LOGINChapitre 5 — La Vie de Hug Hors du Casino
MÉLISSA
La vie de Hug, en dehors de la maison close, est un monde totalement différent, presque inconcevable pour moi qui ne le connais que comme l’homme impitoyable qui dirige cet endroit. Je n’ai qu’une idée vague de ce qu’il peut être à l’extérieur, mais parfois, je ne peux m’empêcher d’imaginer la vie qu’il mène loin des murs austères où je suis retenue.
Hug n’est pas seulement le propriétaire de ce lieu, il est un homme d’affaires influent, respecté dans les cercles de pouvoir. Il est maître du jeu, pas seulement dans les casinos, mais aussi dans les relations humaines. En dehors de la maison close, il se montre charmant, raffiné, toujours impeccable dans ses costumes sombres et élégants, l’image d’un homme de prestige et de classe.
Il a un cercle d’amis et de collaborateurs, des figures importantes. Chaque rencontre avec lui semble un événement. Là où il apparaît, il est écouté, respecté. Mais ce que je ne sais pas encore, c’est l’aspect privé de sa vie, celui qu’il partage avec Claire, sa fiancée.
Claire est belle, mais son charme ne réside pas seulement dans son apparence. Elle a une grâce naturelle, une sophistication presque intemporelle. Issue d’une famille influente, elle semble la femme parfaite pour Hug. Ensemble, ils forment un couple qui paraît l’alliance idéale entre pouvoir, richesse et réputation. Leur relation semble fluide, mais quelque chose m’inquiète. Claire garde toujours son calme, même face à l’ambiguïté des décisions de Hug. Elle semble moins humaine que lui, plus calculatrice.
Ils se sont fiancés il y a quelques années, un engagement autant stratégique qu’émotionnel. Leur union consolide ses relations dans les sphères sociales les plus élevées. Claire semble profondément amoureuse, mais je me demande si leur relation est vraiment parfaite. Hug, avec sa vie secrète, ses affaires sombres et son emprise sur le monde, peut-il vraiment aimer ?
Quand ils sont ensemble, il change. Moins sévère, moins distant, presque humain. Claire, d’un simple regard, devine ce qu’il pense. Elle l’encourage, le soutient dans ses moments de doute. Leur vie est faite de soirées élégantes, de réceptions mondaines, de voyages dans des lieux où luxe et discrétion se mêlent. Claire est toujours à ses côtés, souriante et sereine, comme un accessoire précieux qui maintient son image impeccable. Elle ne semble jamais s’inquiéter des rumeurs, de l’argent et du pouvoir qui l’entourent.
Je l’ai vu, une fois, arriver au casino avec elle. La scène m’a marquée. Ils semblaient parfaits, main dans la main, vivant dans une réalité parallèle à la mienne. Claire est élégante, calculatrice, presque indéchiffrable. Hug, pour une fois, semble détendu, fier. Ce n’est pas l’homme que je connais, celui qui impose l’autorité et la peur. Ce soir-là, il paraît presque heureux.
Mais derrière cette façade, Claire sait-elle tout ? Sait-elle qu’il possède une maison close, que des femmes comme moi sont prises et utilisées sans amour ni tendresse ? Est-elle naïve, ou fait-elle partie du jeu, elle aussi ? Je ne sais pas. Une chose est sûre : leur relation n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.
Un soir, lors d’un dîner d’affaires, Hug et Claire apparaissent ensemble. Les discussions sont financières, mais je sais par les rumeurs que derrière chaque décision, chaque geste, il y a un objectif plus vaste : l’accumulation de pouvoir. Claire est-elle complice ou simplement un pion ?
Et moi, je reste là, observatrice silencieuse. Chaque fois que je le vois, Hug me paraît distant et protecteur à la fois. Je ne comprends pas pourquoi il tient à m’écarter des autres, à me maintenir dans une sorte d’isolement. Peut-être que ce n’est pas seulement pour me contrôler, mais aussi pour me protéger. Ou peut-être que c’est simplement un caprice.
À l’intérieur du casino, la vie continue pour lui et Claire, loin de ma misère. Mais je me demande toujours : que veut-il vraiment de moi ? Pourquoi suis-je coincée entre ces deux mondes, sans pouvoir en sortir ?
Peut-être qu’un jour, je connaîtrai la réponse. Mais pour l’instant, je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il y a au fond de l’âme de Hug et si Claire a jamais perçu les ténèbres qui résident en lui.
