LOGINAlessandro
Les heures passent lentement alors que je me prépare à affronter Marco. Le manoir, autrefois un refuge, semble aujourd'hui comme une cage, ses murs se refermant sur mes pensées tumultueuses. Je parcours les couloirs, chaque pas résonnant avec une intensité qui accentue mon appréhension. Je sais que cette conversation est cruciale, et je ne peux me permettre d'échouer.
— Dans le salon, je trouve Marco assis, le regard perdu dans le vide. Il semble plus âgé, plus fatigué, comme si le poids des attentes et de la rivalité le rongeait de l'intérieur. Je prends une profonde inspiration, me préparant à briser le silence qui nous sépare.
— Marco, peux-tu m'accorder un moment ? J'aimerais te parler. Ma voix est calme, mais elle trahit une tension sous-jacente.
Il lève les yeux vers moi, et je perçois un mélange de surprise et de méfiance dans son regard. Qu'est-ce que tu veux, Alessandro ? répond-il, sa voix froide comme l'acier.
— Je pense que nous devons discuter de ce qui s'est passé la nuit dernière, et de ce qui se trame autour de nous. Je m'avance, prenant soin de ne pas paraître menaçant.
— Je n'ai pas besoin de tes leçons de morale, frère. Son ton est acerbe, et je sens la colère bouillonner sous la surface.
— Ce n'est pas une leçon de morale. C'est une tentative de compréhension. Je suis inquiet pour toi, pour nous. Je fais un pas en avant, cherchant à établir un contact, mais il se recule légèrement, comme si ma présence le dérangeait.
— Inquiet ? Tu sembles plus préoccupé par ta propre position que par ce qui se passe autour de nous. Ses mots sont comme des flèches, perçant la carapace que j'essaie de construire.
— Ce n'est pas vrai, Marco. Je me bats pour notre famille. Pour notre héritage. Vittorio ne recule devant rien, et nous devons être unis. Je tente de garder ma voix posée, mais je sens une montée d'émotion que je peine à contenir.
— Unis, vraiment ? Il éclate de rire, mais c'est un rire amer, désabusé. Tu veux que je te crois, après tout ce que tu as accompli en marchant sur mes rêves ?
Je ferme les yeux un instant, conscient que mes actions passées ont pu creuser un fossé entre nous.
— Je sais que j'ai pris des décisions difficiles, mais cela ne change rien à l'amour que j'ai pour toi, Marco. Je fais un pas de plus, déterminé à atteindre son cœur.
— L'amour ? Il secoue la tête, son expression trahissant une douleur profonde. Qu'est-ce que cela signifie quand tu es prêt à sacrifier tout ce que nous avons construit ?
— Je ne sacrifierai jamais notre lien, je te le promets. Je suis sur le point de lui révéler mes véritables inquiétudes, mais je me rends compte que je dois d'abord gagner sa confiance.
— Écoute, je sais que tu es en colère. Mais nous devons affronter Vittorio ensemble. Je ne peux pas le faire seul. Je t'ai toujours vu comme mon égal, et je veux que tu sois à mes côtés.
Un silence lourd s'installe entre nous, et je peux presque entendre le battement de nos cœurs. Marco semble lutter avec ses émotions, son visage se tordant entre la colère et la tristesse.
— Que veux-tu que je fasse, Alessandro ? Sa voix est plus douce maintenant, mais le défi est toujours présent.
— Je veux que tu m'aides à rassembler nos alliés. Nous devons planifier, établir une stratégie. Je pense que Vittorio prépare quelque chose de grand, et nous devons être prêts.
Il soupire, ses épaules se relâchant légèrement alors qu'il considère mes mots. Tu crois vraiment qu'un simple plan sera suffisant ? Vittorio est rusé.
— Je le sais. Mais si nous restons divisés, il n'hésitera pas à frapper. Je refuse de laisser notre famille tomber aux mains de cet homme.
— Marco fixe le sol, perdu dans ses pensées, et je sais que le moment est venu d'aborder une autre question.
— Et Clara, que penses-tu d'elle ? Je le regarde droit dans les yeux, espérant qu'il comprendra l'importance de sa réponse.
— Clara… elle n'est qu'un pion dans ce jeu, Alessandro. Tu es trop attaché à elle.
Je sens une colère sourde monter en moi. Ce n'est pas un jeu, Marco. Elle est bien plus que cela pour moi. Elle est une alliée, une amie.
— Une amie qui pourrait te causer plus de problèmes qu'autre chose.
Je secoue la tête, frustré par son obstination. Tu ne comprends pas. L'amour et la loyauté sont des armes, pas des faiblesses.
— Marco se redresse, le défi dans ses yeux. Et si cet amour te rend aveugle ? Que feras-tu alors ?
— Je ferai ce qu'il faut pour protéger ceux que j'aime. Je m'approche de lui, ma voix se faisant plus pressante. Nous avons besoin de Clara. Elle a des informations que nous n'avons pas, des connexions qui pourraient nous aider.
