Masuk
Je le regarde. Je le regarde longtemps. Très longtemps. Je vois son visage. Ses traits tirés par la fatigue. Ses yeux cernés. Ses cheveux en désordre. Je vois tout. Je vois l’homme qu’il est devenu. Je vois le frère qu’il a toujours été. Je vois l’amour qu’il me porte. Je vois la peur qu’il a de me perdre. Et je veux tout lui dire. Je veux lui dire que j’ai couché avec Matteo. Je veux lui dire qu’il m’a rejetée. Je veux lui dire que je suis enceinte. Je veux lui dire que je suis brisée. Je veux lui dire que je ne comprends pas. Je veux lui dire que je souffre. Je veux lui dire que je l’aime. Je veux lui dire que je suis perdue. Je veux lui dire tout. Absolument tout. Mais je ne peux pas. Parce que si je lui dis, il ira trouver Matteo. Il lui demandera des comptes. Il le frappera. Il le tuera, peut-être. Il déclenchera une guerre entre les deux familles. Une guerre qui n’aurait pas lieu d’être. Une guerre qui ne ferait qu’ajouter de la douleur à la douleur. Une guerre qui briserai
Ombretta De LucaDario sait.Je ne sais pas comment. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas depuis quand. Mais Dario sait. Je le vois dans ses yeux. Dans son regard. Dans ses silences. Dans ses gestes. Dans tout. Dario sait que je cache quelque chose. Dario sait que je souffre. Dario sait que je mens. Dario sait.Il est assis en face de moi.Dans la cuisine. De la maison de notre enfance. Celle où nous avons grandi. Celle où nos parents sont morts. Celle qui porte le poids de nos souvenirs. Celle qui sent le vieux bois et la cire. Celle qui sent l’histoire. Celle qui sent mon enfance.Il me regarde.Il ne dit rien. Il n’a pas besoin de dire quoi que ce soit. Son regard suffit. Son regard me dit tout. Son regard me dit qu’il sait. Qu’il a compris. Qu’il a deviné. Qu’il attend. Qu’il attend que je parle. Qu’il attend que je craque. Qu’il attend que je lui dise tout.— Tu vas bien ?Sa voix est douce. Trop douce. Cette douceur qu’on réserve aux mourants. Aux condamnés. Aux blessés grave
Ombretta De LucaJe ne lui dirai rien.C’est ma décision. Ma seule décision. Ma première décision depuis des semaines. Je ne lui dirai rien. Pas un mot. Pas une lettre. Pas un message. Pas un appel. Rien. Il ne saura jamais. Il ne saura jamais que je porte son enfant. Il ne saura jamais que je suis enceinte de lui. Il ne saura jamais que je vais élever cet enfant seule. Il ne saura jamais que je vais être mère. Il ne saura jamais que je vais être père et mère à la fois. Il ne saura jamais rien.Parce qu’il ne mérite pas de savoir.Il ne mérite pas de savoir qu’il va être père. Il ne mérite pas de savoir qu’il a créé une vie. Il ne mérite pas de savoir qu’il a brisé une femme. Il ne mérite pas de savoir qu’il a détruit un amour. Il ne mérite pas de savoir quoi que ce soit. Parce qu’il m’a rejetée. Parce qu’il m’a brisée. Parce qu’il m’a détruite. Parce qu’il s’est fiancé à une autre. Parce qu’il m’a remplacée. Parce qu’il m’a oubliée. Parce qu’il ne m’a jamais aimée.Je suis dans ma ch
Ombretta De LucaJe l’apprends par hasard.Parce que c’est toujours comme ça, non ? Les pires nouvelles. Celles qui vous brisent. Celles qui vous détruisent. Celles qui vous tuent. On ne les apprend jamais directement. On ne les apprend jamais de la bouche de ceux qui devraient nous les dire. On les apprend par hasard. Par une phrase entendue. Par une conversation surprise. Par un message lu. Par une photo vue. Par un détail. Un tout petit détail. Qui change tout.Je suis à l’université.Dans le hall. Entre deux cours. Je marche. Je ne regarde personne. Je ne parle à personne. Je suis un fantôme. Je suis une ombre. Je suis rien.Et je les entends.Deux filles. Derrière moi. Elles parlent. Elles rient. Elles gloussent. Elles disent des choses. Des choses futiles. Des choses insignifiantes. Des choses qui ne m’intéressent pas. Mais un mot. Un seul mot. Arrête mon cœur. Matteo.Je me fige.Je m’arrête. Je ne bouge plus. Je tends l’oreille. Je écoute. Je bois leurs paroles. Comme si ma vi
Ombretta De LucaJ’ai attendu trois jours.Trois jours depuis le test. Trois jours depuis la confirmation. Trois jours depuis cette vérité qui me hante. Trois jours que je tourne en rond. Trois jours que je me demande si je dois le faire. Trois jours que je me demande si je dois lui dire. Trois jours que je me demande si je dois lui donner une chance. Une chance de savoir. Une chance de comprendre. Une chance de réagir.Alors je le fais.Je prends mon téléphone. Je cherche son numéro. Je le trouve. Je le fixe. Longtemps. Très longtemps. Mon pouce tremble au-dessus de l’écran. Mon cœur bat trop vite. Ma gorge se serre. Je respire. Je respire encore. Je respire une troisième fois. Puis j’appuie.Ça sonne.Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Six fois. Sept fois. Huit fois. Neuf fois. Dix fois. Répondeur. Sa voix. Froide. Distante. Professionnelle. Vous êtes bien sur le répondeur de Matteo Rinaldi. Laissez un message. Je raccroche.Je recommence.Ça sonne. Une fois. D
Ombretta De LucaJe suis rentrée chez moi.Seule.Giulia voulait rester. Giulia voulait dormir sur le canapé. Giulia voulait veiller sur moi. Mais je l’ai renvoyée. Je lui ai dit que j’avais besoin d’être seule. Que j’avais besoin de réfléchir. Que j’avais besoin de digérer. Elle n’a pas insisté. Elle m’a embrassée. Elle m’a dit d’appeler si j’avais besoin. N’importe quand. Jour et nuit. Elle a fermé la porte. Et je suis restée seule.Seule avec moi-même.Seule avec mon ventre.Seule avec cet enfant.Je suis assise par terre. Dans le couloir. Le dos contre le mur. Les genoux remontés contre ma poitrine. Les bras serrés autour de mes jambes. Je fixe le mur d’en face. Je ne vois rien. Je ne pense à rien. Je ne suis rien.Enceinte.Je suis enceinte.Les mots tournent dans ma tête. En boucle. Comme un disque rayé. Comme une prière. Comme une malédiction. Enceinte. Enceinte. Enceinte. De Matteo. De l’homme qui m’a dit de partir. De l’homme qui m’a dit que c’était une erreur. De l’homme qui







