로그인Elle ouvre la porte, et je découvre une chambrette sous les combles, minuscule mais propre, meublée d'un lit de fer, d'une armoire de bois clair, d'une table de chevet et d'un crucifix accroché au mur. La fenêtre, une lucarne ronde percée dans le toit, donne sur les jardins du palazzo, et tout en bas, on devine les allées de gravier, les parterres de roses, les ifs taillés en pyramides. Au loin, la mer scintille, bande d'argent à l'horizon. — Vous rangerez vos affaires dans l'armoire. Le nécessaire de toilette est dans le placard. Vous commencerez votre service demain à six heures précises. D'ici là, reposez-vous. Vous en aurez besoin. Elle sort sans un mot de plus, referme la porte derrière elle, et le bruit de ses talons décroît lentement dans le couloir. Je reste seule, debout au milieu de la pièce, ma valise à la main, le cœur encore battant. Le silence est si profond qu'il en devient oppressant, troublé seulement par le vent qui gémit so
AuroraLa grille du palazzo est plus haute que toutes les portes du couvent réunies. Je reste plantée sur le trottoir, ma valise de carton bouilli à la main, le cœur battant si fort que je l'entends dans mes tempes. Le fer forgé noir dessine des volutes, des feuilles d'acanthe, des griffes de lion qui s'entrelacent jusqu'à former un blason au centre , celui des De Luca, un dragon ailé tenant une rose entre ses crocs. La première fois que je vois ce blason, et pourtant il me semble familier, comme si je l'avais déjà aperçu dans un cauchemar oublié au réveil.Derrière la grille, une allée de gravier blanc serpente entre des cyprès centenaires, des ifs taillés en pyramides parfaites, des massifs de roses si rouges qu'elles paraissent saigner sur le vert sombre des buis. Au bout de l'allée, si loin qu'on dirait un mirage, le palazzo dresse sa façade de pierre blonde, ses trois étages de fenêtres à meneaux, ses balustres de marbre, ses toits d'ardoise percés de luc
Lorenzo Le pouvoir est un aphrodisiaque plus puissant que toutes les femmes du monde. Il coule dans mes veines comme une drogue, fait battre mon cœur plus vite que n'importe quelle caresse, dresse mon sexe plus sûrement que la plus habile des courtisanes. Quand je détruis un concurrent, quand je signe un contrat qui en ruine un autre, quand je vois les chiffres de mon empire grimper toujours plus haut, je ressens quelque chose qui ressemble au plaisir. Le seul plaisir qui ne me déçoive jamais. Ce matin, dans la grande salle de réunion du siège social, je m'apprête à achever l'absorption des Hôtels Marchetti, une chaîne familiale qui résiste depuis des mois à mes offres de rachat. Le vieux Marchetti, un patriarche aux cheveux blancs qui a bâti son affaire à la force du poignet, a refusé toutes mes propositions, toutes mes menaces déguisées, toutes mes manœuvres d'approche. Il croit encore aux valeurs familiales, à la transmission, à l'héritage. Un romantique. Un imbécile. Mes avoca
Lorenzo Le fumoir est ma seule concession au luxe inutile. J'aime cette pièce minuscule, coincée entre la bibliothèque et le bureau, avec ses murs tapissés de livres anciens et son plafond bas qui donne l'impression d'être dans une crypte. Un canapé Chesterfield en cuir havane, des fauteuils club, une table basse en acajou, et l'odeur entêtante du cigare qui imprègne les rideaux de velours. Ici, je reçois Vittorio, mes associés, et parfois personne. Ce soir, c'est Vittorio. Affalé dans un fauteuil, une jambe par-dessus l'accoudoir, il fait tourner un verre de cognac dans sa main droite tout en observant la scène avec un sourire amusé. À ses pieds, une jeune femme est agenouillée sur le tapis persan, la tête inclinée, les mains sagement posées sur ses cuisses. Une nouvelle recrue que Vittorio a dénichée Dieu sait où — vingt ans peut-être, des cheveux auburn, une robe si courte qu'elle remonte sur ses hanches quand elle respire. — Elle s'appelle Elena, explique Vittorio d'une voix t
Je saisis au hasard une petite culotte en satin rose pâle, presque enfantine. Le tissu est doux, si doux qu'il glisse entre mes doigts comme de l'eau. Je la porte à mon nez, je ferme les yeux, et je respire. Longuement. L'odeur du savon, de la lessive, un vague fond de parfum qui s'estompe avec le temps. Plus rien d'humain. Plus rien de vivant. La femme qui portait ce sous-vêtement est sortie de ma vie depuis des années, et il ne reste d'elle que ce bout de tissu qui sent le propre. Ma main se crispe sur le satin. Un geste brusque, et la culotte est froissée dans mon poing. Je pourrais la déchirer, la brûler, la jeter. À quoi bon la garder ? À quoi bon toute cette collection, ce musée de l'éphémère, ce catalogue de mes nuits vides ? Je la jette. Le morceau de tissu tournoie dans l'air, retombe sur le sol de marbre, minuscule tache rose sur le noir. Immédiatement après, une sensation de vide, pire que la colère. Ramasser la culotte, la remettre en place. Céder à la routine parce que
Le reste de la journée se traîne, interminable. Réunions d'affaires en visioconférence, signatures de contrats, appels téléphoniques à des associés qui ne m'intéressent pas. Je gère l'empire De Luca avec une efficacité clinique, une précision de machine qui ne laisse aucune place à l'improvisation ni au sentiment. Les chiffres dansent sur les écrans, les projets immobiliers prennent forme sur les plans d'architecte, et je donne mes ordres d'une voix monocorde qui ne trahit rien de mon ennui. À midi, je descends dans la salle à manger, une pièce monumentale avec une table qui peut accueillir trente convives et des portraits d'ancêtres qui me dévisagent depuis leurs cadres dorés. Madame Fiore a fait préparer un déjeuner que je mange seul, assis au bout de la table, minuscule silhouette perdue dans ce décor de banquet royal. Les plats se succèdent, tous plus raffinés les uns que les autres, mais je mange sans goût, simplement pour me nourrir, comme on met de l'essence dans une voiture.