— Un silence s'installe, et je réalise que je dois faire une pause. J'aspire à une atmosphère plus détendue, alors je me recule légèrement, essayant de calmer le ton de notre échange.
— Marco, je ne te demande pas de l'accepter comme une sœur. Je te demande simplement de considérer ce qu'elle pourrait apporter à notre cause.
— Et si elle trahissait notre confiance ? Il croise les bras, son regard défiant.
— Je préfère prendre le risque que de rester les bras croisés. Nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir peur.
— À ce moment-là, je vois une lueur de compréhension dans ses yeux, comme s'il commençait à saisir la gravité de notre situation.
— D'accord. Je vais réfléchir à ce que tu as dit. Mais je ne peux pas promettre que je l'accepterai facilement.
— Je hoche la tête, soulagé qu'il soit enfin disposé à écouter. C'est tout ce que je demande, Marco. Nous devons nous unir pour affronter ce qui arrive.
Alors que nous restons là, dans la lumière tamisée du salon, je me sens soudain plus léger, comme si un poids avait été levé.
— Maintenant, allons-nous asseoir ensemble à la table et établir notre plan ? Je fais un geste vers la grande table en bois, où nous avons souvent partagé nos rêves et nos ambitions.
— Marco acquiesce lentement, et je peux voir une étincelle de détermination dans ses yeux. Ensemble, nous pouvons peut-être retrouver notre unité, et construire un avenir plus solide.
— En nous dirigeant vers la table, je réalise que les liens qui nous unissent, bien que fragiles, ont la capacité de se renforcer. Dans ce monde de rivalités et de trahisons, il est essentiel de chérir ces connexions, car elles sont notre meilleure défense contre les tempêtes qui approchent.
Je suis conscient que le chemin sera long et semé d'embûches, mais je suis prêt à me battre pour ce que j'aime. Avec Marco à mes côtés, je sais que nous pouvons faire face à tout ce que la vie nous réserve.
— En prenant place autour de la table, je commence à esquisser un plan, à dresser une liste de nos alliés potentiels et des stratégies à adopter. Chaque nom inscrit sur le papier résonne comme un espoir, une promesse d'unité.
— Marco, bien que toujours méfiant, s'implique peu à peu dans la discussion. Il commence à partager ses idées, ses préoccupations, et je vois en lui une lueur de détermination renaître. La tension entre nous commence à s'estomper, remplacée par une dynamique de collaboration.
— Nous passons des heures à discuter, à échanger des idées, à envisager des scénarios. Chaque minute qui passe me rapproche de la réconciliation avec mon frère, et je sens que nous avons enfin commencé à reconstruire le lien qui nous unit.
— Mais au fond de moi, une inquiétude persiste. Je sais que le danger est toujours présent, que Vittorio ne restera pas inactif. Chaque décision que nous prenons doit être mûrement réfléchie, car le moindre faux pas pourrait avoir des conséquences désastreuses.
— Alors que le soleil commence à se coucher, projetant une lumière dorée à travers les fenêtres du manoir, je réalise que nous avons fait des progrès. Marco et moi avons surmonté une partie de notre rivalité, et ensemble, nous sommes plus forts.
— Cependant, je ne peux pas ignorer les menaces qui se profilent à l'horizon. En me tournant vers Marco, je sais que la vraie bataille ne fait que commencer. Nous avons encore beaucoup à affronter, mais avec notre détermination renouvelée et notre unité retrouvée, je crois que nous pouvons surmonter tous les obstacles qui se dresseront sur notre chemin.
AlessandroMatteo Cavalli se tient sous un réverbère au néon clignotant, vêtu d’un long manteau sombre. À ses côtés, un homme plus petit, encapuchonné, une longue boîte à ses pieds. Un étui à fusil de précision. Le Corbeau.Nous nous arrêtons à quelques mètres. Les regards se croisent, chargés de toute la haine et de la méfiance du monde.— Tu as tenu parole, dit Matteo avec un sourire mince. Pour le corbeau aussi.— Montre-moi son visage, dis-je.L’homme à la capuche lève lentement les mains et repousse son capuchon. Le visage qui apparaît est quelconque, d’une banalité déconcertante. Un homme d’une quarantaine d’années, des traits fatigués, des yeux d’un gris terne. Rien du tueur d’élite mythique. C’est encore plus effrayant.— Satisfait ? demande Matteo.— Pour l’instant. Parlons.— Les garanties d’abord, dit-il. Je veux quelque chose de concret. Un premier gage de ta… collaboration.Je fais un signe à Clara. Elle sort une clé USB de sa poche et la lance à Matteo. Il la rattrape au
