LOGINNélia
Quelqu’un frappe.
Je sais que c’est lui.
Je reste assise devant mon bureau, le regard fixé sur la boîte blanche posée au pied du lit. La musique monte depuis le salon.
J’ouvre.
Kaïs remplit presque l’encadrement. La marque laissée par Inès rougit encore sous son oreille. Son col garde une légère trace de rouge à lèvres. Je la vois aussitôt et déteste la chaleur qui me reprend.
Son regard glisse sur mon tee-shirt, mes jambes nues, puis rejoint la boîte.
— La robe te déplaît ?
— Elle est très belle.
— Alors pourquoi elle est encore là ?
Je tire sur l’ourlet de mon tee-shirt.
— Je connais personne en bas.
La voix d’une femme appelle Kaïs depuis l’escalier. Il l’ignore.
— Tu me connais, moi.
Je baisse les yeux vers la marque sur son cou.
— À peine.
Kaïs s’appuie contre le chambranle. Le sourire qu’il adresse aux invités a disparu, mais quelque chose de plus personnel reste dans ses yeux.
— Dix minutes. Ensuite, tu remontes si tu t’ennuies.
Quelques minutes plus tard, je la passe de nouveau. Je laisse mes cheveux détachés, applique un peu de mascara et efface deux fois mon rouge à lèvres avant de choisir une teinte plus pâle.
Kaïs m’attend au pied de l’escalier.
Inès parle près de la terrasse avec une coupe à la main. Elle suit son regard, me découvre sur les marches et marque une courte pause. Son sourire revient avant que j’atteigne le salon.
Kaïs tend la main.
Je pose mes doigts dans les siens. Sa paume se referme et il me fait franchir les dernières marches.
Près du bar, un garçon tourne la tête à notre approche.
Une chemise blanche en lin, ouverte sur sa gorge et retroussée jusqu’aux coudes, épouse un torse large et une taille étroite. Son pantalon beige tombe parfaitement sur ses hanches, avec des baskets claires qui rendent l’ensemble plus jeune. Ses cheveux bruns ont pris des reflets dorés au soleil, et sa peau garde encore la couleur de l’été.
Ses yeux sont verts.
— Nélia, ma sœur, dit Kaïs. Elle s’installe ici pour quelques mois. Eliott Morel, un ami du lycée.
Ils passent de Kaïs à moi et s’éclairent aussitôt.
Eliott embrasse ma joue. Sa main se pose brièvement sur mon bras, chaude et ferme.
— Enfin. Antoine parle de toi depuis le mariage.
Son regard parcourt ma robe avec une franchise qui me donne envie de rentrer le ventre.
— Tu es magnifique.
Le compliment sort avec tant de naturel que je souris avant de pouvoir cacher mon plaisir.
— Merci.
— Kaïs choisit donc mieux les robes que les vins.
Kaïs prend la coupe qu’Eliott lui tend, en goûte une gorgée et la lui rend.
— Tu bois celui-ci depuis une heure.
— J’admire surtout ta constance.
La blonde rit et tire Eliott par la manche pour récupérer son attention. Il lui promet de la retrouver près de la piscine, puis revient vers moi au moment où Inès appelle Kaïs depuis le salon.
Elle s’est assise sur l’accoudoir d’un canapé. Ses jambes croisées apparaissent sous sa robe rouge et son doigt fait lentement le tour de son verre. Kaïs me regarde, touche une dernière fois ma taille, puis rejoint son groupe.
Eliott suit mon regard.
— Première soirée dans la famille Valmont ?
— Ça se voit tant que ça ?
— Tu tiens ton sac comme si quelqu’un allait te demander ton invitation.
Je desserre mes doigts autour de la chaîne.
Il demande deux cocktails au barman et je prends le citron. Eliott s’appuie près de moi contre le comptoir, assez proche pour que sa manche effleure mon bras chaque fois qu’il porte son verre à ses lèvres.
Une fille vient l’embrasser sur les deux joues et lui demande des nouvelles de son épaule. Il fait rouler l’articulation sous sa chemise.
— Le médecin m’a autorisé à reprendre lundi.
— Ton entraîneur va encore te faire jouer tout le match.
— C’est son unique preuve d’affection.
Elle presse son biceps pour vérifier sa guérison, puis rejoint ses amis avec un sourire. Eliott regarde ma curiosité et soulève légèrement sa manche. Une bande adhésive court sur son épaule.
— Rugby. Un garçon de Toulouse a essayé de traverser mon corps dimanche.
