LOGINSasha
Les semaines suivantes sont un enfer.
Andreï continue. Il ramène des femmes à l'appartement. Toutes les nuits. Parfois deux. Parfois trois. Des danseuses du club, des filles de la rue, des inconnues qu'il trouve Dieu sait où. Des brunes, des blondes, des rousses. Des jeunes, des moins jeunes, des vieilles. Des belles, des moins belles, des laides. Il les emmène dans notre chambre, notre lit, et il les baise.
Il veut que
SashaLes semaines suivantes sont un enfer.Andreï continue. Il ramène des femmes à l'appartement. Toutes les nuits. Parfois deux. Parfois trois. Des danseuses du club, des filles de la rue, des inconnues qu'il trouve Dieu sait où. Des brunes, des blondes, des rousses. Des jeunes, des moins jeunes, des vieilles. Des belles, des moins belles, des laides. Il les emmène dans notre chambre, notre lit, et il les baise.Il veut que j'entende.La première nuit, je mets mes écouteurs. La musique est forte, les basses couvrent presque tout. J'ai choisi des chansons tristes, des chansons qui parlent de mort, de perte, d'absence. Je monte le volume à fond, jusqu'à ce que mes tympans vibrent, jusqu'à ce que ma tête soit prête à exploser.Mais j'entends quand même.Les rires traversent la musique, aigus, perçants, comme des couteaux qui d&eac
Mon corps est maigre. Trop maigre. Les côtes saillent sous la peau, formant des ombres, des creux, des vides. On compterait chaque côte, chaque vertèbre, chaque os. Les hanches sont pointues, les seins sont petits, les bras sont fins comme des brindilles. La peau est pâle, presque bleue, presque transparente. Les bleus sur mes bras, sur mes cuisses, sur mes côtes. Des bleus anciens, jaunes et verts. Des bleus récents, violets et noirs. Des bleus qui ne partiront jamais, imprimés dans ma chair comme des tatouages, comme des souvenirs, comme des condamnations.La marque sur ma joue. Violette, jaune, verte. Les doigts d'Andreï. Quatre doigts et un pouce. Une main entière imprimée sur mon visage comme une signature, comme une promesse, comme une menace.Je me regarde.Je ne me reconnais pas.Cette femme dans le miroir a les yeux vides, les joues creuses, les lèvres sèc
Mes jambes cèdent, mes genoux touchent le sol, mes mains s'écrasent sur le bitume. Le sol est froid, sale, humide. Il sent l'urine, la peur, la mort. Irina s'accroupit à côté de moi, ses bras m'entourent, sa chaleur me réchauffe.— Pleure, dit-elle. Pleure tout ce que tu as à pleurer. Et après, on se relève. On se relève et on continue.— Je ne peux pas. Je n'en peux plus. Je n'ai plus de force. Je n'ai plus d'espoir. Je n'ai plus rien.— Tu peux. Tu es plus forte que lui. Plus forte que Natacha. Plus forte que tout. Tu as survécu à Dimitri. Tu as survécu à la rue. Tu as survécu à la peur. Tu survivras à Andreï.Je pleure. Je pleure Andreï, ses mains sur le corps d'une autre, ses yeux froids, son indifférence. Je pleure l'amour que j'avais, l'avenir que j'imaginais, la vie que je voulais. Je
SashaJe reste figée sur le seuil.Mes jambes ne me portent plus. Elles sont devenues du plomb, de la pierre, de la glace. Mes mains tremblent sur la poignée, mes doigts sont glacés, mes jointures sont blanches. Mon cœur s'arrête, repart, s'arrête encore. Il bat la chamade, il bat la mort, il bat le vide.Il me voit.Ses yeux se lèvent. Ses yeux gris, ses yeux d'acier, ses yeux de monstre. Il me regarde. Il ne s'arrête pas. Il ne bronche pas. Il ne détourne pas le regard. Il continue à la baiser. Il me regarde pendant qu'il la baise.Ses mains sont sur ses hanches, ses doigts s'enfoncent dans sa chair, ses ongles laissent des marques. Des marques rouges, des marques de violence, des marques de possession. Les mêmes marques qu'il laissait sur moi.Ses yeux sont froids. Cruels. Satisfaits. Il me regarde comme on regarde un ennemi vaincu, une riv
Dans le noir, je vois Sasha. Son visage. Ses cheveux qui tombent sur mes épaules. Ses mains sur mon dos, ses ongles qui s'enfoncent dans ma peau. Sa voix qui dit mon nom, qui le murmure, qui le crie. Andreï. Andreï. Andreï.Je la baise. Je baise Sasha. Je la baise comme je ne l'ai jamais fait. Avec rage. Avec haine. Avec désespoir. Avec toutes les larmes que je n'ai pas pleurées, avec tous les mots que je n'ai pas dits, avec tout l'amour que j'ai détruit.— Andreï, murmure la femme.— Tais-toi.Je ne veux pas entendre sa voix. Je ne veux pas savoir son nom. Je ne veux pas qu'elle parle, qu'elle respire, qu'elle existe. Je veux seulement son corps. Un corps. N'importe lequel. Tant que ce n'est pas le sien. Tant que je peux faire comme si c'était elle. Tant que je peux mentir.Je jouis en pensant à Sasha.Le plaisir explose, bref, violent, dévastateur. La tê
AndreïJe bois.La vodka coule dans ma gorge comme du feu liquide, brûle mon œsophage, incendie mon estomac. Verre après verre, gorgée après gorgée, nuit après nuit. Je bois pour oublier. J'oublie son visage. J'oublie ses yeux. J'oublie la marque sur sa joue. Mais ça ne dure jamais. Dès que l'alcool redescend, dès que la brûlure s'éteint, elle revient. Sasha. Ses yeux noirs. Ses yeux de haine. Ses yeux qui disent "tu as tué ce que tu aimais". Ses yeux qui me jugent, me condamnent, m'exécutent.Je ne dors plus.Le lit est trop grand, trop vide, trop froid. L'oreiller sent encore son odeur, ses cheveux, sa peau, son parfum. Cette odeur qui me rendait fou, qui me faisait bander, qui me faisait vivre. Maintenant, elle me tue. Je ferme les yeux, je vois son visage. Je les rouvre, je vois le plafond. Je les referme, elle est là. Toujours l&ag
SashaIl m'attire contre lui, m'embrasse sur le front. Un geste tendre, presque paternel, qui me fait fondre.— Sasha, dit-il doucement. Je ne sais pas dire les mots. Je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais ce qu
LénaJe danse. Je danse comme toutes les nuits, le corps qui bouge au rythme de la musique, l'esprit ailleurs. Mais ce soir, je danse différemment. Parce que tout à l'heure, je l'ai vue. Sasha. En robe rouge
AndreïJe referme la porte derrière moi.Un bruit sec. Un clic. Et je sens le masque qui remonte, qui se replace sur mon visage comme une seconde peau. Mes épaules se redressent, ma mâchoire se serre, mes yeux deviennent froids. Le mécanisme est rodé, automatique. Vingt ans d'entraînement. Vingt an
SashaJe bois. Le champagne est frais, pétillant, absurde. On mange en silence, assises par terre, adossées au lit, comme des gamines lors d'une soirée pyjama qui aurait mal tourné.— Il t'a parlé, finit par dire Lena, la bouche pleine. Vraiment parlé. Personne ne fait ça, ici. Les mecs comme lui,







