MasukAlessandro
Le lendemain matin, je me réveille avec un poids sur la poitrine, une sensation d'oppression qui me suit depuis la fête. Le soleil filtre à travers les rideaux, et bien que la lumière soit douce, elle ne parvient pas à dissiper l'ombre qui pèse sur mon esprit. Les événements de la veille me hantent, et je me lève en réfléchissant à ce que je pourrais faire pour préserver l'honneur de ma famille tout en gardant mon frère près de moi.
— L'éclat des rires et des danses me semble désormais si lointain, remplacé par un silence pesant. Je descends les escaliers du manoir, chaque pas résonnant comme un écho de mes pensées troublées. Le grand hall, habituellement animé, est désert, et je ne peux m'empêcher de ressentir une solitude accablante.
— Je me dirige vers le bureau familial, un espace où les décisions cruciales sont prises, où les destins se dessinent. En entrant, je découvre un désordre organisé, des papiers éparpillés sur le bureau, des dossiers d'affaires en attente de ma signature. Mais aujourd'hui, mon esprit est loin des affaires courantes. Je pense à Marco, à son regard sombre, à sa rage contenue.
— Je m'assois derrière le bureau et décide d'écrire une lettre à Marco, pour tenter de briser la glace qui semble s'être installée entre nous. Je commence à rédiger des mots simples, mais au fur et à mesure que j'écris, je réalise que les mots ne suffiront pas à exprimer la complexité de mes émotions.
— Marco, je sais que notre relation est tendue en ce moment. Je veux que tu saches que je tiens à toi et que je ne souhaite pas que la jalousie ou la rivalité nous sépare. Nous devons nous unir, surtout face à la menace que représente Vittorio.
Je relis mes mots, mais je ne suis pas convaincu. Que puis-je dire de plus qui pourrait toucher son cœur ? Les larmes de frustration menacent de monter aux yeux, mais je les refoule. Je sais que Marco est plus qu'un simple rival ; il est mon frère, et notre lien est plus fort que les intrigues qui nous entourent.
— Soudain, un bruit brisé de verre se fait entendre dans le couloir, me faisant sursauter. Je me lève rapidement et me dirige vers l'origine du bruit. En passant dans le hall, je croise une servante qui semble en panique, les mains tremblantes.
— Que s'est-il passé ? lui demandai-je, le cœur battant.
— Monsieur, c'est… c'est Clara. Elle est tombée dans le jardin, elle… elle a besoin de vous.
Mon cœur se serre à l'idée que quelque chose puisse arriver à Clara. Je me précipite vers la porte du jardin, l'angoisse m'envahissant. En sortant, je la découvre étendue sur le sol, entourée de fleurs éclatantes, mais son visage est blême.
— Je me penche vers elle, mes mains tremblantes, et je peux voir qu'elle a perdu connaissance. Clara, réveille-toi, s'il te plaît. Je caresse doucement sa joue, espérant qu'elle reviendra à elle. Les souvenirs de nos moments ensemble me reviennent en tête, et je réalise à quel point elle compte pour moi.
— Quelques instants plus tard, elle ouvre les yeux, et je vois la peur dans son regard. Alessandro… qu'est-ce qui s'est passé ?
— Tu es tombée. Que s'est-il passé ? Je suis préoccupé par son état, mais je sens aussi une vague de soulagement à la voir consciente.
— Je… je ne sais pas. J'ai ressenti un vertige… Elle se redresse lentement, et je l'aide à se relever. Je suis désolée, je ne voulais pas…
— Ce n'est rien, l'important est que tu sois en sécurité. Je prends un moment pour l'observer, pour voir si elle a besoin d'aide. Le jardin, d'habitude si vivant, semble maintenant une métaphore de l'angoisse qui m'envahit.
La conversation s'engage entre nous, et je fais de mon mieux pour la rassurer. Mais alors que je lui parle, je ne peux m'empêcher de penser à ce que cela signifie pour nous deux. Clara n'est pas seulement une amie, elle est aussi un lien vers un monde où la passion et le danger se mêlent.
— Tu devrais rentrer à l'intérieur, te reposer. Je vais te ramener. Je l'accompagne lentement jusqu'à la porte, veillant sur elle comme un gardien. Mais dans mon esprit, une question résonne : qui est réellement derrière cet incident ? Est-ce un simple accident, ou y a-t-il une intention malveillante qui se cache dans l'ombre ?
Alors que nous franchissons le seuil, je sens une tension palpable dans l'air, comme si un orage se préparait à éclater.
— Alessandro, je t'ai vu à la fête hier soir. Tu semblais… préoccupé. Clara me fixe, ses yeux cherchant à percer mes pensées.
— C'est juste… beaucoup de responsabilités. Je ne peux pas lui dire la vérité, pas encore. Je ne veux pas l'inquiéter. Mais alors que je la regarde, je réalise que je ne peux pas ignorer les dangers qui menacent non seulement ma famille, mais aussi les personnes que j'aime.
— Je suis là si tu as besoin de parler. Sa voix est douce, mais je détecte une force sous-jacente. Elle est prête à soutenir, à écouter, mais je crains que cela ne soit pas suffisant.
