MasukChapitre 76
_ Emma
Je le vois enfin.
La salle des parloirs est glaciale, coupée en deux par une vitre épaisse, trouée d'un interphone grésillant. Le mur est gris, la chaise est dure, l'air sent le plastique et le désinfectant. Mais dès qu'il entre, plus rien n'existe. Ni le froid, ni la peur, ni l'odeur, ni le temps.
Il est fatigué. Ses yeux sont cernés,
Chapitre 79_ EmmaJe retrouve Armand dans son bureau de la tour de verre, deux jours après notre première rencontre. Il me fait entrer sans un mot, d'un geste de la main, et je m'assieds face à lui, le dos raide, les nerfs à vif._ Tu as les documents ? demandé-je sans préambule._ J'ai mieux que ça. Des relevés, des témoignages, des preuves que Béatrice a orchestré la falsification. De quoi faire libérer Victor sous quarante-huit heures.Il pousse une chemise cartonnée vers moi, et je l'ouvre, fébrile, les doigts tremblants. Des feuilles, des chiffres, des noms. Tout y est. Trop bien, peut-être. Trop complet, trop rapide, trop parfait._ Comment tu as eu tout ça si vite ? demandé-je, en levant les yeux vers lui._ J'ai m
Chapitre 77_ EmmaJe sors du commissariat et l'air glacé me gifle le visage, mais je ne le sens presque pas.La rue est grise, sale, noyée sous une bruine fine qui colle aux vêtements et aux cheveux. Les voitures passent dans un bruit assourdi, les passants se pressent, la ville continue de vivre pendant que ma vie est en suspens, figée dans ce parloir glacial où Victor m'a regardée avec ses yeux gris et m'a dit qu'il m'aimait.« Je vais te sortir de là. »Les mots tournent dans ma tête comme une ritournelle, comme un serment que je me répète pour ne pas m'effondrer. Je vais le sortir de là. Je vais le libérer. Je vais déchirer les mensonges de Béatrice, dénoncer ses crimes, la traîner en justice. Je vais me battre, je vais gagner, je vais la détruire.
Chapitre 76_ EmmaJe le vois enfin.La salle des parloirs est glaciale, coupée en deux par une vitre épaisse, trouée d'un interphone grésillant. Le mur est gris, la chaise est dure, l'air sent le plastique et le désinfectant. Mais dès qu'il entre, plus rien n'existe. Ni le froid, ni la peur, ni l'odeur, ni le temps.Il est fatigué. Ses yeux sont cernés, ses traits tirés, sa chemise froissée, ses cheveux en désordre. Mais il est calme. Un calme étrange, presque surnaturel, comme si la prison avait éteint la colère qui le rongeait depuis des semaines. Il s'assied face à moi, pose ses poignets menottés sur le rebord de la vitre, et me regarde avec une douceur qui me brise._ Tu es là, murmure-t-il, et sa voix, déformée par l'interphone, me parvient co
Chapitre 75_ EmmaLe commissariat est un bloc de béton gris, sans âme, planté au bord d'une avenue bruyante.Je pousse la porte vitrée, et l'odeur du désinfectant me prend à la gorge, mêlée à celle du café tiède et du papier administratif. Des néons blafards éclairent un hall sinistre, des chaises en plastique alignées contre les murs, une horloge ronde qui égrène des secondes interminables. Des policiers vont et viennent, indifférents, les bras chargés de dossiers, le regard usé.Je m'avance vers l'accueil, le cœur battant, les jambes flageolantes. Une femme en uniforme me toise derrière son comptoir._ Je viens voir Victor Laurent. Il a été arrêté ce matin._ Vous êtes de la famille
Chapitre 74_ EmmaLa télévision est allumée dans le salon, et je regarde, figée, les mains posées sur mes genoux, le souffle court.Les images sont floues, tremblantes, prises par des téléphones portables, et pourtant je reconnais tout : la silhouette de Victor, les menottes sur ses poignets, les policiers qui l'encadrent, les flashes qui crépitent autour de lui comme une nuée de lucioles furieuses. Il monte dans la voiture de police, le dos droit, le visage impassible, et la portière claque. Le véhicule disparaît dans les rues de Paris.Mes jambes ne me portent plus.Je m'effondre sur le canapé, le corps soudain privé de forces, la poitrine écrasée par une douleur sourde, immense, insoutenable. C'est comme si on m'arrachait l'air, comme si le sol s'ouvrait sous mes pie
Chapitre 73_ VictorLa police débarque en plein conseil.Je suis assis au bout de la table, dans la salle de réunion du siège, entouré de mes associés, de mes directeurs, de ces hommes et de ces femmes qui me doivent leur carrière, leur fortune, leur loyauté. La réunion porte sur la restructuration de la branche immobilière, mais personne n'écoute vraiment. Les regards sont fuyants, les mains moites, les voix trop basses. Mon nom est dans la presse depuis ce matin, l'odeur du scandale a envahi la pièce comme une fumée toxique, et je les vois qui calculent déjà, qui anticipent ma chute, qui préparent leurs défections.Les portes s'ouvrent à la volée, et ils entrent.Cinq ou six hommes en civil, le visage fermé, les gestes sûrs. Derrière







