LOGINYoussef
L'alcool est devenu mon seul ami, mon seul réconfort, mon seul refuge. Il est là quand je me réveille, quand je m'endors, quand je ne peux plus dormir. Il est là quand la douleur est trop forte, quand le vide est trop grand, quand la solitude est trop lourde. Il est là, toujours là, fidèle, constant, dévoué.
Je ne vais plus au travail. Je ne peux plus, je n'en ai plus la force, je n'en ai plus l
Hicham me regarde, et son visage dans la clarté matinale est celui d'un homme que je n'ai encore jamais vu. Apaisé. Déterminé. Amoureux. Nous ne sommes plus deux survivants traumatisés, accrochés l'un à l'autre par désespoir. Nous sommes un homme et une femme qui, après avoir traversé l'enfer, ont décidé de vivre. De vivre ensemble. De vivre vraiment. Et dans cette lumière rose et or, je nous imagine, dix ans, vingt ans plus tard, assis sur une terrasse, main dans la main, regardant un coucher de soleil. Cette image n'est plus un rêve impossible. C'est une promesse. Une certitude. Un avenir. Leïla Le téléphone vibre sur la table basse en bois brut. Un bourdonnement discret qui troue le silence matinal. Je pose ma tasse de café fumant, mon regard tombe sur l'écran. Le nom qui s'affiche me percute. Youssef. Mon cœur fait un bond étrange dans ma poitrine, pas un sursaut de peur ou d'angoisse, plutôt une onde de nostalgie profonde, comme on retrouve une vieille lettre au fond d'un t
Je rouvre les yeux. Ma voix est plus ferme que je ne l'aurais cru. — Je veux la paix, Hicham. Le mot résonne, presque étranger dans cette pièce où nous avons tant crié, tant pleuré. — Je ne veux plus me cacher. Je ne veux plus sursauter quand le téléphone sonne, le cœur battant, en me demandant quelle catastrophe, quelle accusation, quel chantage va s'abattre sur nous. Je ne veux plus vérifier derrière moi si quelqu'un me suit dans la rue. Je ne veux plus baisser les yeux sous le poids des regards, des murmures, des jugements. La paix. Un matin où je me réveille, et où ma première pensée n'est pas la peur. Un matin où mon bonheur n'est pas un crime. Je respire. Les mots montent, se bousculent. — Je veux un amour qui ne soit pas une bataille. Nous avons fait la guerre, Hicham. Contre les autres, l'un contre l'autre, contre nous-mêmes. Chaque instant de joie était une tranchée conquise sous les balles. Je suis épuisée de me battre pour t'aimer. Je veux un amour qui soit un refu
LeïlaLa nuit a tout enveloppé dehors, un manteau de velours sombre piqué de lumières lointaines, mais dans l'appartement, chaque lampe est allumée comme si nous refusions la moindre zone d'ombre. Nous sommes assis sur le canapé, face à face. Nos genoux se frôlent, et ce contact infime, ce point de chaleur à travers le tissu de nos vêtements, me rappelle que nous sommes vivants, que nous avons survécu. L'orage est passé. Je le sens à la qualité du silence, qui n'est plus lourd de non-dits mais ouvert, respirant, comme la terre après la pluie.Hicham me regarde. Ses yeux, ces yeux sombres qui ont su être si durs, si calculateurs, sont ce soir d'une transparence qui me bouleverse. Je n'y vois plus le chef d'entreprise impitoyable, ni l'amant tourmenté, ni le manipulateur. Je vois un homme. Un homme qui a tout risqué, tout perdu, et qui est encore là, les mains tendues vers moi, attendant je ne sais quel verdict.Il prend mes mains. Ses doigts sont légèrement rugueux, et leur pression es
HichamLe juge prononce le divorce un matin de printemps, dans une salle froide, devant des visages indifférents, avec des mots qui n’ont pas de poids, qui n’ont pas d’émotion, qui n’ont pas de vie.— Je prononce le divorce entre les époux Al-Mansouri, Hicham et Nadia. Les effets du divorce seront exécutoires dans un délai de trente jours. La garde des biens communs sera réglée selon les accords signés par les deux parties. L’affaire est entendue.Nadia ne me regarde pas, elle fixe le mur en face d’elle, ses mains sont posées sur ses genoux, ses yeux sont secs, ses lèvres sont serrées. Elle a signé les papiers sans les lire, elle a accepté les conditions sans discuter, elle a renoncé à tout sans se battre. Elle est libre, enfin libre, libre de moi, libre de cette vie, libre de cet amour qui n’&eacu
NadiaKarim m’appelle un matin, sa voix est ferme, sa voix est décidée, sa voix est celle d’un homme qui a choisi son camp, qui a décidé de sa vie, qui a renoncé à sa vengeance.— Nadia, je ne peux plus continuer. Je ne peux plus vous aider, vous soutenir, vous suivre. J’ai parlé à Leïla, elle m’a pardonné, elle m’a redonné confiance, elle m’a montré le chemin. Je ne veux plus faire le mal, je ne veux plus détruire, je ne veux plus haïr.— Qu’est-ce que tu racontes, Karim ? Tu es devenu fou ? Tu vas tout laisser tomber après tout ce qu’on a construit, après tout ce qu’on a préparé, après tout ce qu’on a risqué ?— J’ai tout laissé tomber, Nadia. J’ai tout abandonné, tout renoncé, tout oublié.
LeïlaKarim m’appelle le lendemain matin, sa voix est brisée, sa voix est lasse, sa voix est celle d’un homme qui a touché le fond, qui a perdu toute illusion, qui a tout abandonné.— Leïla, il faut qu’on se voie. Il faut que je te parle. Il faut que je te dise ce que j’ai fait, ce que j’ai dit, ce que je regrette.— Je sais, Karim. Hicham m’a tout raconté. La bagarre, les insultes, la vérité. Il m’a dit que tu l’avais frappé, qu’il ne s’était pas défendu, qu’il avait pris le coup pour toi, pour moi, pour nous.— Il avait raison, Leïla. Il avait raison sur tout. Je suis un homme blessé, un homme jaloux, un homme haineux. J’ai voulu vous détruire, vous séparer, vous anéantir. Parce que je ne pouvais pas supporter de te voir heureuse avec lui, de te v
LeïlaIl ajoute une pression, un deuxième doigt se joignant au premier, et mes hanches se soulèvent malgré moi, cherchant son contact, m’offrant à lui.– Pour toi, soufflé-je, le visage brûlant. Pour toi, Hicham.Le sourire qu’il m’adresse est triomphant, sombre, magnétique. C’est le sourire du vai
Hicham Al-MansouriLa nuit s'étire comme une plaie ouverte. Je reste figé à la fenêtre, les doigts crispés sur le verre froid, mais l'eau que Nadia m'a tendu est déjà tiède, oubliée. Les mots de ma femme résonnent encore dans le vide du salon : *Tu ne le mérites pas*. Ils me lacèrent, mais au lieu
Hicham Al-MansouriLa pièce est trop vaste, ce soir. Les hauts plafonds semblent absorber la lumière des lampes, laissant des pans d'ombre où dansent les reflets de la piscine intérieure. Je tourne les pages d'un rapport, mais les chiffres ne forment plus que des lignes abstraites, dépourvues de se
LeïlaLa convocation est arrivée sur papier crème, l'encre bleu nuit. Une élégante prison de mots. Déjeuner de travail. Honneur de votre présence. Sheikh Al-Mansouri vous prie... Youssef l'a posée sur la table de la cuisine comme on dépose un serpent.– Il exige que tu viennes.– Je vois.– Tu n'as