— Merci, Clara. Je te promets de te tenir au courant. Nous entrons dans le manoir, et je la fais asseoir dans le salon, où elle peut se reposer. Je m'éloigne pour lui préparer un verre d'eau, mais mon esprit est toujours en proie au doute.
— En servant l'eau, je repense à Marco et à la tension qui nous sépare. Je ne peux pas ignorer le fait qu'il pourrait être en danger, tout comme Clara. Peut-être devrais-je l'inviter à discuter, à confronter nos peurs.
— En revenant vers Clara, je me rends compte que je dois agir rapidement. Les secrets qui entourent ma famille et mes relations sont en train de se fissurer, et il est temps de faire face à la réalité. Je dois protéger ceux que j'aime, même si cela signifie affronter des vérités douloureuses.
— Clara, je vais devoir prendre quelques décisions difficiles dans les jours à venir. J'espère que tu pourras me soutenir, car je vais avoir besoin de toi.
Elle m'adresse un sourire plein de compréhension, et je sais que la route devant nous sera semée d'embûches. Mais ensemble, nous pourrions peut-être trouver un chemin à travers l'obscurité.
— Alors que je l'observe, une autre pensée me traverse l'esprit. Que se passerait-il si Vittorio décidait de frapper encore plus fort ? Je suis conscient que je ne peux plus rester passif. Il est temps d'agir, de rassembler mes alliés et de me préparer à la confrontation.
Je me lève, déterminé. Je dois parler à Marco, mais je sais que cela ne sera pas facile. Mon frère, si souvent en proie à la colère, pourrait réagir de manière imprévisible. Mais je dois faire cet effort, non seulement pour lui, mais aussi pour notre famille.
— Je regarde Clara, qui semble encore un peu fatiguée mais déterminée à rester à mes côtés. Ensemble, nous allons affronter les tempêtes qui se profilent à l'horizon, car dans ce monde où la loyauté est rare et les trahisons fréquentes, je sais que je dois m'entourer des bonnes personnes.
— Alors que je quitte la pièce pour chercher Marco, je sens une étincelle de détermination grandir en moi. Les secrets ne resteront pas cachés longtemps. Je suis prêt à faire face à la vérité, quoi qu'elle puisse être.
Alessandro—Le jour où Clara est morte, il pleuvait.Une pluie fine, silencieuse, obstinée. Une pluie de novembre qui collait aux vitres et rendait la terre grasse. Je l'ai trouvée dans le jardin, sous le grand olivier, celui qu'on a planté ensemble le premier printemps après la prison. Elle s'était assise là pour se reposer. Elle ne s'est jamais relevée.Sa main était encore chaude. Son visage était paisible. Pas de souffrance, pas de lutte. Juste le cœur qui s'arrête, comme une horloge qu'on ne remonte plus.Je me suis assis à côté d'elle. Je ne sais pas combien de temps. Une heure, peut-être deux. La pluie a continué de tomber. Les chèvres bêlaient dans l'enclos. La vie continuait, alors que la mienne venait de s'arrêter.Enzo est arrivé le lendemain, avec sa femme et ses enfants. Il m'a pris dans ses bras. Il pleurait. Moi, je ne pleurais pas. Je n'ai pas pleuré depuis l'enterrement. Pas une larme. Pas un sanglot. Comme si toute l'eau de mon corps s'était tarie.—Cela fait cinq
SofiaLes funérailles ont eu lieu un mardi, sous un ciel bas et gris qui ne ressemblait pas au Brésil. Matteo est enterré dans le petit cimetière de Santa Luzia, sur la colline, face aux montagnes qu'il aimait. Je n'ai pas pleuré pendant la cérémonie. J'avais épuisé toutes mes larmes dans la chambre d'hôpital, dans le couloir, sous la douche. Je suis restée droite, immobile, les yeux secs, la main de Luisa dans la mienne.Alessandro était là. Il n'est pas reparti tout de suite. Il a prolongé son séjour, m'a aidée pour les papiers, les démarches, les décisions que les veuves doivent prendre. Il a dormi dans la chambre d'amis, a préparé le café le matin, a parlé à Luisa quand je n'avais plus la force de parler.Cela fait maintenant un an.Un an sans Matteo. Un an de nuits vides et de draps froids. Un an à regarder Luisa grandir, à lui raconter des histoires sur son père, à inventer une suite à une vie qui s'est arrêtée.Alessandro est revenu. Pour les six mois, pour le premier anniversa
