il devait avoir à peine vingt ans.

Je retournai la photographie.

Une date était inscrite au dos.

**Il y a huit ans.**

Et juste en dessous, une phrase écrite à la main :

**« Un jour, il protégera ce qui nous est le plus précieux. »**

Je relevai lentement les yeux vers mon père.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il ne répondit pas.

Ma mère pleurait silencieusement.

Et moi, pour la première fois, je compris que je n’étais pas simplement au centre d’un mariage arrangé.

**J’étais au centre d’une promesse faite huit ans plus tôt.**

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