AlessandroLa pièce sent le vieux café, la sueur froide et la poussière. Une odeur de défaite lente. Je fixe le téléphone jeté sur la table, cet objet inerte qui va devenir notre corde de pendu et notre fil d’espoir. Clara, Riccardo, Lorenzo et Gia me font face. Leurs visages sont des masques de fatigue, mais dans leurs yeux, une détermination nouvelle a remplacé la peur panique. Nous avons un plan. Un plan fragile, glissant, construit sur un équilibre de mensonges.— Il faut l’appeler maintenant, dit Clara. Plus on attend, plus il soupçonnera une contre-attaque. Il faut montrer… de la résignation. Une colère rentrée.Je hoche la tête. Elle a raison. Matteo s’attend à ce que je lutte, à ce que je tempête. Il faut lui donner autre chose. Quelque chose de plus subtil, de plus crédible.Je compose le numéro qu’il m’a donné. La sonnerie retentit, une fois, deux fois. Chaque drinn résonne dans le silence tendu de la pièce.— Romano. Je ne m’attendais pas à un appel si rapide. Le désespoir
AlessandroCe n'est qu'une fois hors des grilles, à l'abri relatif d'une ruelle sombre, que je m'effondre contre un mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlables. Pas de peur. De rage. Une rage impuissante, sourde, qui bout dans mes veines.Le retour au repaire est une marche d'automate. Clara, Riccardo et Lorenzo me guettent, leurs visages tendus par l'attente.— Alors ? rugit Lorenzo. Qui c'était ? Qu'est-ce qu'il voulait ?Je les regarde tous, un à un. Ma famille. La vraie. Pas celle du sang volé, mais celle du choix et de l'épreuve.— Il s'appelle Matteo Cavalli. Le fils de Salvatore, l'associé de mon père. Mon père a fait tuer sa famille. Il est revenu se venger.Je leur résume tout, d'une voix monocorde, épuisée : la vérité sur mon père, le plan de Matteo, son offre. Le choix. Je ne leur cache rien. Pas même ma propre hésitation.Le silence qui suit est lourd de stupeur.— Ton père… murmure Clara, choquée. Je ne… je ne peux pas y croire.— Moi non plus, dis-je. Mais les
AlessandroLe silence après sa question est un gouffre. Le temps semble se distendre dans l'air froid du cimetière, chaque seconde une goutte d'eau glacée sur la nuque. Je vois mon propre souffle former de petits nuages blancs entre nous. Je vois ses yeux, ces miroirs maudits de mon propre visage, scruter le mien, cherchant la fissure, la peur, l'indécision.Ma réponse. Elle devrait être immédiate. Un rugissement de défi. Un refus catégorique de plier le genou devant ce fantôme vengeur. Romano ne se rend pas. C'est ce que mon père aurait dit. C'est ce que l'ancien moi aurait hurlé.Mais je ne suis plus cet homme. Je porte les cendres de Marco. Le poids de la confiance de Riccardo. La lueur d'espoir dans les yeux de Clara. Je porte la responsabilité de leur vie, maintenant. Ce n'est plus seulement mon héritage, ma fierté. C'est leur avenir.Le mot « oui » pourrait les sauver. Un « non » les condamne presque à coup sûr.Mais accepter, c'est trahir. C'est valider le massacre de son enfan
AlessandroLa nuit tombe, froide et claire. La lune, presque pleine, est un œil pâle dans le ciel de suie. Le cimetière Saint-Michel est un champ de pierres blanches et d’ombres noires, silencieux comme seul un lieu des morts peut l’être.Je passe les grilles, mes pas résonnant sur le gravier. L’air sent le cyprès et la terre humide. Je trouve la tombe sans difficulté. Une pierre simple, plus ancienne, à l’écart des allées principales. « Salvatore Cavalli. 1949 – 1998. Repose en paix. » Une paix volée.Je m’arrête à quelques mètres, les mains visibles, loin de mon arme.Minuit sonne au clocher lointain de la ville. Les douze coups tombent dans le silence, chacun un battement de cœur amplifié.Il émerge de l’ombre derrière la tombe comme s’il naissait de la pierre elle-même. Plus grand que je ne m’en souvenais. Vêtu d’un manteau sombre. Son visage est effectivement plus âgé, ciselé par le temps et, sans doute, par la haine. Mais les yeux… ces yeux gris-vert des Romano. Les miens.— Ale
AlessandroL’épuisement me terrasse soudain. Ce n’est pas fini. Ça ne fait que commencer. Une guerre dans l’ombre. Contre un fantôme de mon propre sang.— Il faut se renforcer, dis-je, posant mon verre vide avec un bruit sec. Pas en hommes. En informations. Lorenzo, tu vas contacter toutes nos vieilles connaissances, tous les indics, les flics pourris, les petits voyous. Je veux tout savoir sur un tireur d’élite qui ressemble à un Romano. Clara…Je me tourne vers elle. Son visage est pâle mais déterminé.— Ton réseau. Les femmes. Les épouses, les maîtresses, les secrétaires. Les ombres ont des oreilles. Trouve-moi des murmures sur un « Spectre ». Riccardo, tu restes avec Gia. Ici, c’est encore le lieu le plus sûr.Mais même en disant cela, je doute. Un ennemi qui a pu infiltrer l’opération de Moretti, qui a su où et quand frapper… Notre « sanctuaire » est-il encore à l’abri ?Les jours qui suivent sont un exercice de tension nerveuse. Nous changeons de repaire deux fois, passant d’un