Chapitre 38 — Fin , Le Jardin de l’AubeMÉLISSAJe le regarde dormir.Alexander. Mon fils. Mon héritier. Le garçon qui portait en lui tous nos espoirs et toutes nos craintes, désormais un jeune homme dont les épaules ploient sous le poids que nous y avons déposé.Il s’est endormi sur le canapé de la bibliothèque, un livre de stratégie ouvert sur sa poitrine. Son visage, dans le sommeil, a perdu la froideur calculatrice qu’il arbore désormais éveillé. On y devine encore les traits de l’enfant qu’il a été, celui qui demandait si tuer faisait mal à l’âme. Cette question me hante encore.La victoire contre Morrison devrait me remplir de satisfaction. C’était une manœuvre d’une élégance brutale, typique de l’esprit que nous avons formé. Mais elle m’a laissée un goût de cendre et de remords. J’ai vu ses yeux quand il a présenté son plan. Une froideur qui n’était pas un masque. Une acceptation naturelle de la manipulation et de la peur comme outils de gouvernance. Nous avons réussi. Nous avo
Chapitre 37 — Le Poids de la CouronneALEXANDER (Âgé de 16 ans)La Salle de la Cartographie est devenue ma seconde chambre. Les écrans sont les fenêtres de mon royaume, les flux de données le sang qui circule dans ses veines. À seize ans, je parle couramment le langage des marchés, le dialecte de la menace et le code silencieux du pouvoir. Je suis le cerveau que Maman a façonné et l’épée que Papa a aiguisée. Je suis leur œuvre maîtresse.Et je m’étouffe.Le succès de l’opération Sorenson a ouvert les vannes. Maintenant, chaque décision stratégique passe par moi. Chaque menace est analysée, décortiquée, et une réponse est élaborée. Ma chambre d’enfant a été remplacée par un bureau aux lignes épurées, adjacent à la Cartographie. On ne me demande plus mon avis. On attend mes ordres.Papa supervise la sécurité, les « résolutions définitives ». Son empire de l’ombre est plus vaste et plus meurtrier que jamais, mais il fonctionne avec la précision d’une horloge suisse. Il est le mur.Maman,
Chapitre 36 — La ForgeALEXANDER (Âgé de 12 ans)La Salle de la Cartographie n’est pas une pièce, c’est un cerveau. Le cerveau de l’empire. Trois murs sont recouverts d’écrans tactiles affichant des flux de données financières, des réseaux d’influence, des cartes géopolitiques en temps réel. Le quatrième mur, celui en face de l’entrée, est un immense planisphère en verre dépoli, sur lequel on peut projeter n’importe quelle information. C’est ici que Maman et Papa m’ont amené pour ma première vraie leçon.Je ne suis plus un spectateur. Je suis un apprenti.— Les Valerius étaient des brutes, commence Maman, sa voix claire résonnant dans la pièce silencieuse. Prévisibles. Leur faiblesse était leur colère. Nous avons utilisé cette colère pour les attirer dans un piège et les éliminer.Elle fait glisser ses doigts sur une tablette. Le planisphère s’illumine, montrant un réseau complexe de lignes et de noms. C’est beau, comme une toile d’araignée géante couverte de rosée.— Mais le monde n’
Chapitre 35 — L’Héritage du FeuMÉLISSALa fêlure est là. Je la sens en moi, une fine craquelure dans le marbre de ma résolution, profonde comme la racine d’une montagne. Je la vois dans les yeux d’Alexander, ce miroir trop perspicace de nos âmes meurtries. Il n’a pas huit ans et il porte déjà le poids de nos péchés.La bibliothèque est plongée dans la pénombre, le crépuscule avalé par la nuit. Je n’ai pas bougé du fauteuil. La trace sur ma manche a séché, une croûte brunâtre et fragile. Le souvenir d’une vie qui n’était pas la mienne, prise dans la tourmente de la nôtre.Hug entre. Il ne dit rien. Il traverse la pièce, son ombre dévorant la faible lumière. Il s’arrête derrière moi, ses mains se posant sur mes épaules. Le contact est lourd, réel, un ancrage dans le tourbillon de mes pensées.— Il sait, dis-je, ma voix éraillée par le silence et les larmes refoulées.— Il a toujours su, corrige-t-il, sa voix un râle bas. Il est né en le sachant. Nous avons juste attendu qu’il ait les m
Chapitre 34 — Le Serment BriséALEXANDER (Âgé de 8 ans)Il y a deux mondes. Le monde de Maman, et le monde de Papa. Le monde de Maman est fait de chiffres, de sourires calculés et de salles blanches où l'on soigne les gens. Elle m'emmène parfois dans des hôpitaux qui portent notre nom. Les gens lui sourient, lui serrent la main. Ils me regardent, moi, avec des yeux pleins d'espoir. « Le jeune prince », ils chuchotent. Maman dit que c'est ça, le vrai pouvoir : inspirer, construire, guérir.Le monde de Papa est fait d'acier, de silence et d'ombres. Il est dans son bureau, face à des écrans qui montrent des visages en colère, des cartes avec des points rouges. Parfois, Leo vient lui parler à voix basse. Après, Papa a les yeux plus sombres. Il pose sa main sur mon épaule, plus lourde, et me dit : « N'oublie jamais, Alexander. La forteresse a besoin de murs solides. »Aujourd'hui, je devais aller avec Maman visiter une nouvelle école. Mais elle a annulé. Une urgence, a-t-elle dit. Son sour
Chapitre 33 — Le Prix de l’ÂmeMÉLISSALe regard d’Alexander me hante. Cette froide curiosité. Cette absence de peur. Cette acceptation. Ce n’était pas la réaction d’un enfant de cinq ans. C’était la réponse calibrée d’un petit prince à qui l’on vient de révéler le prix du trône.J’ai voulu lui épargner cela. Je lui ai bâti un palais, une forteresse, une légende. J’ai cru que l’amour et la puissance suffiraient à le préserver. Mais le sang, toujours le sang, a trouvé un chemin jusqu’à lui. Pas sur ses mains. Pas encore. Mais dans ses yeux. Dans son âme.Je me tiens devant la baie vitée de notre suite, observant la ville qui s’étale comme un circuit imprimé géant. Chaque point de lumière est une vie, une entreprise, une faiblesse que nous pourrions exploiter. Ce paysage m’a toujours apaisée, symbole de mon contrôle. Ce soir, il me semble menaçant, fourmillant d’ennemis invisibles, de regards avides fixés sur notre tour d’ivoire.Les bras de Hug m’encerclent par derrière, ses mains se p







