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Chapitre 2 — Depuis l’étage

last update Fecha de publicación: 2026-08-17 17:11:09

Nélia

— J’organise une fête demain soir. Tu peux te joindre à nous si ça te tente.

Il reprend son dîner, comme s’il venait de proposer un verre entre quelques amis. J’imagine de la musique dans le salon, une dizaine de personnes autour de la piscine, peut-être des anciens camarades d’université.

— Merci.

La conversation s’arrête là.

Le lendemain, une entreprise événementielle prend possession du rez-de-chaussée.

Des compositions de fleurs blanches apparaissent sous la verrière. Un bar en marbre est installé près de la terrasse. Des serveurs en veste crème apportent des caisses de champagne tandis que des techniciens règlent les éclairages du jardin. Depuis ma fenêtre, je vois même un homme dérouler un tapis devant l’entrée.

Kaïs reste absent pendant toute la préparation.

Il rentre lorsque le soleil descend derrière les arbres. Une berline noire s’arrête devant le perron et le chauffeur vient lui ouvrir. Kaïs sort en consultant son téléphone, vêtu d’un costume sombre qui souligne la largeur de ses épaules. Une femme chargée de la soirée le rejoint aussitôt avec une tablette. Il écoute son compte rendu en gravissant les marches, donne deux instructions, puis entre dans la maison.

Quelques minutes plus tard, une employée frappe à ma porte. Elle dépose une boîte blanche sur mon lit.

— De la part de monsieur Valmont.

À l’intérieur repose une robe noire. Je soulève l’étiquette et reconnais le nom d’une maison dont je regarde parfois les vitrines en passant.

Kaïs a choisi une robe pour moi.

La robe glisse sur ma peau avec une fraîcheur délicieuse. La fermeture remonte le long de ma hanche, resserre ma taille, puis le tissu épouse mes fesses avant de retomber à mi-cuisse.

Je me tourne vers le miroir.

La fille qui me regarde possède toujours mes cheveux châtains, difficiles à discipliner, et cette bouche un peu trop large que je pince sur les photos. La robe change pourtant la façon dont tout s’assemble. Mes épaules paraissent plus fines. Mes seins remplissent le décolleté avec une rondeur que mes tee-shirts dissimulent d’habitude. La taille ajustée donne davantage d’ampleur à mes hanches.

Je pivote lentement. Le dos descend presque jusqu’au creux de mes reins.

Un sourire m’échappe.

Je rassemble mes cheveux au-dessus de ma nuque et imagine une paire de boucles d’oreilles, du mascara, peut-être le rouge à lèvres que maman m’a offert à Noël. Pendant quelques secondes, la soirée semble accessible. Je pourrais descendre cet escalier dans cette robe et surprendre Kaïs en train de me regarder comme au mariage.

Cette pensée me garde devant le miroir plus longtemps que le tissu lui-même.

Les premières voitures remontent l’allée au moment où je cherche encore quoi faire de mes cheveux.

Une Ferrari rouge s’arrête derrière une Aston Martin. Puis arrivent des berlines avec chauffeur, un cabriolet ancien et plusieurs véhicules que je connais seulement grâce aux magazines laissés chez le coiffeur. Les femmes en descendent dans des robes scintillantes, déjà coiffées, déjà photographiées par les téléphones de ceux qui les accueillent.

L’une d’elles lève le visage vers les fenêtres.

Je m’écarte du rideau.

En bas, les voix emplissent bientôt le hall. Les invités se saluent comme s’ils s’étaient retrouvés la veille sur un yacht, à Londres ou dans une villa au bord du lac de Côme. Des noms de galeries, de clubs privés et de maisons de couture remontent jusqu’à l’étage.

Je regarde de nouveau mon reflet.

La robe est magnifique. Sur moi, elle ressemble à un prêt.

Je retire mes boucles d’oreilles, puis la robe. Mon tee-shirt large retrouve sa place sur mes épaules. Je plie soigneusement le cadeau de Kaïs et le replace dans la boîte, avec le papier de soie entre chaque couche.

La musique gagne la maison pendant que je m’installe devant mon dossier de stage. Les lignes restent sous mes yeux et les rires traversent le plancher. Une voix de femme lance le prénom de Kaïs depuis la terrasse. Plusieurs autres lui répondent.

Je quitte mon bureau et avance jusqu’à la galerie.

Le salon s’ouvre sous l’étage. Un rideau de velours borde la fenêtre près de la balustrade ; je me glisse dans son ombre et écarte légèrement le tissu.

La réception a envahi le jardin. Les éclairages se reflètent dans la piscine et sur les baies vitrées. Les conversations circulent au rythme de la musique. Chaque robe semble avoir été choisie pour être remarquée.

Kaïs apparaît près de la terrasse.

Il a retiré sa cravate et ouvert le col de sa chemise. Une main repose dans la poche de son pantalon tandis qu’il écoute un homme plus âgé lui parler. Son calme attire davantage que les efforts déployés autour de lui. Quand il répond, son interlocuteur se penche pour l’entendre. Kaïs pose ensuite une main sur son épaule, lui adresse quelques mots et obtient aussitôt un sourire soulagé.

Il traverse le salon.

La soirée se plie autour de son passage. Quelqu’un lui tend un verre. Une femme touche son bras pour retenir son attention ; Kaïs lui répond près de l’oreille, puis poursuit son chemin. Son rire surgit au milieu d’un groupe et change l’humeur de tous ceux qui l’entourent.

Je comprends pourquoi les magazines publient son visage.

Une photographie garde seulement sa beauté. Elle perd la manière dont il occupe l’espace, dont sa voix fait approcher les gens et dont un sourire de lui donne soudain l’impression d’avoir été accordé à une seule personne.

Inès de Varenne arrive par la terrasse.

Sa robe ivoire laisse son dos entièrement nu. Elle salue quelques invités en avançant, reçoit des baisers sur les joues et rejoint Kaïs avec l’assurance de quelqu’un qui connaît déjà la place qui l’attend.

Elle attrape le col de sa chemise et l’attire vers elle.

Il se penche. Inès lui parle contre l’oreille, sa poitrine pressée contre son bras. La main de Kaïs trouve sa taille nue et y reste pendant qu’elle rit. Leurs gestes portent l’aisance de deux corps déjà familiers.

Kaïs s’assied sur le bord du canapé. Inès se glisse aussitôt sur sa cuisse, un genou posé entre les siennes. Sa robe remonte haut sur sa jambe.

Sa main entre dans les cheveux de Kaïs.

Kaïs incline la tête, lui offrant davantage de peau. Ses doigts remontent sur la cuisse d’Inès et se referment près de sa hanche. Elle mord légèrement son cou. Sa bouche revient au même endroit, plus lente, tandis qu’il laisse échapper un rire que la musique emporte presque entièrement.

Une brûlure serre ma gorge.

La veille, il se tenait devant le miroir avec sa queue dans la main. J’ai emporté cette image jusque sous la douche, puis à table, comme si elle m’avait été destinée.

Inès touche librement l’homme que j’observe derrière un rideau.

Elle possède tout ce qui paraît naturel près de lui : la beauté, les gestes, les vêtements, l’assurance. Kaïs lui répond avec son corps, sa main sous le tissu ivoire et la bouche entrouverte lorsqu’elle embrasse sa gorge.

Je serre le velours entre mes doigts.

Inès relève la tête et efface du pouce une marque sur la peau de Kaïs. Il prend sa main, tourne son poignet et embrasse l’intérieur de sa paume.

Puis ses yeux se lèvent.

Nos regards se croissent. 

Mon cœur donne un coup violent.

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