MasukLe confessionnal est très étroit. Un petit espace de bois sombre, avec un prie-Dieu au fond, une grille latérale , mais je vois immédiatement que Lorenzo n'a pas l'intention de se mettre du côté prêtre. Il entre derrière moi. Il referme la porte. Il tire le rideau violet à l'intérieur. Nous sommes dans le noir presque total. Une lumière traverse la grille, filtrée à travers le grillage. Une lumière rougeâtre, à peine assez pour distinguer son visage à trente centimètres du mien. Il est là. Il n'y a pas la place pour être ailleurs qu'à trente centimètres de moi. Nos corps ne se touchent pas, mais ils se sentent. Je sens sa chaleur à travers le tissu de nos vêtements. Je sens son parfum. Je sens le battement de son cœur — c'est une illusion, sûrement, mais je le sens quand même, comme un tambour bas, à travers l'air trop étroit entre nous. — Aurora. Sa voix est basse. Elle vibre dans le bois.
Il sourit. Un vrai sourire, un sourire d'homme épuisé. — Il n'est pas confortable. — Il est confortable. — Il est en cuir. Il colle. — Je m'en fiche. — Aurora. — Oui. — D'accord. Il se relève, doucement. Il va chercher un autre plaid dans un coin de la pièce. Il s'installe dans le fauteuil en face du mien. Il pose ses pieds sur un pouf. Il s'enroule dans le plaid. Il n'éteint pas la lampe. Il baisse seulement l'abat-jour. — Bonne nuit, Aurora. — Bonne nuit, Lorenzo. Nous dormons chacun dans notre fauteuil. À trois mètres l'un de l'autre. Habillés. Sans nous toucher. C'est la première nuit que nous passons ensemble. Cette nuit-là, dans mon rêve, je suis à genoux à la chapelle du couvent. Devant l'autel. Je prie. La voix qui me répond n'est pas celle de Dieu. C'est la sienne. L
Il est midi. J'entre dans la salle à manger. Il n'est pas là. — Où est Monsieur ? Madame Fiore relève la tête d'un buffet qu'elle range. — Parti. — Parti où ? — Il n'a pas dit. — Quand rentrera-t-il ? — Il n'a pas dit. Je hoche la tête. Je sors de la salle à manger. Je vais à la cuisine. Je prends une tranche de pain, un morceau de fromage. Je mange debout, appuyée contre la longue table de bois. Le cuisinier me regarde. Il ne pose pas de questions. L'après-midi passe. Je fais mon travail. J'époussette. Je range. Je repasse. Je ne pense pas trop. Je suis dans une sorte de paix étrange, comme la paix d'après une tempête, quand on marche dans le jardin dévasté sans savoir encore ce qu'on va reconstruire. Le soir tombe. Il n'est pas rentré. La nuit tombe. Il n'est toujours pas rentré. Je
Il devient plus profond. Ma main sur sa joue devient une main sur sa nuque. Je sens, sous mes doigts, les petits cheveux fous qui se sont échappés du chignon. Ils sont humides à la racine , elle transpire, une transpiration légère, une transpiration d'émotion. Mon pouce descend derrière son oreille. Il touche la peau douce qui est là, sur le mastoïde. Elle gémit, faiblement, dans ma bouche. Un premier gémissement. Un gémissement qui n'est destiné qu'à moi. Je le bois. Je bois ce gémissement. Je bois sa peur. Je bois sa surprise. Je bois son consentement affolé. C'est le meilleur baiser de ma vie, et je n'ai pas encore fait le tour de la question. Puis quelque chose se passe. Sa main gauche, celle qui est posée sur mon avant-bras droit, se contracte. Ses doigts se referment sur le tissu de ma chemise. Elle tire , pas fort, pas pour me repousser, mais pour vérifier. Vérifier que je suis là. Vérifier que ce n'est pas un rêve.
Lorenzo Le compte à rebours dure trois jours. Trois jours pendant lesquels je la croise dans les couloirs, la salle à manger, la cuisine, la bibliothèque. Trois jours pendant lesquels nous nous parlons à peine. Trois jours pendant lesquels nous nous frôlons, à chaque passage, d'un contact minuscule qu'aucun spectateur extérieur ne remarquerait, et qui nous laisse à chaque fois, elle et moi, avec la respiration coupée. C'est un jeu qu'elle a inventé, sans me le dire. Je l'ai adopté immédiatement. Une manche qui touche une manche dans un couloir. Un dos de main qui frôle un dos de main quand elle me tend un dossier. Un genou contre un genou sous la table du petit-déjeuner. Elle apprend le vocabulaire du contact minimal. Elle apprend qu'entre l'absence et la prise, il y a un continent immense, et qu'on peut y vivre. Elle y vit. Elle y prend ses aises. Ce n'est plus supportable. C'est le troisième soir. J'ai bu — trois whiskies, peut-être quatre. Je ne bois pas d'habitude. J'a
Aurora Il est presque minuit. Je n'arrive pas à dormir. Depuis que j'ai retiré la bague, il y a cinq jours, quelque chose en moi a cessé de faire barrage. Le sommeil, autrefois, arrivait comme une porte qu'on ferme. Maintenant il arrive comme une eau qui s'infiltre, lentement, et qui repart au moindre bruit. Je m'endors une heure. Je me . Je me rendors. Je me réveille encore. À chaque réveil, j'ai la même pensée, exactement la même : où est-il ? Je ne veux pas la penser. Je la pense. Cette nuit, à onze heures et demie, je suis encore complètement éveillée. La fenêtre est entrouverte. Il fait doux. C'est la fin de mai, l'air sent la glycine et l'humidité du jardin. Je repousse le drap. Je m'assieds au bord du lit. Je tire ma chemise de nuit sur mes genoux. Un bruit m'attire à la fenêtre. Un clapotis, en bas, dans le jardin. Je me lève. Pieds nus sur le parquet froid. Je m'approche. Je pose la main sur le rideau. J'écarte doucement. Le jardin est baigné de lune. Une lune ronde, pr







