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Chapitre 2 : Un calvaire 1

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-07 22:50:21

Leïla

Je reste là, debout au milieu de la cuisine silencieuse, l’épaule encore brûlante de ce contact furtif. Dehors, la ville s’éveille, pleine de vie, de bruit, de désirs assumés. Ici, dans cette bulle de mensonge, je retiens mon souffle. Je prépare déjà, dans ma tête, le sourire que je devrai coller sur mon visage pour accueillir les insultes déguisées en questions tendres. Je gonfle mon ventre d’un espoir qui n’existe pas. Je suis le décor vivant d’un mariage normal. Je suis le mensonge que tout le monde préfère croire.

Et dans le grand miroir du salon, en passant, je jette un regard à la femme qui s’y reflète. Des yeux trop grands, cernés de nuits blanches. Une bouche qui a oublié le goût des baisers. Je lui souris, à cette étrangère. Un sourire triste et résigné.

La sonnette va bientôt retentir. Le tribunal familial va entrer. Et moi, je vais servir le thé, la tête baissée, en acceptant une fois de plus le verdict : coupable. Coupable de stérilité. Coupable d’être une femme dans un corps d’homme qui ne fonctionne pas.

Mon cœur fait un bond désordonné dans ma poitrine, comme un animal traqué. Mes mains, occupées à aligner des pâtisseries sur un plateau d’argent, se figent une seconde. Je prends une grande inspiration, celle que l’on prend avant de plonger dans une eau glacée, et je fixe mon reflet dans le métal poli du plateau : un sourire. Je le force, j’étire mes lèvres, j’essaie d’y mettre de la chaleur. Il ressemble à une grimace.

Youssef ouvre la porte. Les voix déferlent aussitôt, un torrent de familiarité écrasante qui envahit l’entrée.

— Youssef ! Mon fils ! Que Dieu te préserve !

— Salam alaïkoum, mon frère.

Ma belle-mère, Fathia, entre la première, imposante dans son caftan brodé, les bras chargés de plats recouverts de torchons. Son regard, vif et inquisiteur, balaye l’entrée et atterrit sur moi, apparue sur le seuil de la cuisine. Le sourire se fige sur ses lèvres rouges, se transforme en une moue de commisération appuyée.

— Leïla, ma fille. Tu as pâli. Tu ne manges pas ? Il faut manger pour avoir des forces, tu sais.

Chaque mot est un coup d’épingle. Pour avoir des forces. Sous-entendu : pour le grand œuvre. Pour ce que tu ne fais manifestement pas. Je baisse les yeux, m’approche pour prendre les plats.

— Bonjour, maman. Laissez, je vais porter ça.

— Non, non, avec ton dos fragile… Youssef ! Viens aider ta femme, elle a l’air si fatiguée.

Youssef s’exécute, évitant mon regard. Derrière Fathia arrive son autre fils, Karim. Mon beau-frère. Il a le sourire facile, Karim, des yeux qui rient toujours un peu, et une façon de remplir l’espace sans effort. Il pose une main chaleureuse sur l’épaule de son frère, me lance un clin d’œil complice.

— Salam, Leïla. Toujours aussi rayonnante.

Son compliment, sincère ou de pure forme, me brûle. Rayonnante. Je dois ressembler à un spectre. Je marmonne un merci, me réfugie dans la cuisine sous prétexte de préparer le thé.

Mais il n’y a pas de refuge. La famille s’installe dans le salon, et je suis le satellite obligé, devant orbiter autour d’eux, servir, sourire, encaisser. Le plateau du thé à la main, je franchis la porte. Leurs conversations s’arrêtent net. Tous les regards convergent vers moi, ou plutôt vers la région située entre mes hanches. C’est un scan silencieux, médical, plein d’espoir déçu. Je pose le plateau, les mains tremblantes, faisant tinter les cuillères.

C’est Fathia qui ouvre les hostilités, une fois que chacun a son verre fumant.

— Alors, ma chère. Des nouvelles ?

Sa voix est doucereuse, enrobée de miel empoisonné. Je sens Youssef se raidir dans le fauteuil à côté de moi. Il fixe son verre comme si les feuilles de menthe recelaient les secrets de l’univers.

— Des… nouvelles ? De quoi, maman ? bégayé-je, sachant parfaitement de quoi.

— Allons, ne fais pas celle qui ne comprend pas ! De votre petite visite à l’hôpital il y a quelques mois. Le spécialiste. Tu te souviens ? Tu nous avais dit qu’il était très bien, ce docteur.

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