LOGINLe silence. Un silence immense, absolu. Derrière lui, dans le couloir, les mercenaires continuent de fouiller la maison. Des bruits de pas, des voix étouffées. Mais entre nous, il n'y a que ce vide. Ce gouffre.
— Qu'est-ce que tu racontes ? Il t'a fait quoi ? Il t'a droguée ? Il t'a lavé le cerveau ?
— Personne ne m'a lavé le cerveau. Pour la première fois, je pense par moi-même. Et ce que je pense,
Je serre les poings si fort que mes ongles s'enfoncent dans ma chair. La douleur est bonne. Elle me rappelle que je suis vivant. Elle me rappelle ce que je ressens.Continue d'avancer. Ce n'est pas le moment. La jalousie peut attendre. La rage peut attendre. La douleur peut attendre. Maintenant, je dois survivre. Pour me venger. Pour la reconquérir. Pour finir ce que j'ai commencé. Pour être celui qui sera là quand Luck échouera, comme il a toujours échoué, comme il échouera toujours.Cent vingt-trois pas. Cent vingt-quatre. L'air change. Il devient plus frais, plus humide, plus salé. La mer. Je la sens avant de la voir. Son odeur d'iode et de varech. Son bruit, ce grondement permanent qui ne s'arrête jamais, qui rythme les marées et les saisons. Sa présence immense, indifférente, éternelle.Cent trente-cinq. Cent trente-six. Mes cuisses commencent à brûler. La pente s'est inversée, je monte maintenant vers la sortie. L'air est plus vif, plus léger. Je sens l'humidité sur ma peau, cet
CormacJe les entends arriver avant même de les voir.Le vrombissement des moteurs, loin d'abord, comme un bourdonnement à peine perceptible, une vibration qui monte du sol, qui traverse les murs, qui se glisse sous ma peau. Puis plus proche. Plus distinct. Le bruit des pneus sur les graviers de la piste, ces graviers que j'ai moi-même disposés, que j'ai moi-même choisis, que j'ai moi-même répandus pour entendre venir ceux qui voudraient me prendre ce qui m'appartient.Ironie du sort. C'est moi qui ai préparé leur venue.Je suis dans la cuisine, une tasse de café à la main, immobile au milieu de la pièce. Le café est froid. Il est froid depuis des heures. Je n'ai pas dormi. Je n'ai pas fermé l'œil. Je savais qu'ils viendraient. Je savais que Luck finirait par me trouver. C'était juste une question de temps. De patience. De stratégie. Et j'ai choisi de ne pas me battre.Pas cette fois.La tasse tremble légèrement dans ma main. Pas de peur. Pas d'émotion. Non. C'est autre chose. C'est l
Le silence. Un silence immense, absolu. Derrière lui, dans le couloir, les mercenaires continuent de fouiller la maison. Des bruits de pas, des voix étouffées. Mais entre nous, il n'y a que ce vide. Ce gouffre.— Qu'est-ce que tu racontes ? Il t'a fait quoi ? Il t'a droguée ? Il t'a lavé le cerveau ?— Personne ne m'a lavé le cerveau. Pour la première fois, je pense par moi-même. Et ce que je pense, c'est que tu m'as détruite, Luck. Pendant des années.— Alessandra...— Tu m'as humiliée. Devant tout le lycée. Devant tes amis. Devant tout le monde. Tu as fait de moi ta chose, ta pute, ton souffre-douleur. Tu m'as regardée comme une merde, tu m'as traitée comme une merde, tu m'as fait croire que je ne méritais rien de mieux que tes restes.— C'était avant. Avant que je sache. Avant que je comprenne
LuckJe n'abandonne pas.Je ne sais pas ce que ça veut dire, abandonner. Je ne l'ai jamais appris. Mon père m'a appris à frapper, à écraser, à gagner. Ma mère m'a appris à encaisser, à me taire, à sourire. Personne ne m'a appris à lâcher prise. Personne ne m'a appris à laisser partir ce que j'aime.Alors je ne laisse pas partir.Gallagher entre dans mon bureau. Il a cette expression qu'il a quand il va dire quelque chose que je ne veux pas entendre.— Luck, on a parlé avec les types de la sécurité. Ils ont localisé la maison. La vraie, cette fois. Pas un leurre.— Où ?— Landes. Zone isolée. À quatre heures d'ici.— On y va.— Attends. C'est une zone difficile. Terrain accidenté, pas de routes, pas de repères. Si
AlessandraJe me réveille dans une lumière grise, sale, qui filtre à travers des rideaux épais. La chambre est petite. Blanche. Presque spartiate. Un lit, une table de chevet, une chaise. Pas de baie vitrée donnant sur l'océan. Pas de vue sur les vagues. Juste un rectangle de ciel pâle, et au-delà, je le sens, l'immensité des landes.Je ne sais pas où je suis.Je me redresse lentement. Mes muscles sont endoloris. Le trajet, la nuit dernière, dans l'obscurité, Cormac au volant, moi recroquevillée sur la banquette arrière, les yeux fixés sur les phares qui dansaient sur la route déserte. Il ne m'a pas dit où on allait. Je n'ai pas demandé.Sur la table de chevet, une feuille pliée. Du papier épais, vergé, une enveloppe à mon nom. Je la prends avec des doigts qui tremblent. J'ouvr
LuckLe téléphone sonne au milieu de la nuit.Je suis dans mon bureau, je ne dors pas, je ne dors plus depuis qu'elle est partie. Je regarde des photos de la côte, des plans, des itinéraires possibles. Gallagher est affalé sur le canapé, il ronfle légèrement.Je décroche.— Allô ?Une voix. Étouffée. Déformée par un appareil ou un tissu.— Phare de Kilkee. Ancienne route côtière. Maison sans nom.— Qui est-ce ?— Vous voulez la retrouver ou pas ?— Oui, je veux la retrouver. Mais dis-moi qui tu es.— Quelqu'un qui pense que ça a assez duré.— Attends...La communication est coupée.Je reste là, le téléphone à la main, le cœur battant. Puis je bondis.&mdash
AlessandraMa main tremble. Une vibration incontrôlable qui part de mon poignet et se propage jusqu’au bout de mes doigts. La crème, d’un blanc laiteux, contraste violemment avec la peau sombre et tendue de son sexe. Je respire un grand coup, l’air sifflant entre mes dents serrées.Je le touche.Le
AlessandraIl redescend alors. Sa bouche quitte mes seins, emprunte le chemin plat de mon ventre, et avant que je ne réalise son intention, elle est là, à la place de ses doigts.Le choc est absolu.C’est une sensation que je n’ai jamais connue, que je n’aurais jamais pu imaginer. La chaleur humide
AlessandraLe choc de l’eau est tiède, mais il me fait frissonner. Ce n’est pas la température. C’est l’inversion. Le renversement complet. Je suis devenue l’objet à nettoyer, la toile sur laquelle il étend ses mains avec une intention nouvelle, terrifiante.Il ne prend pas l’éponge. Il utilise ses
AlessandraLa fraîcheur du cuir contre ma peau nue se dissipe, remplacée par la moiteur de l’air et celle, plus intime, qui colle à mes cuisses. Le silence est un linceut lourd. Puis, de la chambre, le bruit de l’eau qui se met à couler. Un jet puissant, régulier.Je ferme les yeux, souhaitant que







