LOGINL'après-midi, je reçois Victor dans mon bureau.
Il est debout devant moi, raide, professionnel. Ses yeux clairs me regardent sans ciller. Il sait pourquoi il est là. Il n'est pas stupide. Il a vu mon regard ce matin. Il a compris.
— Monsieur Vanin. Je tenais à vous dire...
— Non. C'est moi qui vais parler. Je me suis mal comporté ce matin. Je vous ai jugé sans raison. Je suis désolé.
Puis j'attends.L'attente est la pire des tortures. Les heures s'étirent, interminables. Je regarde l'océan par la baie vitrée. Les vagues se brisent sur les rochers, encore et encore, inlassables. Le ciel est gris, chargé de nuages, lourd de menaces. Il va pleuvoir. Il pleut toujours, ici. C'est pour ça que j'ai choisi cet endroit. La pluie lave tout, dit-on. Elle n'a jamais rien lavé pour moi.Mon téléphone sonne. Un numéro inconnu. Je réponds.— Cormac.C'est la voix de Luck. Froide, dure, tranchante comme une lame.— Luck. Tu as reçu mon invitation.— Oui. Et ma réponse est non. Je ne viendrai pas. Et Alessandra ne viendra pas non plus. Tu crois qu'on va tomber dans ton piège ? Après tout ce que tu as fait ?— Ce n'est pas un piège. C'est une invitation sincère. Je veux en finir, Luc
L'après-midi, je reçois Victor dans mon bureau.Il est debout devant moi, raide, professionnel. Ses yeux clairs me regardent sans ciller. Il sait pourquoi il est là. Il n'est pas stupide. Il a vu mon regard ce matin. Il a compris.— Monsieur Vanin. Je tenais à vous dire...— Non. C'est moi qui vais parler. Je me suis mal comporté ce matin. Je vous ai jugé sans raison. Je suis désolé.Il semble surpris. Il s'attendait à être renvoyé, probablement. Pas à des excuses.— Ma femme vous a parlé, monsieur ?— Non. C'est Mlle Delacroix. Elle m'a dit que vous étiez marié. Que vous aviez des enfants. Que vous étiez simplement gentil.— C'est vrai. Ma femme, mes filles... c'est toute ma vie. Mlle Delacroix est une personne formidable, et je suis honoré de la protéger. Mais il n'y
Elle ferme les yeux. Une larme coule sur sa joue. Elle l'essuie rapidement, d'un geste brusque, presque violent. Comme si pleurer était une faiblesse. Comme si montrer ses émotions était un crime.— D'accord, murmure-t-elle. D'accord. Pour Leo. Pour qu'il soit en sécurité.Je hoche la tête. Je ne dis rien. Je la prends dans mes bras. Elle se laisse faire. Son corps est tendu, rigide, puis peu à peu, il se relâche. Sa tête se pose sur mon épaule. Ses mains s'accrochent à ma veste. Elle respire contre moi, lentement, profondément.— Je suis désolé, dis-je dans ses cheveux. Je suis désolé de t'imposer ça. Je suis désolé de ne pas pouvoir te laisser tranquille. Je suis désolé d'être comme je suis.— Tais-toi, Luck. Tais-toi et tiens-moi.Je la tiens.Longtemps.
LuckJe ne dors plus.La nuit, je reste éveillé dans mon lit, les yeux fixés sur le plafond, à écouter les bruits de la ville, à guetter le moindre craquement, la moindre ombre, le moindre signe que quelque chose ne va pas. Mon téléphone est posé sur la table de chevet, l'écran allumé, prêt à vibrer. Je l'ai réglé pour qu'il sonne même en mode silencieux quand c'est elle. Alessandra. Son nom est une prière, une obsession, une raison de vivre.Cormac est toujours là.Je le sais. Je le sens. Je le traque. Mes hommes le cherchent jour et nuit, mais il est comme un fantôme, insaisissable, partout et nulle part à la fois. Il connaît la ville mieux que nous. Il connaît les angles morts, les passages secrets, les endroits où personne ne regarde. Il a grandi dans ces rues, dans ces
Jamais. Tu m'entends ? Jamais. Je ne te laisserai pas tranquille. Tu es à moi. Tu as toujours été à moi. Depuis le premier jour où je t'ai vue. Depuis cette photo, quand tu étais petite, quand tu souriais en ouvrant mes lettres. Tu es à moi, Alessandra. Tu le sais. Au fond de toi, tu le sais.Je bloque. Il revient.Et Leo ? Comment va-t-il ? Les traitements sont durs, non ? Il tousse encore ? Il crache du sang ? J'ai des contacts. Les meilleurs médecins. Les meilleurs hôpitaux. Ce que tu veux. Je peux l'aider. Je peux le sauver. Je peux lui donner une chance que personne d'autre ne peut lui donner.Mon cœur s'arrête.Leo.Toujours Leo.Je regarde l'écran. Mes doigts hésitent au-dessus du clavier. Je pense à mon frère. À ses joues creuses. À ses yeux trop brillants. À ses mains trop fines sur l
Elle relève la tête.Ses yeux sont rouges, gonflés, mais ils me regardent. Vraiment. Pour la première fois depuis des jours, depuis des semaines, depuis des années peut-être, elle me regarde. Pas à travers la peur, pas à travers la colère, pas à travers le mensonge. Elle me regarde, moi.— Et Leo ? demande-t-elle.— On ira le voir ensemble. Si tu veux.— Ensemble ?— Si tu veux. Si tu es prête. Si tu as envie. Si tu as besoin. On y va quand tu veux. Maintenant, demain, dans une semaine. On y va ensemble. Comme une famille.Elle hoche la tête. Lentement. Comme si elle sortait d'un rêve, comme si elle se réveillait d'un long sommeil, comme si elle voyait la lumière pour la première fois.— Ensemble, répète-t-elle.Je souris. Le premier vrai sourire depui
AlessandraL’eau est devenue froide. Un froid tranchant qui mord la chair, me ramène à la surface de mon corps, à sa simple réalité : des frissons, des courbatures, une lassitude d’âme. J’ai éteint le robinet depuis longtemps, mais je suis restée accroupie au fond de la baignoire, enveloppée dans u
Luck AdlerMon bureau sent le vieux cuir, le whisky et le bois ciré. Je n’ai pas allumé la lumière. La pénombre est une compagne miséricordieuse, la seule qui puisse supporter mon regard en ce moment.Je tourne le verre de crystal lourd entre mes doigts. Je ne bois pas. Je regarde la lueur ambrée d
AlessandraJe reste allongée. Le plafond est flou, noyé. Mon corps n’est plus à moi. C’est un champ de bataille meurtri, un territoire conquis qui palpite d’une douleur sourde et d’une trahison bien plus vive.Je me déteste.Pire que sa force, pire que le poids de son corps, pire que la terreur gla
Luck AdlerLe silence du bureau est un glas qui sonne à mes tempes. Il m’assourdit, me tord les entrailles. Chaque minute passée loin d’elle est une goutte d’acide sur un nerf à vif. Je ne vis plus, je guette. Je suis réduit à l’état de fauve en cage, flairant un seul parfum dans l’air conditionné







