Mag-log inLuck s'approche du lit. Il s'arrête, maladroit, ne sachant pas quoi dire. Puis il prend une grande inspiration.— Leo, je suis désolé. Pour le restaurant. Pour avoir douté de ta sœur. Pour avoir failli à ma promesse. Je suis désolé.Leo le regarde longuement. Puis il tend sa main, celle qui n'a pas de perfusion.— Serre-moi la main, dit-il.Luck s'exécute, doucement, avec précaution.— Plus fort. Je ne suis pas en sucre.Luck serre plus fort. Leo soutient son regard.— Prends soin d'elle. C'est tout ce que je te demande. Prends soin de ma sœur.— Je le ferai. Je te le promets.— Bien. Alors on n'en parle plus. Maintenant, racontez-moi. Qu'est-ce que
Je ris doucement, un rire mouillé de larmes.— Tu as toujours veillé sur moi. Même quand tu ne le savais pas.Je sors de la chambre. Je traverse les couloirs de l'hôpital, mes pas résonnant sur le linoléum. Je salue les infirmières, je prends l'ascenseur, je sors dans l'air frais du soir.Et je rentre chez nous.Alessandra---La maison est silencieuse quand je pousse la porte.Trop silencieuse. Le salon est vide, la cuisine est vide, les chambres sont vides. Une boule d'angoisse se forme dans ma poitrine. Où est-il ? Est-il parti ? M'a-t-il abandonnée, cette fois ?Puis je vois la lumière, sous la porte de son bureau.Je m'approche doucement. La porte est entrouverte. Je la pousse, sans bruit.
Alessandra— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu.La voix de Leo est douce, presque un murmure. Il est allongé dans son lit d'hôpital, pâle, fatigué, mais ses yeux brillent de cette sagesse étrange qu'il a toujours eue, même enfant. Je suis assise à son chevet, ma main dans la sienne, et je l'écoute.— Ça n'excuse pas tout, continue-t-il. Il reste responsable de ce qu'il fait. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche entre vous, tu dois l'aider à guérir.Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde par la fenêtre, le ciel gris de cette fin d'après-midi, les arbres dénudés qui se balancent dans le vent.
Leo hoche la tête.— Il est comme il est à cause de ce qu'il a vécu, dit-il doucement. Ça n'excuse pas tout. Il reste responsable de ses actes. Mais si tu l'aimes, si tu veux vraiment que ça marche, tu dois l'aider à guérir.— Comment ?— En lui montrant qu'il peut te faire confiance. En étant patiente. En ne cédant pas à ses crises, mais en ne l'abandonnant pas non plus. En lui rappelant, chaque jour, qu'il mérite d'être aimé.Je le regarde. Mon petit frère. Si jeune, si sage. Il a toujours su trouver les mots justes, même dans les moments les plus sombres.— Tu crois que c'est possible ? je demande. Qu'il change vraiment ?— Je crois que tout le monde peut changer, si on lui en donne la
Leo. Ce nom résonne en moi comme un coup de tonnerre. Leo, que j'ai déçu. Leo, qui m'a fait confiance, qui m'a donné sa bénédiction. Leo, qui se bat contre la maladie et qui n'a pas besoin de mes drames.— Pourquoi Leo ?— Parce qu'il la connaît mieux que personne. Parce qu'il l'aime plus que tout. Et parce que, bizarrement, il te comprend. Il te comprend mieux que tu ne te comprends toi-même.Je réfléchis. Gallagher a raison. Il a toujours raison.Le lendemain, je vais à l'hôpital.Je traverse les couloirs familiers, je salue les infirmières qui me reconnaissent, je m'arrête devant la chambre de Leo. La porte est fermée. Je frappe doucement.— Entrez.Sa voix est faible, mais clai
L'hôpital.Je me gare sur le parking presque vide. Je traverse le hall silencieux, je prends l'ascenseur, je marche dans le couloir faiblement éclairé jusqu'à la chambre de Leo. La porte est entrouverte. Je la pousse doucement.Il ne dort pas. Il est assis dans son lit, un livre ouvert sur les genoux, la lampe de chevet allumée. Il lève les yeux quand j'entre, et son sourire s'efface immédiatement quand il voit mon visage.— Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il.Sa voix est faible, mais pleine d'inquiétude. Je m'approche, je m'assois sur le bord du lit, je prends sa main. Et je raconte. Tout. Le dîner, Marc, Luck qui débarque, le coup de poing, la honte, la fuite.Leo écoute sans
AlessandraLe jour se lève, gris et froid, derrière les vitres immenses. Une lumière blafarde glisse sur le sol de marbre, évitant soigneusement l’endroit où je suis assise, le dos contre le mur froid. Je n’ai pas bougé de là. Je regarde mes mains. J’ai les paumes à vif, rougies par les frottements
LuckLe fil a cédé.Un instant, elle est là, agenouillée, la serviette suspendue au-dessus de ma cuisse, son souffle chaud sur ma peau. Son regard est un vortex où se mêlent la haine et un désir si violent qu’il en est presque douloureux à voir. Je vois le battement fou de son pouls à la base de so
AlessandraLe dernier morceau de pain trempé dans le jus de l’assiette. Il pose sa fourchette avec un clic précis qui résonne dans le silence du bureau. Le son marque la fin d’un acte. Le mien continue.— Tu peux manger, dit-il sans me regarder, en reprenant le document qu’il avait posé sur son bur
AlessandraJe reste plantée là, longtemps après son départ. Le miroir ne me renvoie plus une victorieuse. Il me montre une complice.Rédemption.Le mot résonne dans mon crâne, hideux et séduisant. Il voudrait se racheter ? Se laver de sa boue en faisant de moi son eau sacrée ? Absurde. Mon silence







