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CHAPITRE 3 : LE MARIAGE 3

Author: Déesse
last update publish date: 2026-09-24 02:17:57

Je ne bouge pas. Je reste là, sur le seuil, ma main toujours sur le bois de la porte, mon bouquet toujours serré dans l'autre main, les roses blanches qui commencent à se faner sous mes doigts. Mes yeux sont ouverts. Je vois tout. Je vois la main de Barnaby se refermer autour des couilles d'Alistair, les massant, pendant que sa bouche pompe. Je vois les hanches d'Alistair qui accélèrent. Je vois la sueur sur sa tempe. Je vois son alliance, notre alliance, briller à son doigt pendant qu'il baise la bouche d'un autre homme le jour de notre mariage.

Quelque chose se brise. Pas d'un coup. Lentement. Comme une fissure dans un verre qui s'étend sans bruit, ligne après ligne, jusqu'à ce que la structure entière cède.

Je recule. Mon talon accroche le seuil. Je trébuche, une seconde, deux, puis je me retourne. Je cours. La soie de ma robe se prend sous mes pieds, je la soulève, je cours dans le couloir, mes talons cognant le parquet, les portraits des Thorne qui me regardent fuir avec leurs yeux peints, leurs bouches sévères.

Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas ce que je fais. Je sais seulement que je cours, que mes yeux brûlent, que ma gorge est serrée, que le couloir de l'aile est s'allonge devant moi comme un tunnel sans fin.

Derrière moi, derrière la porte entrouverte, j'entends Alistair gémir une dernière fois, un son long, profond, animal, et Barnaby rire, un rire doux, satisfait, intime.

Je m'arrête au bout du couloir. Mes mains tremblent. Mon bouquet est écrasé contre ma poitrine, les pétales froissés, tachés de sueur. Je m'appuie contre le mur, les boiseries froides contre mes omoplates, et je ferme les yeux.

Je suis Madame Thorne. Depuis deux heures. Madame Alistair Thorne.

Et mon mari vient de jouir dans la bouche d'un autre homme.

Les jambes me lâchent. Je glisse contre le mur, le dos raclant les boiseries, et je me retrouve assise par terre, ma robe de mariée étalée autour de moi comme une flaque de soie. Je tremble. De partout. Des mains, des lèvres, des genoux, de la mâchoire. Je tremble comme si on m'avait plongée dans l'eau glacée.

Les larmes arrivent. Pas comme dans les films. Pas comme dans les livres. Pas ces larmes élégantes qui roulent sur les joues sans laisser de trace. Non. Les miennes sont laides. Elles me brûlent les yeux, elles me serrent la gorge, elles me déforment le visage. Je pleure à gros sanglots, la bouche ouverte, le nez qui coule, les épaules secouées. Je pleure comme une enfant. Comme une femme qu'on vient de briser.

Je pense à tout. À tout ce que j'ai donné. À mon temps. À mon corps. À mon cœur. À mes rêves. Je pense aux trois ans passés avec Alistair. Les dîners aux chandelles. Les week-ends à Paris. Les promesses murmurées dans le noir. Les projets. La maison. Les enfants. Les prénoms qu'on avait choisis. Tout. Tout ce que j'ai construit. Tout ce que j'ai cru.

Je pense à la nuit dernière. À ses mains sur moi. À ses lèvres. À son corps. Je pense à la façon dont il m'a touchée, distraite, mécanique, comme s'il accomplissait une tâche. Je pense à la façon dont il m'a dit je t'aime sans le penser. Je pense à la façon dont il m'a regardée, comme on regarde un objet qu'on possède mais qu'on n'a jamais vraiment voulu.

Je pense à Barnaby. À ses cheveux blonds. À ses lèvres rouges. À la façon dont il connaissait le corps d'Alistair. À la façon dont il savait exactement quoi faire. À la façon dont Alistair a dit tu me manquais. Depuis quand. Depuis combien de temps. Est-ce que ça durait depuis le début. Est-ce que je n'étais qu'un couverture. Est-ce que je n'étais qu'un alibi. Est-ce que je n'étais qu'une femme qu'on épouse pour faire taire les rumeurs.

Je pleure. Je pleure jusqu'à ce que je n'aie plus de larmes. Je pleure jusqu'à ce que ma gorge brûle. Je pleure jusqu'à ce que mes yeux se ferment de fatigue. Je reste là, par terre, dans ce couloir, à quelques mètres de la fête, à quelques mètres des rires, à quelques mètres de mon mari qui vient de jouir dans la bouche d'un autre homme.

Je voudrais mourir. Je voudrais que le sol s'ouvre. Je voudrais disparaître. Je voudrais que tout ça n'ait jamais existé. Je voudrais retourner en arrière, à ce matin, quand je nouais ma robe, quand je riais avec mes demoiselles d'honneur, quand je croyais encore que j'étais heureuse.

Mais je ne peux pas. Je suis là. Par terre. Dans ce couloir. En robe de mariée. Avec du mascara qui coule. Avec mon cœur en miettes. Avec mes rêves brisés. Avec mes trois ans de vie qui viennent de s'effondrer.

Je finis par me relever. Je ne sais pas comment. Je m'appuie contre le mur. Je respire. Profondément. Je m'essuie les yeux avec le revers de ma main. Je ne peux pas rester ici. On va me chercher. On va me trouver. On va me demander pourquoi je pleure. Je ne peux pas leur dire. Je ne peux pas leur avouer que je viens de voir mon mari se faire sucer par un homme. Je ne peux pas leur avouer que mon mariage est un mensonge. Je ne peux pas leur avouer que je suis une femme brisée.

Alors je fais ce que j'ai toujours fait. Je me redresse. Je lisse ma robe. Je réajuste mon voile. Je prends une grande inspiration. Et je retourne à la fête. Parce que c'est ce qu'on attend de moi. Parce que c'est ce que je dois faire. Parce que je suis Madame Thorne, maintenant. Et les femmes Thorne ne s'effondrent pas. Les femmes Thorne sourient. Les femmes Thorne font semblant.

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