تسجيل الدخولNerina Deux heures plus tard, je suis de nouveau debout sur le pont, nue, face à l'eau noire. La différence, c'est que cette fois, Kaelan est à côté de moi. Il a retiré son manteau de cuir, ses bottes, sa chemise de lin. Il est torse nu, et je vois pour la première fois l'étendue de ses cicatrices — la longue balafre blanche qui part de sa clavicule et descend jusqu'à la taille, les traces plus petites sur ses côtes, sur ses avant-bras, sur ses épaules. Chaque cicatrice est une histoire, une bataille, une tempête. Chaque cicatrice est une raison pour laquelle on l'appelle le Roi Noir. Il me tend la main. — Cette fois, je plonge avec toi. Je te montrerai le récif. Je te montrerai comment trouver les huîtres sans te blesser. Je te montrerai ce que la mer cache sous sa surface. Je prends sa main sans hésiter. Sa paume est chaude et call
Kaelan Le silence sur le pont est absolu. L'équipage est rassemblé autour de nous, tous les hommes en cercle, comme ils l'étaient ce matin pour la première plongée. Mais l'atmosphère est différente. Ce matin, ils étaient curieux, excités, avides de voir la bâtarde échouer. Maintenant, ils sont silencieux, respectueux, presque solennels. Quelque chose a changé. Quelque chose a changé dans la façon dont ils regardent Nerina. Elle n'est plus une captive, un tribut, une chose qu'on a livrée. Elle est une plongeuse. Une vraie. Une qui a failli se noyer ce matin et qui est retournée à l'eau l'après-midi même, pour affronter sa peur et en remonter une perle. Je prends l'huître que Nerina me tend. Elle est grosse, lourde, la coquille grise incrustée de minuscules algues et de grains de sable. L'équipage retient son souffle. Même Torv, appuyé contre le grand mât, ne dit rien pour une fois. J'
Je l'assieds sur le fauteuil de cuir, près du hublot. Elle grelotte, ses bras serrés autour d'elle, ses lèvres bleuies par le froid. Je vais chercher une couverture de laine dans le coffre, une couverture épaisse que je garde pour les nuits de tempête, et je la lui jette sur les épaules sans ménagement. Le geste est brusque, presque brutal, mais le résultat est là — la laine épaisse l'enveloppe, cache sa nudité, commence à la réchauffer. Je m'accroupis devant elle, à sa hauteur, et je la regarde. Elle ne pleure plus. Ses larmes ont laissé des traces claires sur ses joues salées, et ses yeux sont encore rouges, mais elle ne pleure plus. Elle me regarde avec cette intensité que je commence à connaître, cette façon qu'elle a de vous transpercer jusqu'à l'âme. — Ce n'était pas un ordre, dit-elle, et sa voix est rauque, cassée par l'eau salée et les haut-le-cœur. Ce que tu as dit sur le pont. Ce n'était pas un ordre. —
Kaelan Je la regarde s'effondrer, et quelque chose se brise en moi. Ce n'est pas de la pitié. La pitié est un sentiment que j'ai oublié depuis longtemps, un luxe que je ne peux pas me permettre sur ce navire, avec cet équipage, dans cette vie que je me suis construite à coups de sabre et de tempêtes. Non, ce n'est pas de la pitié. C'est autre chose. Une reconnaissance. Une identification. La certitude soudaine et déchirante que cette femme agenouillée sur le pont, secouée de sanglots et de haut-le-cœur, est en train de traverser exactement ce que j'ai traversé il y a vingt ans, quand j'ai vu Alcyone disparaître sous les vagues et que j'ai compris que je ne la reverrais jamais. Elle pleure, et c'est la première fois que je la vois pleurer. La première fissure dans cette armure qu'elle porte depuis qu'elle est montée à bord. Elle a résisté à l'humiliation du conseil, à la nudité imposée, aux regards de l'é
Nerina Le contact est brutal, presque violent. Ses lèvres sont dures contre les miennes, et quand il ouvre la bouche, ce n'est pas pour un baiser — c'est pour me donner son air. L'oxygène passe de ses poumons aux miens en une bouffée chaude et vitale, et je sens mon corps tout entier se ranimer, comme une flamme qu'on rallume dans une chambre froide. Ma poitrine se gonfle, mes doigts s'agrippent à ses épaules, mes ongles s'enfoncent dans sa peau sans qu'il bronche. Sous l'eau, tout est suspendu. Le temps, le bruit, la peur. Il n'y a plus que ses yeux gris qui me regardent de tout près, ses mains qui me tiennent fermement par les épaules, sa bouche qui continue de me donner de l'air comme on donne la vie. Ses lèvres ont un goût que je n'oublierai jamais — rhum, sel, et quelque chose de plus profond, quelque chose d'amer et de doux à la fois, comme le bois brûlé ou les algues séchées. C'est le goût de l'oc
Nerina Le bastingage est froid sous mes paumes, et le vide, en contrebas, est encore plus noir que dans mon souvenir. Je suis nue, comme hier, comme tous les matins de ce qui reste de ma vie. L'étoffe de chanvre est tombée à mes pieds il y a une minute, et le vent du large s'engouffre dans le moindre recoin de mon corps, fait se dresser mes seins, hérisse les poils de mes bras, plaque des mèches humides sur mes joues. L'équipage est derrière moi, silencieux pour une fois, comme si même les plus endurcis d'entre eux sentaient que ce matin n'est pas un matin comme les autres. Je ne sais pas pourquoi j'hésite. Hier, j'ai sauté sans réfléchir, portée par l'adrénaline du défi, par la nécessité de prouver que je n'étais pas une chose qu'on livre et qu'on oublie. Hier, j'ai plongé, j'ai remonté une perle, j'ai gagné ma première nuit. Hier, j'ai joué aux échecs avec le Roi Noir jusqu'à l'aube, enveloppée dans un
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu
Zorah Le palais est un monde en soi, une cité close où tout semble régi par des règles invisibles que je ne connais pas. Les femmes que je croise baissent les yeux sur mon passage. Les hommes détournent le regard. Personne ne me parle, personne ne semble même me voir. Je suis un fantôme, une ombre
Zorah Nous franchissons les grandes portes au galop, sans ralentir. Des gardes en turban blanc s'inclinent sur notre passage, leurs lances scintillant dans la lumière déclinante. Nous traversons une première cour, puis une deuxième, puis une troisième, chacune plus somptueuse que la précédente. De







