ログインAndreï arrive vers minuit.
Je le vois entrer, et la salle entière retient son souffle. Il est comme ça, Andreï. Quand il entre quelque part, tout s'arrête. Les conversations cessent, les regards se tournent, l'air lui-même semble attendre ses ordres.
Il traverse la salle d'un pas lent, sûr, dominateur. Ses hommes le suivent, deux ombres en costume noir. Il s'assoit à sa table habituelle, celle qui domine toute la sal
Sa voix est dure. Elle se lève, s'approche de moi, me prend les mains. Ses mains sont froides, sèches, tremblantes. Elle les serre, fort, assez fort pour que je sente ses doigts s'enfoncer dans ma peau.— Andreï ne veut pas la vérité. Andreï veut quelqu'un à punir. C'est comme ça qu'il fonctionne. Il a besoin d'un coupable, d'un ennemi, d'un bouc émissaire. Et si ce n'est pas moi, ce sera toi. Tu comprends ? Si tu lui dis que c'est Natacha, il va te demander des preuves. Tu n'en as pas. Il va te demander pourquoi tu l'as défendue. Il va se souvenir que tu lui as parlé, que tu l'as regardée, que tu lui as souri. Il va se souvenir de Kirill. Il va se souvenir que tu as perdu son collier. Et il va douter. Il va douter de toi, comme il a douté de moi. Et un jour, il te frappera. Il te frappera, et tu tomberas, et tu ne te relèveras pas.— Andreï m'ai
Je sursaute. Irina est là, debout à côté de ma table. Je ne l'ai pas entendue arriver. Je n'ai rien entendu.— Tu vas bien ? demande-t-elle. Tu es toute pâle.— Je vais bien.— Je t'ai vue parler avec Kirill.— Ce n'est rien.— Sasha, je te connais. Ce n'est pas rien. Rien de ce qui touche à Kirill Morozov n'est rien. Surtout pas quand Andreï est en train de te détruire.Je lève les yeux vers elle. Son visage est fermé, dur, mais ses yeux sont doux. Ses yeux sont toujours doux, même quand elle fait semblant de ne pas l'être.— Qu'est-ce que je fais, Irina ? je murmure. Qu'est-ce que je fais de ma vie ?— Tu attends, dit-elle. Tu attends qu'Andreï revienne à la raison. Tu attends que Natacha fasse une erreur. Tu attends que la vérité éclate. Et en attendant, tu dan
Sa voix est douce. La mienne est dure. Je voudrais qu'elle soit douce aussi, mais je n'ai plus de douceur. Elle est partie avec le collier, avec Léna, avec Andreï.— S'il te plaît, dit-il.Le "s'il te plaît" me surprend. Ce n'est pas un ordre, pas une exigence, pas une demande polie qu'on fait parce qu'on a été élevé comme il faut. C'est une prière. Presque une supplication. Le cri d'un homme qui a trop attendu, trop espéré, trop désiré.Je hoche la tête. Il s'assoit.De près, je vois des choses que je n'avais pas vues de loin. Les cernes sous ses yeux, profonds, violets, comme des ecchymoses. La cicatrice sur sa tempe, une fine ligne blanche qui disparaît dans ses cheveux. La façon dont ses doigts tremblent un peu sur la table, comme s'il était tendu, comme s'il avait peur.Il n'est pas comme Andreï. Andreï est un
SashaLes jours suivants, je suis seule.Léna est partie. Andreï l'a chassée du club, chassée de ma vie. Elle m'a envoyé un message, un seul. Je suis chez ma mère. Je vais bien. Ne t'inquiète pas. Prends soin de toi.Je n'ai pas répondu. Je ne sais pas quoi dire. Je suis désolée ? Je te protégerai ? Je te vengerai ? Les mots sonnent faux, même dans ma tête. Ils sonnent comme des mensonges, des promesses que je ne pourrai pas tenir. Parce que je ne peux protéger personne. Je ne peux même pas me protéger moi-même.Irina est toujours là, mais elle est surveillée. Andreï a mis ses hommes sur elle, sur toutes les filles. Deux types en costume noir, toujours au bar, toujours les yeux ouverts. Ils notent qui parle à qui, qui entre dans les vestiaires, qui sort par la porte de derrière. Ils veulent savoir qui parle, qui
Elle baisse les yeux, fait la modeste, l'innocente. Mais je vois ses doigts trembler un peu sur ses genoux. De l'excitation, pas de la peur.— Fouillez tous les casiers, je dis. Toutes les filles. Tous les vestiaires. Je veux ce collier.— Andreï, c'est une bonne idée ? dit Natacha doucement. Les filles vont mal le prendre. Elles vont se sentir humiliées.— Je m'en fous de ce que les filles ressentent. Je veux mon collier.Elle sourit. Un petit sourire, à peine visible, qui disparaît aussitôt.— Bien sûr, Andreï. Tu as raison.---L'ordre est donné. Tous les casiers sont ouverts. Les filles sont rassemblées dans les vestiaires, certaines en robe de chambre, d'autres à moitié habillées. L'humiliation est générale.Je regarde chacune d'elles. Leurs visages fermés, leurs yeux baissés, leurs mains
Je ne sens rien. La douleur, les larmes, l'émotion. Tout est trop fort. Je ne sens rien.Elle recule, essuie ses larmes, sourit.— Merci, Sasha. Merci d'être aussi bonne.— C'est fini, Natacha. Plus de mensonges.— Plus de mensonges, promet-elle.Elle sort. Je reste seule dans le vestiaire, à regarder sa silhouette disparaître dans le couloir.J'ai fait ce qu'il fallait. J'ai été la plus forte. J'ai pardonné. J'ai tendu la main.Je ne sais pas encore que je viens de perdre bien plus que je n'ai gagné.SashaLe lendemain, je cherche mon collier.Il n'est pas sur la table de nuit. Pas dans la salle de bain. Pas dans mon sac. Pas dans mes poches.Je fouille l'appartement. Je retourne les coussins, je soulève les tapis, je vide les tiroirs. Rien. Le collier a disparu.Je reste assise sur le lit, les mains vides,
AndreïSes seins. Doux, ronds, parfaits dans ma bouche. Je les prends l'un après l'autre, je les lèche, je les suce, je les embrasse. Elle gémit, elle se tord sous moi, et chaque son qu'elle fait est une victoire, chaque frémissement une rédemption.Mes mains descendent plus bas. Je trouve l'élasti
AndreïJe referme la porte derrière moi.Un bruit sec. Un clic. Et je sens le masque qui remonte, qui se replace sur mon visage comme une seconde peau. Mes épaules se redressent, ma mâchoire se serre, mes yeux deviennent froids. Le mécanisme est rodé, automatique. Vingt ans d'entraînement. Vingt an
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,
AndreïJe sors le couteau de ma ceinture. Lentement. Pour qu'ils voient bien la lame, pour qu'ils mesurent l'acier, vingt centimètres de mort silencieuse.— Je ne bluffe jamais.Je fais un pas. Puis un autre. Le chef recule. Ses hommes aussi. On forme un cercle qui se déplace, une danse macabre où







