ANMELDENJe pense à ma vie d'avant. Au vide. À l'ennui. À cette sensation de ne pas exister vraiment. À ces nuits à me toucher en rêvant de choses que je n'osais pas faire. À ce désir sourd, constant, jamais satisfait.
Je pense à la nuit dernière. Aux mains, à la peur, au désir. À cette chose nouvelle qui s'est éveillée en moi. À cette sensation d'appartenir, pour la première fo
Je la regarde longtemps. Je vois dans ses yeux la détermination, la faim, la soif. Je vois celle qu'elle est devenue, en quinze jours, depuis cette première nuit où elle est entrée ici en tremblant.— Alors tu le seras, dis-je. Je ferai de toi une prêtresse. La meilleure. Ma seconde, un jour, quand Lena voudra passer la main.— Et en attendant ?— En attendant, tu apprends. Tu observes. Tu sers. Et parfois, quand je te le demanderai, tu participeras. Avec moi. Avec d'autres. Tu donneras et tu recevras, comme les autres.— Et toi et moi ? demande-t-elle.— Quoi, toi et moi ?— Ce qu'on est. Toi et moi. En dehors des cérémonies.Je réfléchis. C'est la question que j'évite depuis quinze jours. Celle qui n'a pas de réponse simple.— Je ne sais pas, dis-je. Je sais que tu comptes. Plus que les autres. Je sais que je
Elle réfléchit. Elle touche sa cuisse, là où la cicatrice est encore sensible.— C'est vrai, dit-elle. Je n'avais jamais... jamais ressenti ça. Aussi fort. Aussi total.— Parce que tu t'es donnée complètement. Corps et âme. Sans retenue, sans peur, sans honte. C'est ça, le secret. C'est ça, la clé.Elle me regarde. Ses yeux brillent dans la pénombre du jardin.— Je veux recommencer, dit-elle.Mon cœur s'arrête une seconde.— Recommencer ?— La nuit. L'initiation. Pas la même, je sais que je ne peux pas. Mais quelque chose d'approchant. Une cérémonie. Avec les autres. Avec toi.— Tu es sûre ?— Oui. Je veux aller plus loin. Je veux voir jusqu'où je peux aller. Je veux... me donner encore plus.Je la regarde. Je vois dans ses yeux cett
Pourtant, je le pense aussi.Je le pense en la regardant, en la tenant, en sentant son corps contre le mien. Je pense que depuis lui, depuis sa mort, je n'avais plus senti ça. Cette chose. Ce lien. Cette chaleur.— Je sais, je dis.Elle sourit. Ça lui suffit.ELSALes jours passent.Je reste chez lui, dans son appartement au-dessus de la rotonde. Je découvre sa vie, ses habitudes, ses secrets. Il se lève tôt, boit son café noir en regardant par la fenêtre, lit des livres étranges , de la philosophie, de la poésie, des traités sur les rituels anciens. Il travaille ? Je ne sais pas. Il a de l'argent, c'est tout ce que je comprends. Assez pour vivre, assez pour entretenir le lieu, assez pour ne pas avoir à faire comme tout le monde.Mes journées sont simples. Je me repose, je guéris. Je mange ce qu'il me prépare , des plats
ELSALa porte s'ouvre. C'est lui.Il entre, vêtu simplement d'un jean et d'un pull noir, une tasse à la main. Il s'approche du lit, s'assied au bord, me tend la tasse.— Du thé, dit-il. Tu dois boire, manger. Tu as beaucoup donné, cette nuit.Je prends la tasse. Mes mains tremblent un peu. Le thé est chaud, parfumé, réconfortant.— Où sommes-nous ? je demande.— Chez moi. L'appartement au-dessus de la rotonde. C'est là que je vis, entre les cérémonies.— Je peux... je peux rester ici ?— Si tu veux. Tu as ta chambre, en bas, mais tu peux aussi rester ici. Avec moi. Si tu le souhaites.Je le regarde. Dans la lumière du jour, il est différent. Moins impressionnant, moins terrifiant. Plus humain. Des cernes sous ses yeux, une barbe naissante, les cheveux en désordre. Beau, toujours. Ma
Il va et vient en moi, lentement d'abord, puis plus vite, plus fort. Chaque coup de rein m'enfonce dans la pierre, chaque mouvement fait gémir les marques du fouet sur ma peau, chaque seconde me rapproche de quelque chose que je ne connais pas, que je n'ai jamais connu.Les masqués regardent. Leurs bouches ouvertes, leurs souffles courts. Certains se touchent, je le vois du coin de l'œil, des mains qui glissent sous les robes, des doigts qui s'activent. D'autres restent immobiles, absorbés, comme en prière.Lui, il me regarde. Ses yeux ne quittent pas les miens. Il me possède vraiment, complètement, absolument. Je ne suis plus Elsa, la fille perdue, la vide, la seule. Je suis sa chose, son jouet, son offrande. Et c'est exactement ce que j'ai toujours voulu sans le savoir.— Je vais jouir, je murmure.— Pas encore, dit-il. Pas sans moi.Il ralentit, presque s'arrête. La frustration es
ELSAJe le regarde. Ses yeux clairs, si proches. Son visage grave, sans jeu, sans provocation. Il me donne vraiment le choix. Pour la dernière fois.Je pense à ma vie d'avant. À l'appartement vide, aux nuits solitaires, aux matins gris. Je pense à ces deux nuits passées ici – les mains sur moi, la lame dans ma cuisse, mon sang dans le bol. Je pense à cette chose nouvelle qui a grandi en moi, qui a rempli le vide, qui m'a fait me sentir vivante pour la première fois.Je pense à lui. À sa voix, à ses mains, à ses yeux. À ce qu'il va me faire. À ce que je vais devenir.— Je reste, je murmure.Il sourit. Un sourire lent, profond, qui éclaire tout son visage.— Alors commençons.Il se redresse. D'un geste, il fait signe aux masqués. Ils s'approchent, en cercle, leurs mains se tendent vers moi. Mais
KaelMon souffle brûle contre sa peau, ses doigts tremblent le long de ma ceinture, cherchant une permission qu'elle n'ose pas demander. Isadora assise dans un fauteuil elle nous regarde . Son corps entier vibre d'une impatience qui me rend fou, cette chaleur humide entre ses cuisses pressées contr
ELARAMaintenant , je suis menottée et le cuir des menottes me serre les poignets, seconde peau glacée et implacable. Isadora a pris son temps pour les ajuster, ses doigts effleurant ma chair avec une précision clinique, savourant ma soumission. Chaque boucle se resserre, chaque cliquetis métalliq
CéliaLa salle du petit-déjeuner est un long rectangle baigné d’une lumière froide et tamisée. Les murs sont de pierre nue, le plafond voûté. Une table en chêne massif, qui pourrait accueillir vingt personnes, n’en réunit que deux, aux extrémités opposées. Une mise en scène. Une démonstration de di
CéliaLa pensée me frappe, insidieuse. Je l’avais pressenti, dans sa monstruosité même. Cette surveillance obsessive, ce besoin de tout contrôler, de tout posséder… ce n’est pas le fait d’un homme qui acquiert un simple objet. C’est la fureur retenue de quelqu’un qui a attendu. Qui a manœuvré.Il a







