LOGINSa voix a repris l'autorité du commandement, mais une autorité teintée de quelque chose que je n'ai jamais entendu chez lui – une tendresse qui me serre la gorge, une vulnérabilité qu'il ne cherche pas à dissimuler. — Ce que tu as ressenti tout à l'heure n'était que le prélude. L'union, la vraie, est une autre traversée. Il y aura de la douleur. C'est le tribut que tu dois payer pour devenir pleinement toi-même. Il y aura du sang, un sang sacré que je répandrai sur ces draps comme on signe un pacte. Mais je te jure, je te jure sur ce qui me reste d'honneur, qu'il y aura aussi du plaisir. Un plaisir que tu n'imagines pas encore, si tu continues à me faire confiance. Ses yeux plongent dans les miens, et je m'y noie. Gris d'orage, gris de tempête, gris de ciel d'hiver sur une mer démontée. Ces yeux qui ne m'ont jamais quittée, même quand je ne les voyais pas, même quand j'étais seule dans ma cellule à écouter la mer battre contre la coque.
Nerina Le monde se réduit à cette cabine. À la lueur dansante des chandelles qui projette des ombres mouvantes sur les boiseries. Au parfum d'ambre et de musc qui émane de lui, qui imprègne les draps, qui s'infiltre dans mes pores comme une marque invisible. Mes doigts s'attardent sur le cuir usé du fauteuil, sur l'endroit précis où il s'est tenu, il y a une éternité , des semaines, des siècles, une autre vie , pour m'annoncer les règles du jeu. Ce jeu auquel nous jouons depuis que j'ai posé le pied sur ce navire. Ce jeu dont cette nuit est peut-être la dernière manche, ou la première d'une nouvelle partie dont je ne connais pas encore les règles. Je respire. L'air est lourd, chargé de sel et de désir, et chaque inspiration est une offrande, chaque expiration un abandon. La robe de brume qu'il m'a fait porter pour le banquet gît sur le sol, froissée, abandonnée comme une mue de serpent, et je suis nue devant lui pour la première fois. Pa
Il la fait pivoter doucement, la place dos à lui, la fait asseoir entre ses jambes écartées. Son dos nu contre son torse, ses fesses contre ses cuisses, et plus bas, la dureté de son désir pressée contre ses reins. Il ne la cache pas, cette érection qu'elle sent à travers le cuir de son pantalon. Il veut qu'elle sache l'effet qu'elle produit, qu'elle comprenne que ce désir qu'il éveille en elle, il le partage.Sa main droite contourne sa hanche, descend lentement sur son ventre, s'arrête à la lisière du triangle sombre.— C'est ici que la carte devient intime, chuchote-t-il à son oreille, sa barbe naissante râpant sa tempe. Là où le territoire se fait secret. N'aie pas peur, Nerina. Rien de ce que tu ressentiras n'est interdit. Rien de ce que tu désireras n'est honteux. Laisse la vague te porter.Ses doigts écartent doucement la robe de brume, se glissent sous le tissu transparent, trouvent la chaleur de son intimité. Le premier contact est un effleurement, à peine une suggestion de c
Son prénom dans sa bouche. C'est la première fois qu'il le prononce, et l'entendre, c'est comme une vague qui la submerge. Les larmes lui montent aux yeux sans qu'elle puisse les retenir, sans qu'elle veuille les retenir. Ce n'est pas de la tristesse. C'est de l'émotion à l'état pur, une reconnaissance si profonde qu'elle ne peut s'exprimer que par les larmes.Il les voit. Il n'en dit rien. Mais son expression s'adoucit imperceptiblement, et quelque chose dans ses yeux gris se trouble, comme une eau claire où l'on jette une pierre.Il la conduit vers le lit, mais il ne l'y fait pas monter. Au lieu de cela, il s'assied au bord, les jambes écartées, les pieds nus plantés sur le bois du plancher. Dans cette position, il n'est plus le capitaine qui la domine de toute sa hauteur. Il est un homme assis, et elle est une femme debout devant lui, et leurs visages sont presque au même niveau.Il l'attire entre ses jambes, ses mains se posant sur ses hanches avec une fermeté qui n'a rien de brut
C'est le premier sourire qu'elle lui voit, le premier vrai sourire depuis qu'elle est montée à bord. Il n'a rien de rassurant, ce sourire. Il est terrible de beauté et de danger, un éclat blanc dans la pénombre, une promesse qui pourrait être une menace. Il découvre des dents régulières, légèrement tachées par le tabac, et il creuse autour de sa bouche des rides qu'elle n'avait jamais remarquées. Il a souri, autrefois. Il a dû sourire souvent, il y a longtemps. Avant que quelque chose ne lui apprenne à ne plus le faire.— Bien, dit-il. La peur aiguise les sens. Une femme qui n'a pas peur est une femme qui ne comprend pas ce qui est en jeu.Il fait un pas vers elle. Un seul. Mais ce pas réduit la distance entre eux à presque rien, et elle doit lever le visage pour continuer à le regarder dans les yeux. Il est si proche qu'elle sent la chaleur qui émane de son corps, qu'elle voit les paillettes dorées dans l'iris gris, qu'elle pourrait compter les cicatrices minuscules qui constellent s
La nuit est tombée, épaisse comme du velours noir, piquée d'étoiles indifférentes qui regardent le navire de leur hauteur glacée. Nerina est restée dans sa cellule jusqu'à ce que les derniers bruits du pont s'éteignent, jusqu'à ce que le silence ne soit plus troublé que par le craquement des bois et le clapotis des vagues contre la coque. Elle a passé la robe de brume , celle du banquet, celle qui ne cache rien et elle attend, debout dans l'obscurité de son réduit, les mains crispées sur le tissu transparent.Elle a peur. Elle a terriblement peur. Mais c'est une peur qui ne ressemble à rien de ce qu'elle a connu. Ce n'est pas la peur de l'eau, ni la peur de la mort, ni la peur des hommes qui la regardent comme une proie. C'est une peur plus intime, plus profonde , la peur de franchir un seuil après lequel elle ne sera plus la même. La peur de donner ce qui ne pourra jamais être repris. La peur de découvrir ce qui l'attend derrière la porte de la cabine, dans les yeux gris du Roi Noir
Zorah Je vois le premier de nos gardes tomber. Un jeune homme que je connais depuis l'enfance, qui s'appelait Hakim et qui rêvait de devenir poète. Un cimeterre s'abat sur sa gorge, et un flot de sang jaillit, rouge vif, presque irréel dans la lumière éclatante du soleil. Son corps bascule de sa s
ZorahLe soleil tape sans pitié sur les dunes qui s'étendent à perte de vue, un océan de sable doré que notre caravane traverse depuis maintenant douze jours. La chaleur est si intense qu'elle déforme l'horizon, créant des mirages qui dansent au loin comme des promesses illusoires. Je suis installé
ZorahLa femme frêle esquisse une ombre de révérence. Ses yeux noirs sont immenses dans son visage pâle, des yeux de biche effarouchée qui semblent toujours au bord des larmes. Elle est belle, d'une beauté fragile et mélancolique qui inspire plus la pitié que l'envie.— Et voici Amina, la troisième
ZorahMon cœur s'arrête.— Il est vivant. Mes hommes l'ont assommé, pas tué. Il est prisonnier dans une forteresse à trois jours d'ici. Ta tante aussi. Et ils le resteront tant que tu te montreras... coopérative.Un flot de soulagement me submerge, aussitôt suivi par une vague de terreur encore plu