— Qui a gagné ?
— Moi. Lui aussi raconte sûrement l’inverse.
Son sourire transforme la réponse en confidence.
Je découvre la naissance de son pectoral et la bande qui couvre son épaule. Sa peau luit légèrement sous les lumières.
— Ça fait mal ? demande-je.
— Touche.
Il prend ma main et pose mes doigts juste sous la bande. Le muscle se contracte sous ma paume. Eliott observe mon visage pendant que je presse doucement sa peau.
Mon cœur cogne contre mes côtes.
Je retire ma main avec un sourire. Mes doigts gardent la chaleur de son épaule.
Il dépose les deux coupes sur le bar, puis tend la main.
— Viens.
Il m’emmène sur la terrasse, au milieu de ses amis. Eliott se tourne vers moi et garde ma main pendant que son corps suit le rythme.
Je bouge face à lui, encore un peu raide. Son sourire m’encourage davantage que ses paroles.
Mon regard passe par-dessus son épaule.
Kaïs se tient dans le salon, près de la baie vitrée. Inès parle contre son cou, une main sur son torse. Ses yeux restent fixés sur moi.
Mon ventre se serre plus fort qu’au contact d’Eliott.
Je reporte mon attention sur mon cavalier. Il approche son visage afin de parler près de mon oreille.
— Demain, je vais en ville. Viens avec moi.
— Avec tes amis ?
— On pourra les retrouver plus tard. J’ai surtout envie de te revoir.
Sa franchise fait battre mon cœur plus vite.
— D’accord.
— Je t’écris demain matin.
Il se penche et embrasse ma joue. Ses lèvres se posent près du coin de ma bouche. Je reste immobile une seconde, surprise par le frisson qui suit leur passage.
Une paume arrive au milieu de mon dos.
Kaïs se tient à côté de moi. Son corps frôle mon épaule et sa main couvre la peau laissée nue par la robe.
— Qu’est-ce que vous préparez ?
Eliott garde son sourire.
— On sort demain. Nos deux.
Les doigts de Kaïs pressent légèrement mon dos.
— Tu as accepté ?
J’acquiesce.
Son regard descend sur la main d’Eliott encore posée près de ma hanche. Eliott la retire, puis me sourit.
— Je t’envoie un message demain. Profite de ta soirée.
Il touche mon bras avant de rejoindre les autres. Deux filles l’appellent aussitôt près de la piscine. Il se retourne pourtant une dernière fois dans ma direction.
Kaïs se rapproche de mon oreille.
— Il veut coucher avec toi.
NéliaJe décale mon billet pour dimanche et envoie le nouvel horaire à Noé. Il répond presque aussitôt qu’il m’attendra à la gare.Dans ma chambre, je remplis un sac pour Deauville, puis je pose ma grande valise sur le lit. La robe noire que Noé aime tient à peine de la place. J’ajoute des sous-vêtements, une trousse de maquillage et le pull laissé chez moi avant son départ.Kaïs rentre au moment où je cherche une deuxième paire de chaussures.Il s’arrête dans l’encadrement de la porte. Sa veste pend au bout de sa main, sa cravate a disparu et sa chemise ouverte laisse voir la naissance de ses pectoraux. Je replie le pull de Noé et le range au fond de la valise.— Tu pars ?— Deauville demain. Londres dimanche.Il entre dans la chambre et pose sa veste sur le fauteuil.— Je t’emmène à Deauville.Mes doigts restent sur le pull.— Je pensais que tu partais avec Sixtine.Kaïs tourne la tête vers moi. Je baisse les yeux et rabats un côté de la valise sur l’autre. La fermeture résiste parc
NéliaKaïs est très occupé depuis le début de la semaine. Nous nous croisons à peine. Il avait donc dit vrai lorsqu’il m’avait proposé de m’installer chez lui : il passe peu de temps à l’appartement.Son absence laisse pourtant un vide que je m’explique mal. Je mets cette sensation sur le compte des dernières semaines, du déménagement et de mon travail. Un week-end avec Noé me ferait sûrement du bien.À peine arrivée chez Noma, ma responsable m’annonce qu’une réunion vient d’être ajoutée à notre matinée. Elle récupère les derniers plans de l’hôtel et me demande de l’accompagner chez Valmont pour noter les modifications qui concerneront notre équipe.Lorsque nous entrons dans la salle, plusieurs personnes sont déjà installées. Je prends place à côté d’elle, ouvre le dossier de Noma et attends.Kaïs arrive quelques minutes plus tard avec une femme.Elle marche près de lui en consultant un document qu’ils tiennent entre eux. Leur conversation continue jusqu’à la table. Kaïs lui montre un