MatteoLe médecin a dit six mois. C'était il y a cinq mois et vingt jours. Je les ai comptés. Chaque matin, au réveil, je regarde le calendrier et je me dis : encore un. Encore un jour de gagné sur le cancer.Aujourd'hui, je ne me lèverai pas.Le lit est mon royaume maintenant. Un lit d'hôpital, à Rio de Janeiro, avec des draps blancs trop râpeux et une fenêtre qui donne sur la mer. Je vois l'Atlantique de mon oreiller. C'est un luxe auquel je ne m'attendais pas. Mourir avec vue sur la mer.Sofia est à mon chevet. Elle tient ma main. Ses yeux gris sont rouges, gonflés, épuisés. Elle ne pleure pas devant moi. Elle attend d'être dans le couloir, ou dans la voiture, ou sous la douche. Mais je sais qu'elle pleure. Je la connais. Je connais chaque recoin de son âme depuis vingt-cinq ans.Luisa est à l'école. On ne lui a pas dit que c'était la fin. On lui a dit que papa était fatigué, qu'il avait besoin de repos, qu'il irait mieux. Des mensonges d'adultes. Des mensonges d'amour.— Tu veux q
ClaraLa porte s'ouvre. Il est là.Son visage est fatigué, creusé par le décalage horaire et les nuits sans sommeil. Ses yeux gris sont rougis, cernés, mais ils brillent d'une lumière que je ne leur ai jamais vue. Une lumière de paix. Il pose sa valise dans l'entrée. Il me regarde. Il ne dit rien.— Tu es rentré, dis-je.— Je suis rentré.Enzo dort déjà. La maison est silencieuse. Le poêle crépite dans le salon. Dehors, les oliviers bruissent sous le vent de la nuit calabraise. Je suis debout dans la cuisine, un torchon à la main, exactement comme le jour où il est sorti de prison. Comme si toutes les retrouvailles se ressemblaient. Comme si chaque retour était le même retour.Il s'approche. Il s'arrête devant moi. Il lève une main, touche mon visage.— Tu m'as manqué, dit-il.— Toi aussi.— Clara, je dois te dire quelque chose.Mon cœur se serre. Je sais ce regard. Ce regard grave, intense, douloureux. Le même que le jour où il m'a avoué pour Sofia. Le même que le jour où il m'a mont
Alessandro—La nuit brésilienne est plus épaisse que la nuit italienne. Elle a un poids, une texture, une odeur de terre rouge et de fleurs inconnues dont je ne sais pas le nom. La maison de Matteo et Sofia est simple, une bâtisse coloniale aux murs blancs, aux volets bleus, posée sur une colline du Minas Gerais. La véranda donne sur les montagnes. Le ciel est rempli d'étoiles que je ne reconnais pas, des constellations de l'hémisphère sud, étrangères et magnifiques.Je suis ici depuis trois jours.Trois jours à regarder ma sœur vivre. À la regarder être mère, être épouse, être heureuse. Elle a changé. Ses gestes sont plus lents, plus sûrs. Sa voix a pris une gravité que je ne lui connaissais pas. Ses yeux gris, nos yeux, sont les mêmes. Mais la lumière qui les habite est nouvelle. Une lumière douce, apaisée, qui parle de paix intérieure.Je ne la désire plus.C'est ce que je me répète depuis trois jours. Je ne la désire plus. J'ai enterré cette ombre dans les braises du poêle, en Ca
Alessandro—L'enveloppe est épaisse, lourde, timbrée du Brésil. Je la reconnais tout de suite. L'écriture de Matteo.Elle est arrivée ce matin. Je l'ai posée sur la table, devant mon café, sans l'ouvrir. Clara est à côté de moi. Enzo est à l'école. La cuisine est silencieuse, baignée de la lumière douce des collines calabraises.— Tu ne l'ouvres pas ? demande Clara.— Si. J'attends.— Tu attends quoi ?— Le courage.Elle ne dit rien. Elle pose sa main sur la mienne. Elle sait. Elle sait ce que contient cette lettre. On en a parlé cent fois depuis que Matteo nous a envoyé la photo de Luisa. Depuis que j'ai écrit que peut-être, un jour, je viendrais.Ce jour est arrivé.Je déchire l'enveloppe. Une carte s'en échappe. Une carte d'invitation. Pas un faire-part luxueux, pas de la papeterie chère. Du papier cartonné, fait main, avec des fleurs séchées collées dessus.Nous vous invitons au baptême de Luisa.Le 15 septembre, en l'église de Santa Luzia, Minas Gerais, Brésil.Sofia & MatteoAu
MatteoIl sort les relevés bancaires suisses du coffret.— Il est à toi. Prends-le. Prends Sofia. Disparais. Recommence. Loin. En Amérique du Sud, en Asie. Où tu veux.&mda
AlessandroLa nouvelle nous parvient par bribes, sur les ondes cryptées et les lignes sécurisées. Un carnage à la villa Moretti. Don Vittorio Moretti, mort. Une douzaine de ses hommes, abattus. Les pertes de Matteo sont lourdes aussi, mais il a réussi à fuir.La ville, au petit matin, est silencieu
MatteoLa lune est un œil aveuglant, indifférent, suspendu au-dessus des cyprès qui bordent la propriété. La villa est un monstre de pierre blonde, illuminée de l’intérieur comme un navire de croisière échoué dans les collines.Nous sommes onze. L’équipe la plus fine, la plus silencieuse, la plus m
AlessandroLe message arrive, un mot unique sur l’écran crypté. « Checkmate. » Il brille dans la pénombre de mon bureau, porteur d’un sens qui me glace.Ce n’est pas un cri de victoire. C’est une déclaration d’indépendance. Une notification : la pièce a quitté l’échiquier.— Il a pris la décision,







