MasukAurora Je remonte à ma chambre à la nuit tombée. J'ai passé une heure de plus dans la serre après son départ. Je n'ai plus arrosé. Je suis restée assise sur le petit banc de fer, devant les orchidées, à regarder mes mains. Puis j'ai fini par sortir, parce que la nuit tombait et que Madame Fiore allait s'inquiéter. Je traverse le jardin. Je remonte les marches de la terrasse. J'entre par la porte de service. Je passe par la cuisine — vide, à cette heure —, je prends l'escalier étroit qui monte à l'étage des domestiques. Je marche lentement. Mes jambes sont encore un peu molles. Je pense à sa main. À sa bouche sur le dos de ma main. Au baiser. À la manière dont il n'a pas insisté. À la manière dont il m'a dit si tu ne sais pas, c'est non. Je repasse la scène en boucle. Chaque fois, elle est un peu différente. Chaque fois, elle est un peu plus tendre. Je m'aperçois que je suis en train de la réécrire. Je m'en défends. Je me d
Elle hausse les sourcils. — Vous ne savez pas ? — Non. Je sais que ces mots sont sortis de ma bouche. Je ne sais pas s'ils viennent d'un endroit vrai. Cela fait longtemps que je n'ai pas demandé pardon à quelqu'un. Trop longtemps. Je ne sais plus si je le fais bien. Elle baisse les yeux. Sa main gauche a repris le bord du col. Elle joue avec le tissu, sans le refermer, sans l'ouvrir. Elle joue simplement. — C'était bien fait. Je souris. Un vrai sourire cette fois, un demi-sourire ému. — Merci. Un silence. La chaleur de la serre est étouffante. Je sens ma chemise qui se colle à mon dos, sous la veste. Je retire la veste. Je la jette sur une chaise en fer. Je desserre le nœud de ma cravate. Je défais le premier bouton de ma chemise. Elle regarde. Elle ne détourne pas les yeux. Elle regarde mon cou. Puis elle détourne — trop tard. Je fais un
Une larme coule. Elle atteint son pouce, à la commissure de mes lèvres. Son pouce y reste. Il essuie la larme. Il ne l'essuie pas , il l'étale, doucement, sur ma lèvre inférieure, comme une pommade. Je ferme les yeux. — Un jour, dit-il, tu me remercieras autrement. Il retire sa main. Il tourne les talons. Il ramasse son manteau. Il monte l'escalier. Je reste seule dans le vestibule. La lumière blanche tombe sur mes épaules. Le silence est complet. Je porte la main à ma joue, à l'endroit où était la sienne. Ma peau y est brûlante. Je porte le doigt , l'index, celui qu'il a sucé , à ma bouche. Je pose la pulpe sur ma langue. Elle a le goût de lui. Et ce goût, je ne sais pas encore comment je le sais, mais je le sais : ce goût, je ne l'oublierai plus. Lorenzo Deux jour
Je tremble comme une feuille, en réalité. Mais pour une raison qui n'a rien à voir avec le collier. Madame Fiore hoche la tête. Elle range le collier dans le sachet de velours violet. — Je continue les fouilles, alors. — Non. La fouille est finie. Personne d'autre n'a pris ce collier. Ce collier a été mis dans la poche d'Aurora par une personne qui n'est plus au service de cette maison depuis vingt-quatre heures. Il ne prononce pas le nom de Bianca. Il n'a pas besoin. Il regarde Madame Fiore. Madame Fiore hoche la tête, gravement. — Bien, Monsieur. — Renvoyez tout le monde. Aurora reste avec moi. Les domestiques se dispersent. Le majordome lâche mon bras. Les valets s'éloignent en jetant vers moi des regards que je ne sais pas déchiffrer — de la pitié, de la curiosité, de l'envie. Je ne sais plus. Il
Quelque chose de lourd. Quelque chose de métallique, avec des pierres. Je retire la main comme si je m'étais brûlée. Mon visage se vide de tout son sang. Je le sens. Je sens le froid monter de la nuque jusqu'aux tempes. Je porte les deux mains à ma bouche. Madame Fiore s'avance. Elle plonge la main dans ma poche. Elle en sort le collier. Trois rangs d'émeraudes vertes, montées sur or blanc. Un objet obscène de richesse au milieu de la robe grise d'une femme de chambre. Un cri collectif étouffé traverse le vestibule. Une des femmes de chambre porte la main à sa bouche. Le jardinier détourne le regard. Le cuisinier me fixe, incrédule. — Je… Je n'ai jamais… — Aurora. Madame Fiore me regarde. Ses yeux sont durs. Mais quelque chose y passe — une fraction de seconde de doute. Elle m'aime bien, je crois. Elle ne comprend pas. — Aurora, comment ce collier est-il arrivé dans votre poche ? — Je ne sais pas. Je vous jure. Je vous jure sur ma mère. Je vous jure sur… — Sur Dieu ? — Su
Elle porte les deux mains à ses oreilles. Comme un enfant. Je me lève. Je m'approche. Elle se recroqueville dans le fauteuil. Je m'accroupis devant elle. Je ne la touche pas. Mais je suis là, à trente centimètres de son visage. Je baisse la voix. — Aurora. Écoute-moi bien. Il y a des choses qu'il aime. Je vais te les dire. Tu en feras ce que tu voudras. Il aime qu'on lui lèche les couilles. Il aime qu'on aille chercher, avec la langue, l'endroit derrière. Il aime qu'on prenne son sexe dans la bouche et qu'on le regarde en même temps. Il aime être griffé dans le dos. Il aime, quand il finit, qu'on avale. Toujours. Sans grimacer. — Je vous en prie. Elle pleure. Elle pleure vraiment. Ses épaules tressautent. — Je te dis cela, ma petite, pour que tu saches. Le jour où tu iras dans son lit — et tu iras, ne me réponds pas, tu iras —, tu seras en face d'un homme qui aura eu, avant toi, mille femmes qui savaient tout cela. Mille femmes qui savaient comment lui prendre le sexe dans la b