NéliaLa présentation reprend après le départ de Kaïs. Ma responsable répond aux dernières questions tandis que les membres du comité parcourent les budgets corrigés.Heureusement. Noma conserve le projet, avec quelques modifications à rendre la semaine suivante. Mon accès aux documents est rétabli avant même que nous quittions la salle.Dans l’ascenseur, ma responsable vérifie le dossier sur sa tablette.— On reprend lundi. Essaie de dormir un peu ce week-end.Mon téléphone récupère le réseau au rez-de-chaussée. Deux messages de Noé apparaissent.**Je rentre ce soir.**Je souris devant l’écran. Noé est un bon petit-ami, il prepare tout sans rien me dire. Pour une fois, cette manière de décider à ma place me fait plaisir.Quand je rentre chez Kaïs, je garde une robe blanche qui découvre mes épaules et marque ma taille sans être trop habillée pour un dîner. Je détache mes cheveux, arrange mon maquillage fatigué par la journée et change de boucles d’oreilles.Kaïs travaille dans le salo
NéliaLa serrure tourne derrière elle avant que je trouve quoi répondre.Kaïs entre, son téléphone encore à l’oreille. Il achève sa phrase en retirant ses clés, puis découvre sa mère au milieu du salon. Son regard passe sur moi, sur le tee-shirt qui m’arrive à mi-cuisse et sur les cartons ouverts près du canapé.Héloïse attend qu’il range son téléphone.— Tu étais au courant ?— C’est moi qui lui ai proposé de venir.Il pose sa veste sur une chaise et se dirige vers son bureau. Héloïse le suit, me laissant seule au milieu de mes vêtements. Une bretelle de soutien-gorge dépasse d’un carton. Je la pousse sous un pull avant leur retour.Kaïs remet à sa mère une chemise cartonnée. Elle vérifie la première page, referme le dossier et observe les plans de Noma étalés sur la table. Mon badge se trouve juste à côté.— La réunion de demain est avancée à neuf heures, annonce-t-elle.Kaïs prend un verre dans la cuisine.— Mon agenda est à jour.Héloïse glisse le dossier sous son bras. Elle s’arr
NéliaJe ferme la porte après avoir raccroché avec Noé. Au réveil, Kaïs a déjà quitté l’appartement.Un message de Noma m’attend. La réunion prévue en fin de semaine est avancée à l’après-midi et déplacée au siège de Valmont. Ma responsable ajoute seulement : *Prenez le dossier de l’hôtel.*Elle paraît aussi peu renseignée que moi lorsque nous entrons dans la salle de réunion. Kaïs est assis au bout de la table avec le directeur financier du groupe. Il lève les yeux à notre arrivée, salue ma responsable et lui indique les deux places laissées libres. Son attention passe sur moi sans s’arrêter.La discussion commence autour du budget des travaux. J’ouvre les tableaux de Noma pendant que ma responsable répond aux premières questions.La porte s’ouvre une dizaine de minutes plus tard.Je reconnais immédiatement la femme qui entre. J’ai vu son visage dans les journaux économiques et dans plusieurs articles consacrés à la direction du groupe Valmont. Héloïse Delaunay a fondé son propre fon
NéliaJe téléphone à Noé dès que je rentre.— T’es encore au travail ?— On partait boire un verre. Qu’est-ce qui se passe ?Je lui raconte l’appel de ma propriétaire. Sa fille rentre à Paris, le renouvellement reste sans signature et je dois rendre les clés dimanche.— Elle te laisse une semaine ?— Mon bail se termine. Elle profite juste du fait qu’on n’a encore rien signé.— Merde.Noé s’éloigne de la porte et baisse la voix.— J’ai deux ou trois amis qui peuvent peut-être aider. Hugo avait un studio près de République.— Va rejoindre tes collègues.— Attends, je lui écris déjà.Je l’entends taper sur son téléphone.Une voix appelle Noé depuis la pièce voisine. Il répond qu’il arrive et me demande de le rappeler au moindre problème. Peu après, deux numéros et une annonce apparaissent sur mon écran.J’ouvre les plans de l’hôtel et reprends les dernières corrections. Ma partie concerne les espaces communs, les matériaux et les changements demandés après la visite. Vers minuit, Noé m’







